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Des conseillers partagés entre enthousiasme et prudence

par Vicky Poitras | 08 février 2007 16h35

Le réseau de vente nourrit aussi un sentiment où se mêlent enthousiasme et prudence à l’égard des marchés financiers pour l’année en cours.Sans aller jusqu’à s’annoncer haussier, Éric Chayer, planificateur financier chez Lafond et associés depuis 13 ans et conseiller en épargne collective, fait remarquer que le ralentissement pourrait déjà être du passé.

Les cycles économiques sont de plus en plus courts, observe en effet le planificateur financier. Il en veut pour exemple la correction des marchés boursiers canadiens d’un peu plus de 12% survenue en juin 2006. « Nous avons pris deux mois à peine à recouvrer le terrain perdu alors qu’il faut habituellement huit mois dans de telles situations », estime-t-il.

M. Chayer n’embrasse pas non plus le pessimisme économique de certains médias et économistes. L’économie canadienne est soutenue par de très bons fondamentaux et il n’y a jamais eu autant de facteurs positifs en même temps, croit-il.

À l’instar de Marc St-Pierre, il constate toutefois que ces bonnes nouvelles sont déjà escomptées dans le marché et que les belles années du TSX sont probablement derrière nous. « Il y a cinq ans que le TSX bat les indices mondiaux. Or, le Canada n’a battu ces indices que 47% du temps depuis 1974. Statistiquement, le vent est contre nous en 2007. »

M. Chayer parle donc d’une croissance modérée des marchés boursiers et donc de l’importance d’adopter une stratégie défensive en matière d’investissement.

Le planificateur Éric Chayer recommande pour sa part d’augmenter la pondération des marchés étrangers pour la même raison que M. St-Pierre. Dans ses portefeuilles, où cette pondération avoisinait les 20%, il passe maintenant à 30%.

L’Europe est selon lui une place à investir : véritable moteur de création d’emplois, cette zone a également adopté des mesures strictes pour contrôler les coûts de l’énergie, expose-t-il. Il aime aussi le Japon et son économie de sept trillions de dollars américains. M. Chayer souligne entre autres que le prix des maisons est à la hausse là-bas pour la première fois en 14 ans. De plus, les mauvais prêts ont été consolidés et les prêts accordés par le gouvernement japonais ont été repayés, ajoute-t-il.

Éric Chayer observe aussi que ces deux secteurs géographiques pratiquent l’autoconsommation, ce qui soutient la demande interne malgré le ralentissement de leurs exportations.

Les banques

Défensif au Canada et aux États-Unis, M. Chayer n’hésite toutefois pas à recommander une présence dans le secteur bancaire. « Les pays émergents ont besoin de nos produits financiers spécialisés et sophistiqués », pense-t-il. De plus, les banques lui apparaissent comme des machines à facturer des frais. Celles-ci versent également des dividendes qui tournent autour de 3%, ajoute-t-il.

Éric Chayer est plus frileux en ce qui touche le secteur des ressources, parce que la donne peut s’inverser dans l’espace de deux ou trois mois. « Nous avons commencé l’année 2006 avec le prix de l’énergie au sommet et celui des métaux dans un creux. À la fin de l’année, c’était exactement le contraire. »

Aussi exhorte-il les investisseurs à essayer des catégories d’actifs moins traditionnelles, dont les fonds de placements mondiaux en immobilier commercial. « Ces fonds-là versent d’énormes redevances en plus de ne pas être corrélés aux marchés boursiers. »

M. Chayer inclut aussi les obligations corporatives qui sont en mesure de produire des rendements intéressants dans des secteurs moribonds de l’économie. Ces secteurs comptent en effet de grosses sociétés dont le risque de défaut de paiement est faible.

Des précautions

Les conseillers financiers prennent aussi leurs précautions face à un éventuel ralentissement. C’est entre autres le cas de Robert Beauchamp, conseiller en sécurité financière de 28 ans d’expérience qui dirige un cabinet de services financiers à Lachine, R. Beauchamp & Laplante.

Il a choisi de sécuriser une partie de l’avoir de ses clients en recourant à un fonds de placement investissant dans l’immobilier commercial. Il atténue ainsi le risque de la volatilité des rendements qui s’accroît en période d’incertitude. Ce fonds lui semble d’autant plus un bon choix qu’il a une forte pondération dans la région de Calgary. Sa stratégie consiste ensuite à transférer tranquillement des fonds de cette position vers les fonds d’actions, par exemple dans une période de 12 mois.

M. Beauchamp maintient sa confiance dans les marchés boursiers canadiens en raison entre autres de la vigueur du secteur des ressources. Selon lui, la demande pour les ressources canadiennes n’est pas prête de tarir, avec des économies émergentes comme l’Inde et la Chine qui construisent continuellement de nouvelles infrastructures.

« Ces pays prendront leurs matières premières dans des pays comme le Canada où les mines sont déjà en exploitation plutôt que de mettre plusieurs années à découvrir de nouveaux gisements et de les exploiter. »
André Giroux, conseiller en sécurité financière à l’Industrielle Alliance depuis plus de 20 ans, croit aussi à la vigueur du marché canadien. Mais comme la plupart des observateurs de l’industrie, il craint une éventuelle correction boursière.

M. Giroux préfère pour le moment éviter les fonds canadiens trop risqués. Il opte donc pour la sécurité relative qu’offrent les fonds canadiens de blue chips et de dividendes.

Il recommande aussi des fonds de dividendes mondiaux, surtout de sociétés européennes. « Les marchés européens ont très bien fait depuis un an et demi », constate-t-il. Pour lui, cette tendance est là pour rester. La zone euro est plus stable que celle des pays émergents et sa devise est forte, observe André Giroux.

Ne pas s’emballer

Il fait cependant dans la mesure quant aux placements internationaux: « Pas question de dépasser la limite de 30% même si c’est maintenant permis. C’est trop risqué à cause du mouvement imprévisible des devises. »

André Giroux invite aussi ses clients à ne pas paniquer devant les corrections et éviter de jouer à la chaise musicale. Plutôt que de quitter complètement un « marché » (secteur, fonds, classe d’actif), croit le conseiller, il faut rééquilibrer la répartition des actifs en surpondérant tel ou tel marché selon les tendances marquées et non selon les modes du moment.

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