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CELI: les Canadiens sont désorientés devant les options de placement

par Donna Glasgow | 09 janvier 2011 19h34

Depuis leur lancement par le gouvernement fédéral il y a deux ans, deux choses semblent claires en ce qui concerne les comptes d’épargne libre d’impôt (CELI) : les Canadiens les apprécient, mais ils sont confus quant à savoir ce qu’ils peuvent en faire.Un sondage récent de BMO Groupe financier indique que même si 36 % des Canadiens ont ouvert un CELI, ils en savent peu sur la grande variété de placements qu’ils peuvent détenir dans ces comptes. Effectué par Léger Marketing, le sondage a révélé que seulement 20 % des répondants savaient que des fonds communs de placement pouvaient être détenus dans un CELI et que seulement 26 % savaient que des certificats de placements garantis pouvaient y être inclus. Par ailleurs, 37 % des gens interviewés n’avaient aucune idée des investissements admissibles dans un CELI. Le sondage a été réalisé entre le 25 et 27 octobre 2010 auprès de 1 513 Canadiens.

Gordon Pape, auteur de plus de 40 livres sur l’investissement et la gestion de fortune, dont The Ultimate TFSA Guide, pense que le taux d’adoption des CELI par les Canadiens est « remarquablement bon », considérant que ce produit n’est offert que depuis deux ans. « Les REER existent depuis un demi-siècle, mais, selon l’Agence de revenu du Canada, seulement un tiers des contribuables y cotisent chaque année », dit-il.

Le nom du CELI porte à confusion

Compte tenu de la popularité instantanée des CELI, comment peut-on expliquer ce manque de connaissances sur les options de placement? M. Pape dit que la confusion est due en partie au nom du produit, soit compte d’épargne libre d’impôt. « L’inclusion du mot “ épargne ” semble avoir donné aux gens l’impression que seuls les titres axés sur l’épargne sont admissibles. On aurait dû simplement les appeler comptes libres d’impôt. De plus, les CELI ont fait l’objet d’une commercialisation à grand déploiement par les banques. Naturellement, ces dernières ont mis l’accent sur les comptes d’épargne et les certificats de placements garantis.

Les données recueillies par Investor Economics, une firme de recherche et de consultation en services financiers, indique que les Canadiens qui ouvrent ces comptes à une succursale bancaire y investissent d’abord leurs cotisations très prudemment, même s’ils offrent l’occasion de mettre à l’abri de l’impôt des rendements potentiellement plus élevés offerts par d’autres investissements.

Ces données, recueillies au cours de sondages dans 15 succursales bancaires et institutions sans succursales, montrent qu’en juin 2010, des cotisations totales de 21,3 milliards de dollars (G$ ) avaient été versées dans 5,2 millions de comptes. De ces actifs, 12,2 G$ , soit 57 % des cotisations à des CELI, ont été déposés dans des caisses d’épargne. Un autre 6,3 G$ , soit 29 % des cotisations à des CELI, sont allés dans des dépôts à terme. Les fonds communs de placement ont recueilli seulement 12 % des cotisations. Les données n’incluent pas les dépôts dans des CELI offerts par des assureurs vie.

Pas limités à un CELI

Sandeep Gosal, analyste principal chez Investor Economics, explique que le nombre de comptes ouverts par institutions financières sondées ne reflète pas nécessairement le nombre de clients de CELI. Cela s’explique par le fait que les Canadiens ne sont pas limités à un CELI.

« Les clients peuvent ouvrir plusieurs comptes dans plusieurs institutions… Donc, il est vraiment difficile pour nous de déterminer combien de Canadiens détiennent actuellement des comptes CELI », explique-t-il.

M. Gosal a aussi noté que 8,2 % des comptes ouverts ont un solde égal à zéro, ce qui peut partiellement être expliqué par le fait que les clients ouvrent plus d’un compte, mais peuvent en laisser un vide. Près de la moitié des comptes contenaient des actifs de 5 000 $  ou plus.

Investor Economics a aussi recueilli des données sur le courtage à escompte en ligne des institutions financières et sur les opérations de courtage de plein exercice. Ces canaux ont ouvert un peu plus d’un million de CELI et avaient recueilli des cotisations de plus de 7 G$  en juin 2010. La ventilation des actifs par produit pour ce canal n’était pas disponible.

Objectif perdu

Larry Laurendeau, un planificateur financier de BMO Groupe financier situé à Vaudreuil-Dorion dit que l’investissement des cotisations au CELI dans des produits à faible intérêt contrevient à l’objectif de cet abri fiscal. « Vous ne sauverez pas beaucoup d’impôt sur les taux d’intérêt d’aujourd’hui », fait-il remarquer.

