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La garantie de retrait minimum stimule les ventes nettes de fonds distincts

par Ian Bolduc | 26 septembre 2008 20h21

Après avoir explosé en 2007, les ventes nettes de fonds distincts poursuivent leur ascension cette année. Elles affichent une croissance plus élevée que celle des fonds mutuels. C’est l’avènement des produits à garantie de retrait minimum qui a stimulé les ventes de fonds distincts.Selon les plus récentes données compilées par Investor Economics, firme de recherche et d’analyse en fonds d’investissement, c’est un total de près de 2,9 milliards de dollars (G$) de ventes nettes que l’industrie des fonds distincts a récoltés pour la première moitié de 2008. « C’est l’un des meilleurs résultats depuis le début de la décennie », affirme Iassen Tonkovski, analyste chez Investor Economics.

Garantie de retrait minimum

L’engouement des consommateurs pour les fonds distincts a pris de l’ampleur depuis 2007, après que Manuvie ait commercialisé RevenuPlus, le premier produit à garantie de retrait minimum au Canada. Ce type de produit a permis une forte croissance des ventes nettes de fonds distincts pour trois des quatre assureurs qui l’offrent. CI Investissements (SunWise Elite Plus) et Desjardins Sécurité financière

(Helios) ont connu une croissance des ventes respective de 99,9 % et 189 % dans les six premiers mois de 2008 comparativement à la même période l’année dernière. La croissance est quant à elle de 79,7 % chez Manuvie pour la même période.

Industrielle Alliance est l’exception qui confirme la règle : même si l’assureur a introduit la garantie de retrait minimum, Ecoflextra, en décembre 2007, ses ventes nettes ont baissé de 55,9 %. Parmi les plus importants joueurs en fonds distincts de l’industrie, Empire Vie et Great-West n’offrent pas encore de produit à garantie de retrait minimum. Ils ont respectivement enregistré une baisse des ventes nettes de 58,3 % et 48,5 % pour la première moitié de 2008 par rapport à la même période en 2007.

Empire Vie s’apprête toutefois à faire volte-face. Gaétan Vallée, directeur des ventes au Québec, a révélé que l’assureur offrira la garantie de retrait minimum bientôt. « Nous visons le mois d’octobre pour la commercialisation du produit. » Empire Vie compte donc profiter de la popularité de ce produit au sein des baby-boomers, une génération à la veille de la retraite. « Cette stratégie vise deux objectifs : la croissance des ventes et la rétention de l’actif sous gestion », ajoute M. Vallée.

Selon M. Vallée, la baisse des ventes de fonds distincts qu’Empire Vie a subie est due à la mauvaise performance des marchés boursiers. « Les courtiers nous expliquent qu’ils ont beaucoup de difficulté à vendre des fonds, ils se tournent donc vers l’assurance », dit-il. M. Vallée admet que d’autres s’en tirent mieux en cette période difficile. « Certains bénéficient de leur produit de garantie de retrait minimum. »

Pour sa part, Bob Tillmann, vice-président, marketing et développement des affaires, gestion de patrimoine chez Manuvie, confirme que son produit de garantie de retrait minimum, RevenuPlus, a eu un effet considérable sur la croissance des ventes depuis le début de l’année. D’autant plus que depuis octobre 2007, RevenuPlus offre aux consommateurs la possibilité de tirer une rente à vie. « Le client peut tirer un revenu jusqu’à la fin de ses jours, s’il ne fait pas de retrait avant l’âge de 65 ans. Cette amélioration a eu un effet positif sur les ventes », dit M. Tillmann. En juin dernier, Manuvie annonçait que les dépôts dans RevenuPlus avaient dépassé les cinq milliards de dollars, moins de 20 mois après le lancement du produit.

Jacques Carrière, vice-président, relations avec les investisseurs à l’Industrielle Alliance, dit que la baisse des ventes nettes est liée à l’instabilité des marchés. Il fait toutefois remarquer que la croissance des actifs sous gestion de l’assureur a dépassé celle de l’industrie. « La bonne performance de nos fonds distincts a été un facteur important dans la croissance de nos actifs sous gestion », dit-il.

Great-West explique aussi que ses ventes nettes sont plus basses cette année à cause de l’incertitude dans les marchés financiers. « Nous n’avons pas remarqué de changements significatifs du côté des rachats par les clients, c’est plutôt le malaise général et le peu d’enthousiasme des consommateurs, engendrés par l’instabilité des marchés, qui ont freiné les clients à investir plus d’argent dans leur portefeuille », affirme

Diane Grégoire, directrice associée aux communications. Elle souligne aussi que la situation a été la même lors des fortes baisses des marchés au début de la décennie.

