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Des agences accolent une perspective négative à l’Industrielle Alliance

par Alain Thériault | 17 août 2012 11h17

Des agences de notation ont placé sous surveillance avec implication négative plusieurs cotes de l’Industrielle Alliance, Assurance et services financiers. De récentes émissions d’actions privilégiées et une vulnérabilité aux taux d’intérêt en sont la cause. Le PDG Yvon Charest veut corriger le tir, mais de manière ordonnée.Standard and Poor’s a placé sous surveillance avec perspective négative les cotes de solidité financière (A+) et de contrepartie de crédit (A+) de l’Industrielle Alliance. DBRS a placé sous surveillance avec perspective négative les cotes des débentures subordonnées (A) et actions privilégiées (Pfd-2, haute) de l’Industrielle Alliance.

Ces agences constatent que la compagnie a augmenté son levier financier au-delà de ses balises, en raison de deux récentes émissions d’actions privilégiées. L’une, de 150 millions de dollars (M$), a été complétée le 1er juin et l’autre, de 100 M$, annoncée le 19 juin. DBRS se donne une période d’analyse d’un à deux mois pour décider si elle abaisse ou non la perspective de développement de l’assureur.

Les cotes de crédit sont aussi menacées. Standard and Poor’s a indiqué qu’elle pourrait les abaisser au cours des 18 à 24 prochains mois. Pour éloigner le risque de décote, l’Industrielle Alliance devra ramener son ratio de dette à l’actif sous la barre des 35 %. L’assureur devra aussi maintenir son ratio de service de la dette à au moins 5 fois ses revenus.

DBRS souligne que la première émission d’actions privilégiées de l’Industrielle Alliance a fait augmenter son ratio de dette à 36,6 %. « Ce ratio confirme que l’assureur a perdu un peu de sa flexibilité financière en prenant plus de levier », a dit David Hughes, vice-président principal, institutions financières canadiennes de DBRS, en entrevue au Journal de l’assurance.

Les six millions d’actions privilégiées, alors émises à 25 $ pièce, portent un taux de dividendes de 4,3 % pendant 5 ans. « Cette obligation signifie une charge fixe sur le ratio de couverture de la dette », ajoute M. Hughes.

De telles émissions inquiètent les agences parce qu’elles dénotent des faiblesses chez l’assureur, explique-t-il. Par contre, M. Hughes croit que le marché boursier a été soulagé que l’émission se fasse sous forme d’actions privilégiées. Le marché s’inquiétait qu’une émission d’actions ordinaires vienne diluer le bénéfice par action, dit-il. « Si l’assureur a réglé son problème de capital en émettant des actions privilégiées plutôt qu’ordinaires, les marchés financiers l’ont surement apprécié. Le cours du titre devrait monter », dit M. Hughes.

Le PDG de l’Industrielle Alliance, Yvon Charest, partage aussi cet avis, a-t-il affirmé en entrevue au Journal de l’assurance. « Les détenteurs d’actions devaient être contents, puisque le titre se transige bien. Aujourd’hui, il a monté à 25,15 $ », a-t-il dit le 21 juin, quelques jours après l’émission. Au moment de fermer la présente édition, le 7 aout, le titre a fermé à 23,29$.

Risque concentré

Les agences estiment aussi que l’assureur est davantage exposé au risque de taux d’intérêt que la moyenne de l’industrie. Son portefeuille d’assurance vie permanente a le défaut de garantir des intérêts élevés.

Le portefeuille se concentre en outre au Canada, dit M. Hughes. « Les autres grands assureurs y sont aussi exposés, mais ils contrebalancent ce risque avec des activités plus importantes dans d’autres marchés », dit-il.

Enfin, les agences notent le faible ratio de capital règlementaire de l’Industrielle Alliance. À 186 %, le montant minimum permanent requis pour le capital et l’excédent (MMPRCE) demeure en-deçà de la moyenne de l’industrie.

Le PDG de l’Industrielle Alliance prend acte des préoccupations des agences de crédit. Il se croit en mesure de cadrer dans les cibles des agences d’ici 18 mois. M. Charest souhaite toutefois le faire de manière ordonnée, sans compromettre le conservatisme de l’Industrielle Alliance.

Il fait d’ailleurs remarquer que l’Industrielle Alliance manque de peu la cible des agences. « Standard & Poor’s a dû hésiter longtemps avant de prendre sa décision, car le mot marginally revient trois fois dans son communiqué. Nous étions vraiment à la limite de la cible. »

L’Industrielle Alliance a rajouté à sa base 700 M$ de capital au cours des 12 derniers mois, rappelle M. Charest. Les dernières émissions ont été la goutte de trop pour les agences. « Nous aurions pu attendre avant de faire cette émission, mais nous préférons rajouter du capital pour protéger nos engagements à long terme envers nos clients », explique-t-il.

L’assureur a transféré du capital dans ses réserves, une mesure prudente dont le BSIF ne tient pas compte. « Si nous avions laissé l’argent dans le capital plutôt que le transférer aux réserves, notre MMPRCE du 31 mars aurait pu être de 16 points de base supérieur à celui divulgué (186 %) », dit-il.

L’assureur entend d’ailleurs prendre une charge de 120 M$ avant la fin de 2012 pour contrecarrer l’effet des taux d’intérêt. Cette charge a aussi chatouillé les agences de notation. « Nous aurions pu ne prendre cette charge que l’an prochain, mais nous voulions en profiter pendant que les taux d’intérêt sont bas. »

L’Industrielle Alliance met de l’argent de côté pour contrebalancer la charge et a accumulé à ce jour 70 M$ « en valeur après impôt », par des actions au niveau de ses activités de placement. M. Charest se dit confiant de financer cette charge dès la fin de l’année.

Le montant accumulé n’apparait pas encore officiellement au bilan de la compagnie. Il sera utilisé en fin d’année pour renforcer les réserves actuarielles ou le capital. Lorsqu’il recalculera le MMPRCE de l’assureur, M. Charest est confiant que le BSIF tiendra compte de ce montant.

Hausse de prix et retrait Ecoflextra

Autre action contre les taux d’intérêt, l’Industrielle Alliance a augmenté le prix de tous ses produits individuels permanents d’assurance de personnes le 3 juillet. Ce sont ces produits que les agences désignaient comme coupables de l’exposition au risque d’intérêt de l’assureur.

La vie universelle à cout nivelé a subi une hausse de 3 à 10 %, selon l’âge et le produit. Les prix de l’assurance vie entière ont pour leur part augmenté de 1 % à 10 %, selon l’âge et le produit. Dans tous les cas, la tranche d’âge de 0 à 59 ans est la plus affectée, les 60 ans et plus récoltant les plus faibles hausses. Des hausses ont aussi touché des produits de santé et de maladies graves.

L’Industrielle Alliance vient de retirer son produit de fonds distincts à garantie de retraits à vie Ecoflextra. Malgré des changements apportés ce printemps pour alléger la pression sur les marges de rentabilité du produit, les bas taux d’intérêt à long terme en ont finalement eu raison. « À la mi-mars, le taux de référence de la Banque du Canada pour les obligations du Canada 10 ans s’établissait à 2,25 %. À la mi-juillet, il n’était plus que de 1,65 %, soit une diminution de 60 points de base (0,60 %) », a expliqué en entrevue à FlashFinance.ca Marc Saint-Jacques, directeur des produits d’épargne et de retraite à l’Industrielle Alliance. « C’est le même ordre de grandeur pour la diminution des taux d’intérêt long-terme (30 ans et plus) », ajoute-t-il.

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