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Échaudés par le risque, les assureurs délaissent la garantie de retrait temporaire

par Ian Bolduc | 25 octobre 2009 14h41

Le marché des garanties de retrait minimum continue de vivre d'importantes transformations. De plus en plus d'assureurs tournent le dos à la garantie de retrait temporaire au profit de la garantie de retrait à vie.

Derrière ces changements, on sent le désir des assureurs de réduire leur exposition au risque. Ce constat frappe notamment chez Great-West, qui vient tout juste de lancer sa garantie de revenu viager, et chez Manuvie, qui vient de lancer la deuxième version de RevenuPlus. (Fait à noter, même s'il s'agit du même produit, les assureurs utilisent des appellations différentes pour identifier leur marque de commerce. On trouve ainsi des «garanties de retrait minimum» ou encore des «garanties de revenu minimum».)

Great-West, Canada-Vie et London Life offrent la garantie de revenu à vie sur leurs fonds distincts depuis le 5 octobre. « À partir de 50 ans, vous pouvez recevoir un revenu la vie durant », dit Alf Goodall, vice-président marketing, retraite et investissement, individuelle. En lançant son option de revenu viager, Great-West a pris la décision de ne pas offrir la garantie de retrait minimum qui s'échelonne sur une période de temps limitée, normalement équivalente à 15 ou 20 ans. « Le revenu temporaire pendant 20 ans, ce n'est pas ce que nos clients recherchent », ajoute-t-il.

Transamerica Vie Canada et Empire Vie sont des compagnies d'assurance qui ont également choisi de n'offrir que le revenu viager lorsqu'elles ont lancé leur garantie de retrait minimum en 2008.

« Selon ce que nous disent les conseillers, l'option de revenu temporaire n'est vraiment pas attrayante. En fait, ils croient que cette option est plus risquée parce que le client doit convertir à 65 ans, réduisant ainsi le revenu dans le futur. En plus, je pense que d'offrir les deux options rend un produit compliqué encore plus compliqué. C'est d'ailleurs intéressant de voir que Manuvie n'offre plus la garantie de revenu sur une période de 20 ans », dit M. Goodall.

En effet, la Financière Manuvie n'offre plus cette option, depuis le 5 octobre. Michael Ondercin, vice-président adjoint, gestion des produits de fonds distincts, indique que le changement sert à réduire la complexité du produit. « Les conseillers et les clients trouvaient ça confus que nous offrions deux options de garantie de revenu. »

Dans le réseau des conseillers, il s'en trouve qui sont déçus. John Hamilton, président de l'un des principaux agents généraux au Canada, Financial Horizons Group, affirme que des représentants « sont déçus de ne plus pouvoir offrir l'option de revenu temporaire sur 20 ans avec RevenuPlus. Mais c'est normal qu'il y ait des changements, les conseillers vont s'adapter », dit-il.

Avec la deuxième version de RevenuPlus, le client n'a plus le choix entre les deux options de revenu garanti et doit souscrire le revenu garanti à vie, disponible à partir de 65 ans. L'ancienne option de la garantie de revenu temporaire permettait au client de toucher un revenu avant cet âge. (Voir l'encadré sur les changements à RevenuPlus en page 26).

M. Ondercin explique que l'abandon du revenu garanti sur 20 ans provient du fait que « peu de clients parmi nos 100 000 contrats ont commencé les retraits avant 65 ans. Notre recherche indique aussi que les clients attendront d'avoir cet âge avant de toucher leurs revenus ».

Étude

Alf Goodall, de Great-West, n'est pas de cet avis. Il cite une étude menée par Statistique Canada, qui montre que 74 % des Canadiens prennent leur retraite avant l'âge de 65 ans. « En moyenne, ils se retirent du marché du travail à 62 ans. Je crois que c'est un gros avantage de commencer à toucher le revenu à vie quand le client est prêt », dit-il. C'est pourquoi Great-West offre à ses clients la possibilité de commencer les retraits à vie à l'âge de 50 ans.

Manuvie n'est pas le seul assureur à avoir abandonné la garantie de revenu temporaire. Desjardins Sécurité financière a annoncé en juillet dernier qu'elle arrêtait momentanément la vente de son option de revenu garanti temporaire, échelonnée sur 15 ans, pour ne garder que l'option de retrait viager. La compagnie veut revoir son produit et réduire ses risques.

« Était-ce trop beau pour être vrai ? C'est difficile à dire », pense John Hamilton, de Financial Horizons Group. Selon lui, le remaniement des garanties indique que c'était évidemment trop risqué pour les assureurs. Il n'est toutefois pas surpris de voir toutes ses modifications se succéder dans le marché. « Nous sommes probablement chanceux que la révision des garanties ne soit pas survenue avant. Ainsi, nous sommes allés chercher beaucoup de clients. »

La transformation du marché des fonds distincts rappelle à M. Hamilton les balbutiements de l'assurance maladies graves au Canada. « Les premiers produits étaient plutôt abordables pour les clients, mais les compagnies ont dû revoir leurs prix après avoir acquis une certaine connaissance de ce marché », explique-t-il.

D'ailleurs, dans son plus récent rapport sur l'industrie de l'assurance vie au Canada, A.M. Best note que « les principaux joueurs dans le marché des fonds distincts ont lancé des nouveaux produits afin de mieux refléter les risques associés aux garanties ».

