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AXA ferme ses fonds distincts en raison du marasme financier

par Vicky Poitras | 23 octobre 2009 16h27

AXA Assurances a fermé ses 12 fonds distincts option cumulàvie à tout nouveau client le 30 septembre dernier et n’acceptera plus de nouveaux dépôts dès le 31 décembre. Les problèmes fondamentaux que vit présentement le secteur ont poussé l’assureur à interrompre une incursion qui aura durée à peine plus d’un an.

AXA Assurances ferme les douze fonds qu'il avait lancés en juin 2008 en raison de la période instable qui sévit actuellement dans ce marché, alimentée par une volatilité sans précédent. « Le contexte économique actuel et les marchés financiers, peu propices au développement d'une nouvelle gamme de produits d'investissement, amènent notre entreprise à recentrer ses activités sur celles qui lui ont assuré une croissance remarquable depuis 2006, soit l'assurance individuelle et collective », a annoncé AXA dans une missive expédiée à ses conseillers le 30 septembre.

AXA avait lancé sa gamme de fonds avec enthousiasme en 2008. C'était sa première incursion en épargne collective au Canada depuis l'implantation de sa filiale d'assurance vie ici, il y a plus d'une vingtaine d'années. Robert Landry était alors confiant quant aux chances d'AXA de s'imposer dans ce marché (voir Journal de l'assurance, août 2008). En effet, l'assureur voulait tabler sur son expertise mondiale de meneur dans le secteur des rentes variables. Tout cela était avant la crise.

Aujourd'hui, AXA ne pouvait plus se permettre d'investir des millions de dollars chaque année pour développer une « ligne d'affaires dans un secteur qui est en pleine restructuration et qui éprouvent des problèmes actuariels fondamentaux importants », a expliqué Robert Landry, vice-président exécutif, assurance de personnes et services financiers chez AXA Assurances.

Si tant d'assureurs révisent actuellement leurs produits de fonds distincts, poursuit-il, cela prouve que ce secteur vit de graves problèmes. La garantie de retrait minimum est au centre de ces problèmes parce qu'elle fait des promesses que les actuaires ne pourront pas tenir, estime M. Landry.

Un tel produit implique en effet que l'assureur se garde une marge d'erreur à long terme, explique M. Landry. S'il promet au client une rente annuelle à vie de 5 %, l'assureur se donnera une marge de profit en tentant de réaliser un rendement de 7 % par exemple. Avec une volatilité jamais vue auparavant, maintenir ce rendement de 7 % à long terme devient incertain. Les assureurs qui ne s'étaient pas déjà couverts contre ce risque, soit la plupart, arrivent un peu tard pour le faire, croit-il. En raison de la volatilité, le coût des stratégies pour couvrir le risque est devenu prohibitif. Les contreparties disposées à accepter le risque sont elles-mêmes fragilisées par la crise.

« Les assureurs sont donc obligés de reculer sur les garanties qu'ils offrent à leurs clients, les modifier, en hausser les frais, ou les retirer carrément. La concurrence vit une surenchère à l'envers. Les fonds distincts sont un secteur où tout est train de bouger, mêmes les fondements. Et nous, nous venions de nous lancer là-dedans. Ce n'est pas le moment idéal. »

« Ceux qui croient que la crise financière épargne le Canada se mettent le doigt dans l'œil, avance M. Landry. Nous vivons à retardement les conséquences de la crise et c'est loin d'être fini. Nous sommes en plein dedans. »

De plus, AXA n'avait pas dans ses fonds un actif de taille viable. « Nous en avions vendu pour 7 millions $, ce qui n'est pas un échec en soi puisque nous venions tout juste de commencer. Mais pour être rentable dans ce secteur d'affaires, il faut en vendre des centaines de millions, voire un milliard $ », croit M. Landry.

AXA ne vendait plus autant de fonds qu'il aurait souhaité en raison de la ruée vers les fonds avec garantie minimum de retrait (GRM). AXA voulait aussi lancer sa propre GRM, pour combler la perte de popularité des fonds distincts traditionnels, a confié M. Landry.

Peu avant l'annonce de la fermeture des fonds, l'assureur venait toutefois d'abandonner son projet d'ajouter une garantie de retrait minimum à vie à ses fonds. Une garantie qu'il voulait lancer pour parer la perte de popularité des fonds distincts traditionnels, a révélé M. Landry.

« Donc, comme nous ne voulons plus offrir la GRM à vie étant donné l'environnement actuel, et que nos fonds de base ne se vendent pas suffisamment pour aspirer à atteindre une masse critique suffisante dans un délai raisonnable, nos deux raisons d'être dans ce secteur ne sont plus là. Les conditions sont défavorables pour un nouveau joueur dans ce secteur. Alors, il nous est apparu plus raisonnable de nous retirer. »

Un retour?

M. Landry ne ferme toutefois pas la porte à un éventuel retour d'AXA en fonds distincts. Nous ne prenons plus de nouveaux clients mais nous continuons d'honorer les contrats en place et conservons l'équipe de service à la clientèle. Les clients peuvent continuer de faire des transferts entre les fonds.

Pour l'heure, les seuls produits d'épargne qui demeurent chez AXA sont les options d'investissement de la Vie Universelle. Quelle serait la nature d'un éventuel retour d'AXA aux produits d'épargne? L'assureur garde un intérêt pour le marché des retraités et pré-retraités mais veut observer comment se restructurera le marché avant tout retour. « On ignore si on relancera la même gamme, si on en achètera une ou si l'on repartira de zéro. Nous nous concentrons pour l'instant en assurance vie individuelle et collective, secteurs où nous affichons la plus forte croissance à ce jour en 2009 au Canada, selon les chiffres de LIMRA ».

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