Avec l’acquisition d’AXA Canada et de Jevco, Intact Corporation financière a établi sa domination sur le courtage. L’assureur possède 41,5 % du marché appartenant aux courtiers du Québec.

Cette proportion passe respectivement à 53 % et 55 % en assurance automobile et en habitation. En assurance aux entreprises, Intact possède près du tiers des affaires souscrites par les courtiers du Québec. En assurance responsabilité, cette proportion est de 23 %.
Ses plus proches concurrents dans le courtage sont loin derrière. Aviva Canada rafle 11 % des affaires des courtiers, alors que RSA Canada, en tenant compte de l’acquisition de L’Union Canadienne, en a près de 10 %.
En auto, Aviva détient 17 % des affaires des courtiers, ce qui signifie que 70 % du marché des courtiers dans ce segment est concentré chez deux assureurs. Le constat est sensiblement le même en habitation, alors que la part d’Aviva y est de 13 %. RSA arrive 2e chez les courtiers en assurance aux entreprises, en s’accaparant 12 % du marché. Cet assureur est aussi 2e en responsabilité civile, avec 8 % du marché souscrit par le courtage.
Nouveau recul du courtage
La compilation des parts de marché du Journal de l’assurance révèle un nouveau recul des assureurs à courtage, au Québec. Le recul des parts, en 2011, a été de 0,7 point de pourcentage. C’est semblable au recul observé en 2010, qui était aussi de 0,7 point de pourcentage. Le recul avait été plus faible en 2009 (0,3 point de pourcentage). La dernière brusque chute des parts du courtage remonte à 2006, avec une baisse de 1,5 point de pourcentage.
La part du courtage s’établit maintenant à 53,6 % tous segments confondus. Il faut toutefois noter que ce chiffre ne tient pas compte des affaires que le Groupe Promutuel et le Groupe Ledor mènent dans le courtage. L’impact de leurs affaires sur le calcul de la part du courtage est d’environ 2 %.
La part du Groupe Ledor est d’environ 50 % dans le courtage et 50 % chez les directs. En assurance automobile, 37 % de ses affaires proviennent des courtiers. Cette proportion grimpe à 41 % en habitation. C’est en assurance aux entreprises que la part du courtage du Groupe Ledor est la plus forte, avec 75,5 % des primes provenant des courtiers. En responsabilité, 32,5 % des affaires souscrites dans ce segment proviennent des courtiers.
Le Groupe Promutuel mène environ 21 % de ses affaires dans le courtage. Cette part baisse d’année en année. Elle était de 25 %, il y a encore cinq ans, et baisse d’un point de pourcentage par année depuis deux ans. L’assureur n’a toutefois pas voulu dévoiler quelle était sa part dans le courtage, par segment.
Recul marqué en habitation
C’est en assurance habitation que le recul a été le plus marqué, avec une baisse de 1,1 point de pourcentage. La part du courtage en habitation s’établit maintenant à 38,8 %. C’est la deuxième année de suite que la part du courtage baisse de plus d’un point de pourcentage. L’an dernier, elle avait baissé de 1,42 point de pourcentage.
Le courtage observe aussi des reculs en assurance automobile et en assurance aux entreprises, avec des baisses respectives de 0,8 et 0,6 point de pourcentage. Le courtage a toutefois repris du galon en responsabilité, avec une hausse de 1,0 point de pourcentage.
Intact domine ces quatre segments d’affaires, mais Desjardins Groupe d’assurance générales le suit de près en habitation. La part d’Intact, uniquement avec le courtage, y est de 21,37 %, tandis que celle de Desjardins est de 21,34 %. Toutefois, quand on ajoute le volume de BélairDirect à la part de ses affaires dans le courtage, la part d’Intact passe à près de 25 %. À noter qu’Intact est aussi présent dans ce segment, par l’entremise d’Innovassur, détenu conjointement avec la Banque Nationale. Cet assureur a une part de 1,3 % en assurance habitation.
Hausse des primes
Même si la part de marché du courtage a de nouveau enregistré un recul, son volume de primes est en croissance. Il est passé de 4,267 milliards de dollars (G$), en 2010, à 4,35 G$, en 2011. Il s’agit d’une croissance de 2,1 %.
Cette croissance est toutefois inférieure à celle des directs et de l’industrie. Le volume des directs a progressé de près de 5 %, de 2010 à 2011, et est passé de 3,592 G$ à 3,770 G$. L’industrie a quant à elle franchi le cap des 8 G$ de primes. Le volume total souscrit par les directs et le courtage est de 8,127 G$, une progression de 3,41 % et de 268 millions de dollars (M$) sur 2010.
Intérêt marqué pour accroitre sa part
La firme de notation A.M. Best note d’ailleurs que les récentes acquisitions montrent l’intérêt marqué des assureurs pour développer davantage leurs réseaux de distribution et accroitre leurs parts de marché.
« La consolidation testera les capacités des assureurs à maintenir leurs relations avec leurs clients, mais aussi les limites de leurs parts de marché, alors qu’ils deviendront des organisations plus complexes. On peut donc s’attendre à une phase de restructuration dans l’industrie. Ils chercheront à mieux définir leurs stratégies, simplifier leur modèle d’affaires, rendre leur structure plus souple et porteront plus attention aux segments profitables », peut-on lire dans son rapport annuel sur le secteur de l’assurance de dommages au Canada.
Occasion unique pour un assureur
En entrevue au Journal de l’assurance, Catherine Mainguy, présidente du Regroupement des cabinets de courtage d’assurance du Québec (RCCAQ), avait mentionné que dans certaines régions du Québec, Intact n’avait plus de concurrence, notamment dans les Laurentides et en Gaspésie. Elle dit y voir une occasion unique pour un assureur. « La porte est grande ouverte pour un joueur supplémentaire. Néanmoins, ça créé un problème pour le moment », dit-elle.
La présidente du RCCAQ a aussi fait le point sur le déclin continu des parts de marché des assureurs à courtage. Elle souligne que les hausses qu’ont fait certains assureurs à courtage en assurance habitation rend le produit plus difficile à vendre pour les courtiers. « Ça demeure un marché très important pour les courtiers. Quant à l’automobile, tout le monde s’en mêle. On perd des parts de marché au renouvèlement, mais aussi lorsque les gens changent de véhicule. On en voit plusieurs acheter une assurance de remplacement chez leur concessionnaire automobile. Ça nous affecte », dit-elle.
Elle se dit aussi inquiète des programmes d’assurance que vendent certains manufacturiers à leurs clients, notamment Mercedes et Volkswagen, et qui vont même jusqu’à offrir certains taux préférentiels en habitation. « Acheter son assurance au même endroit que son crédit, est-ce dans l’intérêt du consommateur? Il faut qu’on se questionne sur certaines pratiques commerciales », dit Mme Mainguy.
La présidente du RCCAQ dit d’ailleurs observer une recrudescence de ce phénomène. « Plusieurs courtiers nous contactent pour nous parler de ce qui se fait chez les concessionnaires automobiles, et pas juste chez Mercedes et Volkswagen. Quant l’assurance passe vite après l’achat de la voiture et l’acceptation de son crédit, peut-on garantir que le consommateur a donné un consentement éclairé? », demande-t-elle.
Le RCCAQ invite d’ailleurs ses membres à dénoncer toute pratique douteuse qu’ils observent. Il a même créé une adresse courriel, [email protected], pour faciliter le tout.