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Épargner doit devenir aussi commun que recycler, plaide la présidente d’ACCAP-Québec

par Hubert Roy | 04 janvier 2017 07h00

Lyne Duhaime | Photo : Réjean Meloche

Pourquoi épargner ne deviendrait-il pas aussi courant que recycler ? Adopter le recyclage a été un véritable changement dans la société. Lyne Duhaime, présidente d’ACCAP-Québec, pense que l’épargne peut emprunter la même voie.

Mme Duhaime a livré sa vision sur le sujet devant le Cercle de la finance du Québec, le 8 novembre dernier, dans le cadre de son colloque sur la retraite. Le Journal de l’assurance s’est entretenu avec elle le lendemain.

Pour la présidente d’ACCAP-Québec, l’augmentation de l’espérance de vie est une bonne nouvelle en soi, car les gens vivent plus longtemps. Elle souligne toutefois que cette nouvelle réalité implique des changements de société importants, qui ne se feront pas du jour au lendemain. Pour elle, il est clair que les gouvernements doivent apporter des modifications à leurs régimes de pensions.

« Ce n’est pas facile non plus pour les employeurs, dit-elle. Ils n’ont plus les moyens d’offrir de généreux régimes à prestations déterminées comme par le passé. C’est pour cela qu’il faut inciter les gens à épargner. Il faut que ça devienne quelque chose de courant culturellement parlant. »

Elle en donne pour exemple la façon dont le recyclage a été normalisé dans nos mœurs au fil des ans. Elle souhaite que l’épargne personnelle connaisse le même succès.

« Dans les années 1970, les gens étaient réfractaires à recycler. C’était réservé aux écologistes et aux militants de Greenpeace. Aujourd’hui, plus personne ne remet cette pratique en question. C’est un changement de société important qui s’est produit, comme l’interdiction de fumer ou public ou de toujours s’attacher en voiture. Il faut forcer la main », dit-elle.

Le RVER : un pas dans la bonne direction

Elle voit l’imposition du Régime volontaire d’épargne retraite (RVER) comme un bon outil en ce sens. « Ce n’est toutefois pas cela qui conviendra à tous. Au moins, avec le RVER, tout le monde aura accès à un outil d’épargne retraite. Il ne faut pas oublier que 50 % des travailleurs au Québec n’ont pas d’épargne personnelle ou n’ont pas accès à un régime de retraite dans leur milieu de travail. S’ils ne font rien, ces gens n’auront que le minimum à la retraite. Ils vivront à peine au-delà du seuil de la pauvreté », dit-elle.

Les chiffres d’adoption du RVER sont peu élevés dans le moment. Mme Duhaime souligne qu’il aurait été surprenant qu’ils le soient avant la date butoir du 1er janvier 2017, où toutes les entreprises sur Québec auront l’obligation de donner accès à un moyen pour leurs employés d’épargner en vue de la retraite. Et encore, dit-elle, il faudra du temps avant de savoir si le RVER connaitra du succès ou pas.

« Les gens n’arrêteront pas de prendre des vacances pour épargner en vue de la retraite. Ils ne cesseront pas non plus d’envoyer leurs enfants à l’école privée pour cette raison. Même s’ils n’y cotisent pas à pleine mesure, le RVER ne peut qu’être positif, car il engendre une discussion et une réflexion. »

Mme Duhaime croit-elle vraiment que les gens auront le réflexe d’épargner comme ils ont celui de recycler ? « Ils vont devoir le faire !, assure-t-elle. Quand le Régime des pensions du Canada a vu le jour, suivi de la Régie des rentes du Québec, leurs projections faisaient état que les gens prendraient leur retraite à 65 ans et mourraient à 70 ans. Ils ont été conçus pour des gens qui ne vivraient que quelques années après leur retraite. Les actuaires n’ont pas vu venir cette hausse de l’espérance de vie. »

« Il faut un changement de société ! »

Elle souligne qu’au Québec, l’âge moyen de la retraite est de 60 ans. Or, l’espérance de vie d’un homme québécois peut atteindre 90 ans, si on exclut de la donne les décès par accident de voiture et la mortalité infantile. « Ça veut dire que les gens vont devoir vivre de 25 à 30 ans sans avoir d’entrées d’argent, excluant ceux qui auront épargné ou investi dans l’immobilier. Il se fera un changement de société ! Il faut en venir à ce que ce soit normal d’épargner. »

Non seulement épargner doit entrer dans les mœurs, dit Mme Duhaime, mais il faut que ce soit facile de le faire. « Les statistiques sur le recyclage démontrent que les gens qui habitent au 2e étage d’un immeuble recyclent moins que ceux qui demeurent au rez-de-chaussée. Pourquoi ? Parce qu’ils doivent descendre leur bac de recyclage en bas… Ça demande un effort. C’est pourquoi il faut trouver des moyens de rendre l’épargne facile. »

Pas que les riches qui peuvent épargner

La présidente d’ACCAP-Québec a toutefois bon espoir que les jeunes qui arriveront prochainement sur le marché du travail adoptent rapidement l’habitude d’épargner. Par ailleurs, elle croit elle aussi qu’il faut cesser de penser qu’il y a que les riches qui peuvent épargner. Henri-Paul Rousseau, ancien PDG de la Caisse de dépôt et de placement du Québec, maintenant haut dirigeant de Power Corporation, a tenu le même discours lors de l’ouverture du colloque du Cercle de la finance du Québec.

« Il y a beaucoup d’outils qui se créent présentement, comme WealthSimple, qui permettent d’épargner de petits montants. On peut tout simplement y mettre 10 $ dedans. Ça ne prend plus 50 000 $ comme avant pour avoir une discussion sur le sujet. Pourquoi priver des gens qui travaillent dans des PME de mettre un peu d’argent de côté ? Qui sommes-nous pour juger des petits montants qu’ils investissent ? Même s’ils n’ont mis que 50 000 $ ou 75 000 $ de côté lorsqu’ils prendront leur retraite, ce sera au moins cela. Ça pourrait même être suffisant pour leur éviter de vivre sous le seuil de la pauvreté », dit Mme Duhaime.

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