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La chute du prix du pétrole impacte les finances des assureurs vie

par Hubert Roy | 11 avril 2016 07h00

Les assureurs vie du Canada ont subi les contrecoups de la chute des prix du pétrole au quatrième trimestre de 2015, affectant leurs résultats financiers.

Les analystes financiers ont porté une attention particulière sur ce point lors de la divulgation des résultats des assureurs vie au quatrième trimestre de 2015. Un constat émerge : la chute du prix du pétrole affecte plus d’un segment de marché.

Manuvie a été l’assureur le plus touché par la chute du prix du pétrole. L’assureur estime que son bénéfice net en 2015 aurait été plus élevé de 900 millions de dollars (M$) sans les conséquences qui en ont découlé. Son PDG Donald Guloien a aussi affirmé que Manuvie ratera sa cible de présenter un bénéfice net de 4 milliards de dollars (G$) en 2016 pour cette raison. L’assureur s’attend à ce que le ralentissement provoqué par cette situation réduise son bénéfice net de 400 M$ pour l’année en cours.

À la Financière Sun Life, on rapporte une exposition de 5,6 G$ au marché de l’énergie, représentant 4 % des actifs de son portfolio. L’assureur a aussi rapporté avoir une exposition particulière dans ses investissements dans des transporteurs de pétrole brut, de gaz naturel et de produits raffinés. Dans une moindre mesure, Sun Life dit aussi avoir des investissements dans le segment de l’exploration et de la production pétrolifère. Son PDG Dean Connor précise toutefois que son exposition globale au secteur de l’énergie est moins grande que celle de ses concurrents nord-américains.

La chute du prix du pétrole a aussi des impacts dans le marché immobilier. Sun Life possède plusieurs immeubles de bureaux en Alberta, province particulièrement touchée par cette baisse, en plus d’y financer des hypothèques. Ce marché représente un actif de 2,6 G$ pour Sun Life.

« L’Alberta continue de voir ses fondamentaux économiques et immobiliers se détériorer. Notre portfolio y demeure néanmoins solide. Il n’y a pas eu de hausses de mauvaises créances. Nos taux d’inoccupation demeurent similaires à ceux du trimestre précédent. Nous n’enregistrons pas de défaut de paiement pour des hypothèques. Nos prêts en construction continuent d’être payés. Nous nous attendons qu’un ralentissement économique prolongé en Alberta entraine une chute des prix dans la location commerciale », a commenté Stephen Clarkson Peacher, président de Sun Life Investment Management.

Est-ce qu’une décote d’une lettre dans les actifs dans lesquels Sun Life investit dans le secteur de l’énergie aurait un impact sur le ratio de solvabilité de l’assureur? Non, croit M. Peacher. Il doute qu’un tel scénario puisse impacter le Montant minimal permanent requis pour le capital et l’excédent (MMPRCE) de la Financière Sun Life.

Baisse liée à l’invalidité chez Great-West

Chez Great-West Lifeco, on attribue la chute des bénéfices au Canada au quatrième trimestre de 2015 à une hausse des réclamations dans le marché de l’invalidité. Cette baisse a été provoquée par le ralentissement économique dans l’Ouest canadien, dit son chef des finances (CFO) Garry MacNicholas, qui a un impact sur les taux d’incidence et de terminaison. La société de portefeuille dit toutefois que son exposition au marché de l’énergie demeure modérée.

Dave Johnston, président et chef des opérations canadiennes de Great-West Lifeco, dit que ce ralentissement s’est amorcé à la fin du troisième trimestre de 2015. « Nos résultats en invalidité sont en deçà de nos attentes. Jusqu’à la mi-année, tout allait pourtant bien. La détérioration de l’économie en Alberta a joué. Les employeurs ont plus tendance à licencier des gens qu’à en embaucher. Ce sont des choses qui arrivent périodiquement. Nous surveillons la situation de près. Nous prendrons les actions de tarifications nécessaires au cours des douze prochains mois », dit-il.

M. Johnston dit s’attendre à ce que sa marge de pertes dans ce segment soit d’environ 5 %. « Ça demeure gérable. Nous ne serons pas les seuls à vivre cette situation », dit-il.

Intact aussi touchée

Il n’y a pas que les assureurs vie qui sont touchés par la chute du prix du pétrole. Le ralentissement qu’elle cause à l’économie de l’Alberta a aussi des impacts en assurance de dommages. Alain Lessard, premier vice-président, assurance des entreprises d’Intact Assurance, en a résumé les effets sur le leadeur du marché canadien de l’assurance de dommages.

« On estime que la réduction de l’économie en Alberta représentera une réduction de croissance de 0,5 point de pourcentage en assurance des entreprises. Ce qu’on a vu en Alberta jusqu’à maintenant dans le secteur de l’énergie se résume à une contraction des primes, entre 10 % et 15 %. Ce segment représente 20 % de notre portefeuille en Alberta. On estime donc que notre portefeuille en Alberta a rétréci de 3 % », dit-il.

M. Lessard affirme qu’il est difficile de prévoir ce que l’avenir réserve en lien avec la chute du pétrole. Il dit s’attendre à une contraction supplémentaire de 3 % à 4 % du portefeuille d’assurance des entreprises d’Intact en Alberta, notamment dû au ralentissement de la construction.

« D’un autre côté, on a des signes encourageants dans d’autres secteurs, notamment l’exportation. Statistique Canada a rapporté une hausse de ce côté. Un faible dollar canadien affectera toutefois le cout de remplacement des équipements de nos clients. On fait donc face à des vecteurs positifs et à des vecteurs négatifs », dit M. Lessard.  

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