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Dépasser votre peur afin d’atteindre un niveau supérieur

par Vicky Poitras | 19 février 2010 17h09

À titre d'ancien membre de l'équipe canadienne de ski alpin, Cary Mullen en connait beaucoup sur la peur - et sur les avantages que l'on peut en tirer lorsqu'on la surmonte.M. Mullen, champion d'une épreuve de la Coupe du Monde et qui a participé aux Jeux olympiques à deux reprises, détient encore le record de vitesse en descente, l'épreuve reine du ski alpin. Maintenant conférencier motivateur, promoteur immobilier et auteur du livre How to Win (Comment gagner), il dit que les stratégies qui l'ont aidé à exceller dans le sport ont une application directe pour le succès en affaire.

Conférencier au Congrès de l'assurance et de l'investissement qui s'est tenu à Montréal en novembre dernier, M. Mullen a décrit comment la peur s'est emparée de lui la première fois qu'il a affronté la piste de Kitzbühel, en Autriche, « la descente la plus renommée, et aussi la plus redoutable au monde ». Non seulement la pente était incroyablement abrupte, mais elle était totalement recouverte d'une couche de glace. Pour offrir plus de défis, les travailleurs l'avaient arrosée au moyen de boyaux d'incendie la nuit précédant la course.

M. Mullen a raconté comment il avait rêvé et s'était entraîné pendant toute sa vie afin d'obtenir la chance d'être en compétition à Kitzbühel. Toutefois, pendant sa tournée d'inspection avant la course, il a éprouvé de sérieux doutes. « J'avais le cœur battant et je me demandais comment j'y arriverais. »

Il a réfléchi à son but ultime : gagner un jour une épreuve de la Coupe du Monde. Il s'est dit qu'une course à Kitzbühel l'aiderait à s'élever au prochain niveau vers ce but. D'autres skieurs partageaient sa peur. Un coéquipier s'est retiré de la compétition pour cette raison, mais Cary Mullen s'est présenté et il a terminé cette course ardue avec succès.

« Je me suis senti tellement bien d'avoir réussi à me rendre en bas. J'ai ressenti un sentiment extraordinaire d'exaltation et de dépassement, a-t-il dit. J'ai l'impression que souvent nos plus grands moments d'exaltation sont précédés d'un inconfort, d'une incertitude. »

M. Mullen dit qu'un parallèle peut être clairement établi entre le sport et le monde des services financiers axé sur le rendement et la concurrence. Il a vivement conseillé aux membres de l'auditoire d'examiner les peurs qui pourraient les contenir dans leur vie professionnelle.

Évaluer la performance

Après la course, ses entraineurs et lui ont regardé la vidéo afin d'analyser sa performance et déceler comment elle pourrait être améliorée. Ils ont remarqué que dans les parties les plus terrifiantes de la course, il projetait son corps vers l'arrière- une réaction de peur. « Comme recrue sur l'équipe, je dois admettre que j'avais eu peur, mais le plus important était ma réaction à cette peur. Elle me nuisait. »

La solution n'était pas d'éliminer la peur, mais de changer ma réaction. À cette fin, ses entraineurs et lui ont mis en place un plan simple. Au lieu de projeter son corps vers l'arrière lorsqu'il éprouvait de la peur pendant les courses, il a commencé à faire l'inverse. « Chaque fois que j'arrivais à une section effrayante, je me disais « Fonce devant, fonce devant! » J'ai essayé de réfréner et de réformer ma réponse à la peur, chaque jour. »

Il est d'avis que tout le monde peut tirer profit de cette façon de penser. « La récompense est du côté opposé à notre peur. Je pense que nous devons foncer et nous approprier cette récompense. »

M. Mullen fait une distinction entre deux sortes de peur : celle liée à la survie et celle liée à la performance. Celle liée à la survie est importante pour éviter un optimisme aveugle et risquer sa vie par négligence. Par contre, il encourage l'auditoire à surmonter la peur liée à la performance. Cette peur est celle « de l'échec, du rejet, de ne pas être parfait. Je pense que, si vous vous efforcez d'atteindre, non la perfection, mais plutôt le succès, cela vous libère pour accéder à un niveau supérieur.»

M. Mullen a demandé à l'auditoire d'identifier quelle peur les empêche de passer à un niveau supérieur. « Est-ce se dépasser que de se poser ces questions plus profondes, plus difficiles? De demander la conclusion d'une vente? De joindre ce gros client potentiel auquel vous pensez, mais devant lequel vous hésitez? D'investir dans votre marketing un peu différemment? Qu'aimeriez-vous surmonter? »

Mesurer et innover

Sortir de notre zone de confort s'avère une autre peur dominante, ajoute-t-il, mais qui est essentielle pour l'innovation. Il suggère que la réévaluation des techniques afin de vérifier la possibilité d'une amélioration est primordiale autant dans le sport que dans les affaires. Selon lui, même lorsqu'une technique semble bien fonctionner, elle devrait être analysée. L'application de ce processus dans sa propre carrière de skieur l'a mené aux plus hauts niveaux de la réussite.

Il a raconté qu'au cours de sa carrière, les membres de l'équipe canadienne étaient largement reconnus pour être les meilleurs en vol, ayant maitrisé une position compacte et aérodynamique. Cependant, soumise à un test dans un tunnel de vent, cette position s'est avérée une technique inférieure. « Nous avons regardé les données et nous ne pouvions y croire. Cette position était la plus lente qui soit », se rappelle M. Mullen.

L'équipe a essayé d'autres positions potentielles et leur a fait subir le test du tunnel de vent. Une autre technique, qui demandait d'avoir les jambes écartées et les mains derrière les jambes, a été trouvée et s'est révélée beaucoup plus rapide. Personne n'avait jamais adopté cette position pour une course de ski auparavant, a-t-il ajouté.

Cet été-là, l'équipe s'est entrainée au Chili et en Argentine et elle a mis en œuvre la nouvelle technique dans son entrainement. Après deux jours seulement, la plupart des membres de l'équipe de Cary Mullen l'avaient abandonnée. Lorsqu'il leur a demandé pourquoi, ils ont répondu qu'ils ne se sentaient pas à l'aise. « Je me souviens d'avoir pensé : «C'est vrai, lorsque nous essayons de désapprendre quelque chose et d'apprendre une nouveauté, c'est inconfortable.» Je me suis dit que cette méthode était plus rapide et j'allais la pratiquer jusqu'à ce je sois à l'aise. »

Il a continué de pratiquer la technique jusqu'à ce qu'il la maitrise et il est ensuite retourné à Kitzbühel, où il a établi son record de vitesse en ski alpin, atteignant 151 kilomètres à l'heure. Ce record tient encore aujourd'hui. En 1994, à Aspen, il a également réussi un rêve de longue date, soit de devenir un champion d'une Coupe du Monde.
Identifier ce qui ne fonctionnait pas et innover jusqu'à ce qu'il trouve quelque chose de mieux lui a permis d'atteindre un nouveau niveau, a-t-il ajouté.

« Vous êtes les pros dans votre domaine », a-t-il dit à l'auditoire. « Je vous pose simplement la question. Y-a-t-il une technique que vous utilisez et que vous pourriez mesurer en vue d'atteindre de meilleurs résultats? »

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