Appelé à commenter la transformation du marché des garanties de fonds distincts, Neil Skelding, président et chef de la direction de RBC Assurances, affirme que la viabilité à long terme est devenue un facteur critique. Il croit que nous assistons maintenant au lancement de garanties qui sont mieux équipées pour faire face à la volatilité des marchés boursiers. C'est pourquoi plusieurs assureurs ont pris la décision de réduire l'exposition aux actions dans les fonds distincts admissibles aux garanties de revenu, dit-il.

RBC Assurances n'offre pas encore de garanties de revenu sur ces fonds distincts, même si M. Skelding admet qu'il y a clairement un besoin en ce sens du côté de la clientèle. L'assureur ne cache pas son désir d'offrir ce type de produits. « Ça prend plus de temps que prévu pour entrer dans ce marché. Nous voulons d'abord nous assurer que notre produit sera compétitif et viable », explique-t-il.

Pas de date pour RBC

RBC n'a pas de date fixée pour un éventuel lancement. En plus de la garantie de retrait viager, la compagnie ne ferme pas la porte à la garantie de revenu temporaire, échelonnée sur 20 ans. « Diverses options sont sur la table », confie M. Skelding.

En novembre 2008, Standard Life est quant à elle revenue sur sa décision de lancer une garantie de revenu à vie au courant de l'année 2009. À ce jour, aucune date n'est fixée pour le lancement de ce produit.

Autre mouvement de recul observé dans l'industrie : celui d'AXA Assurances. Au moment de fermer la présente édition, l'assureur a annoncé la fermeture de ses 12 fonds distincts option cumulàvie tout en révélant qu'il avait écarté, après analyse du marché, l'avenue de lancer son produit de garantie de retrait minimum (voir autre texte en page 38).

Les autres joueurs déjà présents dans le marché des garanties de revenu - la Financière Sun Life, l'Industrielle Alliance et SSQ Groupe financier - offrent encore la garantie à période limitée ainsi que la garantie à vie.

Vérification faite auprès de la Sun Life : pas de changement prévu cette année à l'option de retrait minimum sur 20 ans. Selon Hélène Soulard, gestionnaire, affaires publiques, une nouvelle génération de produits verra le jour éventuellement, mais « il est trop tôt pour en discuter parce que même l'information destinée aux conseillers n'est pas élaborée. On travaille actuellement sur nos produits », dit-elle.

Chez Industrielle Allliance, Jacques Carrière, vice-président, relations avec les investisseurs, dit que l'assureur est à l'aise avec le prix et les caractéristiques de son produit de retrait minimum garanti. « On ne se sent pas pressé d'apporter des changements », dit-il. M. Carrière ajoute qu'une révision régulière est faite sur les produits afin qu'ils demeurent compétitifs.

Le constat est le même chez SSQ groupe financier : « Ce n'est pas dans nos plans actuels de modifier notre produit », affirme Élaine Dumais, directrice des communications institutionnelles. Selon elle, SSQ n'envisage pas éliminer, pour l'instant, l'option du revenu sur 20 ans.

La firme de notation A.M. Best croit que des changements additionnels surviendront dans l'industrie afin de réduire le risque associé aux fonds distincts.

Longue attente

Great-West s'est fait attendre avant de lancer sa garantie de retrait minimum. Manuvie a d'abord ouvert la voie avec RevenuPlus en 2006 et depuis, plusieurs compagnies ont suivi la parade afin de tirer profit de ce marché en pleine expansion. Au Canada, on compte maintenant huit compagnies qui offrent ce type de garantie.

Expliquant pourquoi Great-West a pris son temps pour entrer dans ce marché, M.Goodall dit que Great-West n'était pas à l'aise avec la direction que le marché prenait. « Nous voulions nous assurer que la tarification, les fonds offerts et les caractéristiques étaient appropriés avant de faire un lancement. Puis, la crise financière de 2008 nous a forcés à prendre une pause et à s'assurer que le produit était compétitif et viable à long terme. Je crois que notre lancement survient à un bon moment. Les gens cherchent maintenant des occasions pour revenir dans le marché », ajoute-t-il.

Les ventes de fonds distincts ont explosé ces dernières années notamment grâce aux garanties de retrait minimum. Dans le premier semestre de 2009, les ventes nettes de fonds distincts ont atteint plus de 2,5 milliards de dollars.

Les compétiteurs de Great-West ont profité de son absence dans ce marché lucratif. En juin dernier, l'assureur a perdu sa position de leader au chapitre de l'actif sous gestion. C'est Manuvie qui détient maintenant la première position. M. Goodall croit fermement que l'ajout de la garantie de revenu viager aidera la compagnie à reprendre sa place de leader et à reconquérir la part de marché perdue au fil du temps. « Sans aucun doute, notre garantie de revenu viager rapportera; c'est un gros marché. »

John Hamilton, de Financial Horizons Group, prédit que Great-West rattrapera le terrain perdu. Mentionnant les conséquences de la crise financière, il ajoute : « La compagnie a eu l'avantage d'être absente du marché des garanties de revenu dans les deux dernières années. Manuvie, de son côté, a de quoi être plus inquiète. »

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