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La police vie entière avec participations n’est pas morte

par Alain Thériault | 29 avril 2008 19h42

Au lendemain des démutualisations, la police vie entière avec participations est devenue un produit d’assurance qui a perdu la faveur de bien des assureurs. La Financière Manuvie vient elle aussi d’abandonner son produit. Or, le Groupe Great-West vient de décider d’aller à contre-courant.
Fin mars, Manuvie retirait sa police avec participations pour la remplacer par une vie entière sans participations. Pour ne pas froisser conseillers et clients, l’assureur a cherché à reproduire les avantages du produit avec participations sans ce qu’elle considérait comme des inconvénients.

L’avantage pour l’assureur? Les compagnies ne le disent pas ouvertement. Mais les experts indépendants en produits rappellent que lorsqu’un assureur remplace une vie entière à participations par un produit sans participations, il transfère le risque de rendement de ses épaules vers celles des titulaires de police.

Pour Paul Smith, il s’agit d’une transition tout à fait naturelle dans le monde moderne des compagnies d’assurance par actions. « Chez les mutuelles, les titulaires de polices sont propriétaires de l’assureur; lors d’une démutualisation, cette propriété est transférée aux actionnaires. À partir de là, une police à participations n’appartient plus vraiment au monde des sociétés par action », souligne le vice-président marketing et élaboration des produits en assurance individuelle chez Manuvie

Manuvie voulait toutefois éviter une fin trop abrupte au produit traditionnel. Selon M. Smith, le nouveau produit « capture l’essence du produit avec participations dans un monde sans participations ».

En fait, la nouvelle police Performax Gold se distingue surtout de l’ancienne Performax par son crédit de performance. En vertu de cette disposition, la police est chaque année créditée d’un rendement qui s’apparente à celui d’un compte de participations traditionnel : le crédit reflète le rendement d’un panier de titres plutôt conservateurs. Le titulaire de police peut affecter son crédit de performance à l’achat d’assurance libérée ou d’assurance temporaire additionnelle. Il peut aussi choisir de laisser le crédit s’accumuler dans le compte de la police.

Avantage actionnaires

Le rendement crédité dans Performax Gold varie selon le rendement moyen d’un indice composé à 40 % d’obligations, 22 % d’hypothèques, 20 % d’immobilier et 18 % d’actions, révèle Paul Smith. Le tout sans frais de gestion.

Paul Smith insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une police vie universelle mais bel et bien d’une vie entière sans participations.

Il croit de plus qu’une telle vie entière ne fait pas qu’avantager les actionnaires. Elle peut servir les intérêts des titulaires de police encore mieux qu’auparavant. « Dans un produit à participations, les titulaires ne partagent pas que les profits. Ils partagent aussi le risque de mortalité, d’abandon, de dépenses. Tous des éléments qui peuvent réduire le montant des participations qui sera versé. »

Manuvie continuera par ailleurs d’administrer le compte de participations des polices Performax existantes. De plus, elle garantit pendant cinq ans que les clients du nouveau produit se verront crédités le meilleur du rendement du compte avec participations de l’ancienne police ou du crédit de performance de la nouvelle. C’est, selon M. Smith, le temps que le nouveau compte (Gold Fund) prendra à atteindre la même taille que l’ancien, pour ainsi devenir son parfait miroir.

Quel risque?

Au sein du Groupe Great-West, on pense autrement. De passage aux bureaux du Journal de l’assurance, Saundra Edwards a dit croire fortement en l’avantage des polices avec participations pour les titulaires de police. « Avec l’expérience de mortalité qui s’améliore, le compte de participations a le potentiel d’offrir de meilleurs rendements aux titulaires de police », affirme la vice-présidente adjointe marketing assurance vie individuelle des assureurs Great-West, Canada-Vie et London Life.

Ces trois compagnies commercialisent tant des produits avec que sans participations, et croient aux deux. Tout dépend des besoins des clients. Typiquement, l’assurance avec participations s’adresse aux assurés qui ne désirent pas prendre trop de risques de placement. Aussi, ajoute Mme Edwards, le rendement d’une vie entière avec participations est positif chaque année.

Les trois compagnies du groupe Great-West comptent dans l’ensemble deux millions de titulaires de police avec participations, et ont versé 745M$ en participation à leurs titulaires en 2006. Les primes de ce produit représentent plus de 40 % des primes totales d’assurance vie pour les trois compagnies.

Saundra Edwards dit aussi connaître du succès en vie entière avec participations auprès des clients à valeur nette élevée, souvent considérés comme le créneau privilégié de la vie universelle. La vie universelle est une assurance sans participations. « Des clients d’affaires nous disent : " j’ai des investissements risqués, j’aimerais quelque chose de moins risqué ". Nous en profitons pour rappeler qu’un compte de participations est aligné à 80 % sur des titres à revenu fixe. »

Autre occasion d’affaire, des propriétaires d’entreprises qui veulent transférer à leurs héritiers un actif non essentiel, à l’aide d’une assurance vie entière.

En mars dernier au Colloque des AVA tenu à Québec, Alain Bergeron a livré un exposé qui traitait entre autres des polices avec participations. À ceux qui ne jurent que par les polices vie universelle, le responsable de l’Université Cloutier, filiale de formation de l’agent général Groupe Cloutier, a rappelé que le compte d’une police avec participations se distingue par sa stabilité.

L’encadrement réglementaire auquel est soumis ce genre de compte s’en porte d’ailleurs garant, ajoutait-il. En exemple, il a cité la Loi sur les sociétés d’assurances du Canada, laquelle stipule que le conseil d’administration de l’assureur doit établir une politique qui fixe le montant des participations destiné aux titulaires. Toujours selon cette loi, ajoutait M. Bergeron, l’actuaire de l’assureur doit confirmer annuellement ce montant.

De plus, lorsque les assureurs établissent le montant des participations, ils mettent les hypothèses actuarielles au pire (par exemple, taux de mortalité). Ainsi, ils sont sûrs de dégager des excédents, a précisé M. Bergeron. Par contre, a-t-il ajouté, le coût d’assurance est à peu près impossible à calculer dans une vie à participations alors que pour la vie universelle, cet élément est limpide.

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