Obtenir un pour cent d’intérêt ne nuira pas à la situation fiscale de quiconque, précise-t-il, particulièrement à 5 000 $  par cotisation. Selon lui, les gens doivent comprendre que s’ils veulent prendre un certain risque dans des placements ayant un potentiel de croissance plus élevé – tout en demeurant dans leur zone de tolérance au risque – le CELI est l’endroit pour le faire.

Ceci ne signifie pas nécessairement des placements en actions. Même des obligations ayant un rendement de 5 % ou de 6 % pourraient être placées dans un CELI. « C’est l’endroit indiqué pour investir quoi que ce soit produisant un intérêt ou un rendement unitaire intéressant », dit-il.

Selon M. Laurendeau, l’industrie des services financiers est partiellement à blâmer du fait que les Canadiens utilisent généralement les CELI comme des comptes d’épargne. Il dit que la première année, en raison du nom qu’il considère comme trompeur, les Canadiens n’étaient pas au fait de ce qu’ils pouvaient investir dans ces comptes.

« Les gens pensaient qu’il s’agissait plus d’un compte de banque qu’autre chose. Les institutions financières ont commencé a entretenir cette idée en accordant des taux d’intérêt plus élevés aux comptes CELI à intérêts quotidiens », dit-il.

Conclusion, de nombreuses personnes ont pensé que « le CELI était le produit plutôt que le panier contenant le produit. Peu d’entre eux savent que tout ce qui peut être placé dans un REER peut l’être dans un CELI. Tout le monde a ainsi gardé l’idée qu’il s’agissait d’un compte d’épargne à intérêt quotidiens. » Un nouveau nom pourrait aider à clarifier la situation, ajoute-t-il.

Que peuvent faire les conseillers afin de réduire la confusion de leurs clients quant aux choix d’investissements dans le CELI? M. Pape dit que l’éducation est la clé. Il suggère aux conseillers d’envoyer une lettre à tous leurs clients au début de l’année expliquant l’éventail d’options de placement offertes.

« Un client qui n’a pas de CELI chez un conseiller peut ne pas être au courant de toutes les options. Il pourrait être intéressé à ouvrir un nouveau compte lorsqu’il dispose de tous les faits », dit-il.

Quelles sont d’après lui, certaines des meilleures options de placement dans un CELI? Tout dépend des objectifs visés, répond M. Pape.

« Si le compte est destiné aux épargnes d’urgence, les placements devraient être très liquides et à faibles risques. Si l’objectif consiste à maximiser les économies d’impôt, des fonds communs gérés de façon audacieuse représentent un bon choix. Dans son propre CELI, M. Pape a déjà retenu des titres du Fonds de croissance Front Street, du Fonds de sociétés à microcapitalisation Bissett et du Fonds Valeur équilibré Dynamique.

Considère-t-il les fonds distincts comme une bonne option pour les CELI? « Oui, à la condition que leur ratio de frais de gestion soit raisonnable et que leur historique de rendements soit comparable ou meilleur que la moyenne de leur catégorie », dit-il.

Pour sa part, M. Laurendeau explique que l’une des façons d’éduquer les clients est d’inclure clairement le CELI comme une composante clé d’un plan financier. Traditionnellement, les conseillers ont développé des propositions ou des plans financiers pour le client qui répartissent leurs placements entre des comptes enregistrés et des comptes non enregistrés, fait-il remarquer.

« Il devrait y avoir une troisième catégorie ajoutée à chaque plan financier, soit le CELI. Certaines personnes incluent les CELI dans la composante de placements non enregistrés de leur plan, mais ils devraient être séparés », conseille-t-il.

Trouver le financement

Une autre façon d’encourager les clients à cotiser aux CELI est d’adopter une stratégie de placement qui consiste à maximiser leur REER et à utiliser ensuite le remboursement d’impôt pour financer leur CELI, dit M. Laurendeau. « Finalement, c’est le gouvernement qui finance leur CELI. Par la suite, nous choisissons les placements selon leur tolérance au risque et leur horizon de placement », dit-il.

Nombre de clients pourraient choisir des portefeuilles équilibrés de fonds communs de placement pour leur CELI tandis que d’autres opteront pour des placements plus risqués. M. Laurendeau, qui détient un permis de vente de valeurs mobilières, compte certains clients qui incluent divers types d’actions dans leurs CELI. « En période de croissance ou de fractionnement ou advenant des gains en capital substantiels, aucun impôt ne sera prélevé », fait-il valoir.

Par ailleurs, il ajoute que certains clients détenant des actifs non enregistrés considérables ont l’impression que les cotisations de 5 000 $  à un CELI ne valent pas la peine. Il prévient ces clients que dans les prochaines années, leur droit de cotisation au CELI augmentera considérablement et qu’il commencera à avoir une incidence importante sur leurs plans financiers. « Nous entreprenons la troisième année et le droit à cotisation est déjà à 15 000 $  à compter du 1er janvier », dit-il.

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