Plus de fonds distincts que de fonds communs

Pour les six premiers mois de 2008, la progression des ventes nettes de l’industrie des fonds distincts est de près d’un pourcent. Il s’agit d’un léger bond par rapport à l’explosion des ventes qu’a connue le marché en 2007. La croissance avait alors été de plus de 30 % pour la première moitié de l’année. Par contre, Iassen Tonkovski souligne que les ventes de fonds distincts en 2008 ont été plus élevées que celles des fonds communs.

Selon les statistiques compilées par l’Institut des fonds d’investissement du Canada (IFIC), les ventes nettes de fonds mutuels ont chuté de 46,5 % pour la première moitié de 2008 par rapport à la même période l’an dernier. Ceci montre que les investisseurs retirent plus d’argent de leurs fonds communs qu’ils n’en déposent.

Les investisseurs qui décident de conserver leurs fonds mutuels vendent généralement leurs fonds d’actions et se tournent vers les fonds à court terme. Le récent marché baissier a créé une panique chez les investisseurs qui se sont réfugiés dans les fonds du marché monétaire. De janvier à juin 2008, les nouveaux placements dans ces fonds sont passés à 13,9 G$ comparativement à 1,6 G$ en 2007.

Lorsque les marchés boursiers sont à la baisse, comme ce fut le cas dans les derniers mois, les investisseurs se réfugient généralement dans des valeurs plus sûres, surtout lorsqu’ils approchent de la retraite. « Avec l’instabilité des récents marchés boursiers, plusieurs clients ont préféré placer leur argent dans les certificats de placement garanti (CPG) », explique M. Carrière de l’Industrielle Alliance. Les gens recherchent ainsi des revenus garantis et une protection de leur capital.

Selon M. Tillmann de Manuvie, les CPG ne sont pas aussi intéressants pour les baby-boomers qu’ils l’on été pour la génération précédente. « Les parents des boomers ont connu des taux d’intérêts élevés, dit-il. Actuellement, un client qui investit dans un CPG obtient 3 ou 4 % il n’aura peut-être pas assez de revenus pour maintenir son rythme de vie jusqu’à la fin de ses jours », pense-t-il.

Si le client ne prépare pas un plan financier solide pour la retraite, il risque de retirer prématurément le capital investi, alors que celui-ci devrait générer un revenu.

M. Carrière de l’Industrielle Alliance souligne qu’Ecoflextra est une assurance contre l’épuisement des ressources monétaires pendant la retraite. Sachant que l’espérance de vie actuelle est plus élevée que celle de la génération précédente, il dit que c’est un point important à considérer.

Pour M. Tillmann de Manuvie, l’avantage principal de la garantie de retrait minimum réside dans la certitude d’un revenu constant à la retraite et possiblement jusqu’à la fin de la vie du client. « RevenuPlus permet de protéger le portefeuille contre les baisses des marchés tout en lui offrant un potentiel de croissance », dit-il. Cet avantage est acquis par la réinitialisation automatique à tous les trois ans.

De son côté, M. Vallée d’Empire Vie, ajoute que les garanties offertes rendent les investisseurs moins nerveux et qu’ils sont plus enclins à conserver leur placement à long terme sans faire de rachats. « La durée de conservation des placements est un facteur critique pour le succès qu’un investisseur aura ou non », dit-il.

Le marché s’est rétabli

Selon M. Tonkovski, analyste chez Investor Economics, l’industrie des fonds distincts continue de croître à un bon rythme. Il remarque que ce marché connaît un regain depuis la chute des ventes causée en partie par l’introduction de règles de capitalisations plus strictes en 2001. Il croit que l’arrivée d’un nouveau joueur est un bon exemple de la vitalité du marché. « AXA Assurances vient de faire son entrée en fonds distincts au Canada après avoir commercialisé des produits de rentes variables aux États-Unis et dans d’autres pays », dit-il.

Contrairement à certaines idées véhiculées au début de la décennie, les assureurs n’ont pas délaissé le marché des fonds distincts à la suite des modifications aux règles de capitalisation adoptées par le Bureau du superintendant des institutions financières BSIF). Selon Iassen Tonkovski, une fois que les assureurs se sont adaptés aux nouvelles contraintes de capital requis, les ventes de fonds distincts ont été sans cesse croissantes depuis 2003.

Ainsi, Murray Taylor, à l’époque président du Groupe de travail sur les garanties des fonds distincts de l’Institut canadien des actuaires, avait vu juste en 2000 lorsqu’il prédisait que l’adaptation des assureurs aux nouvelles règles de capital entrainerait encore plus de succès. M. Taylor prévoyait que la croissance des fonds distincts surpasserait celle des fonds communs dans les prochaines années. Sa prédiction a pris quelques années avant de se réaliser.

Ainsi, peu de temps après l’introduction des règles de capitalisation, les ventes de fonds distincts avaient dégringolé. Les règles plus strictes avaient entraîné des baisses de garanties et des hausses de frais de gestion. De 2000 à 2001, les ventes nettes de fonds distincts avaient chuté de 63 %, selon les données d’Investor Economics.

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