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La rentabilité affectée en assurance vie en 2008

par Alain Thériault | 29 juin 2008 16h27

La rentabilité des assureurs vie souffrira cette année et l’an prochain. La volatilité des marchés et les taux d’intérêt qui demeurent faibles sont mis en cause. Déjà deux assureurs du top 5 de l’industrie au Canada ont vu leurs bénéfices baisser au cours du premier trimestre 2008.Les agences de notation de crédit Standard & Poor’s et A.M. Best prédisent 18 mois de rentabilité à la baisse chez les assureurs de personnes au Canada. Les résultats du premier trimestre de 2008 leur donnent raison jusqu’ici.

La volatilité des marchés boursiers et les taux d’intérêt qui demeurent bas ont affecté le rendement des placements des assureurs, observent les deux agences. Cette même volatilité a aussi freiné les ventes de produits d’épargne et d’investissement, ajoutent-elles. Les bonnes ventes en assurance vie n’ont pas suffi à colmater la brèche.

La Financière Manuvie et Desjardins Sécurité financière ont vu leur bénéfice net reculer au premier trimestre de l’année, mais les ventes ont augmenté. Trois assureurs sur cinq ont toutefois vu leurs ventes reculer. (Voir tableau Résultats du premier trimestre 2008 ci-bas.)

Les facteurs qui pèseront sur les bénéfices des assureurs se traduiront par un ralentissement général pour l’industrie, pensent les agences. « Il est vrai que le marché canadien, qui a été plus performant que l’américain, devra désormais relever des défis plus importants. Le Canada n’est pas isolé. Mais la situation est loin d’être cataclysmique », a toutefois temporisé Stephen Irwin, vice-président d’A.M. Best.

Manuvie a vu son bénéfice net reculer de 12,8 % entre les premiers trimestres 2007 et 2008, pour s’établir à 861 millions$ (M$). L’assureur attribue ce recul à l’important repli des marchés boursiers mondiaux. Le pire en 21 trimestres, précise-t-il dans le document de présentation de ses résultats du premier trimestre.

C’est Desjardins Sécurité financière (DSF) qui a enregistré le pire recul de son bénéfice net au premier trimestre parmi les cinq meneurs. Celui-ci a retraité de 27,1 % entre les premiers trimestres 2007 et 2008, pour s’établir à 36,3 M$. La turbulence des marchés financiers et la dévaluation du papier commercial a fait mal aux bénéfices de Desjardins. « Sans cette détérioration, le bénéfice net du premier trimestre de 2008 aurait été identique à celui enregistré pour les trois premiers mois de 2007 », révèle l’assureur dans ses résultats du premier trimestre. (Voir encadré Desjardins Sécurité Financière).

Un coup dur pour ces trois assureurs qui avaient connu une croissance de leur bénéfice net en 2007 par rapport à 2006. Leur bénéfice avait aussi crû entre le premier trimestre 2006 et le premier trimestre 2007. DSF avait d’ailleurs surpassé les autres meneurs avec une croissance de 43,2% de son bénéfice net entre 2006 et 2007, ainsi qu’une croissance de 63,5% entre les premiers trimestres 2006 et 2007.

Le bénéfice net du groupe Great-West (incluant Canada-Vie, London Life et toute autre activité) et de l’Industrielle Alliance ont pour leur part connu une croissance respective de 12,0% et de 6,7%. Pour le groupe Great-West, il a atteint 497 M$, et pour l’Industrielle Alliance 64,0 M$.

Risque d’insolvabilité

La solidité financière des assureurs en général au pays sera aussi mise à l’épreuve. Dans le Journal de l’assurance de mai 2008, le président et chef de la direction d’Assuris, Gordon Dunning, déclarait que le risque d’insolvabilité des assureurs atteignait son niveau le plus élevé depuis le début de 1990.

M. Dunning cerne trois facteurs qui éprouveront la solvabilité des assureurs en 2008 : le crédit s’est raréfié au Canada après la crise du papier commercial, les marchés sont volatils et les taux d’intérêt demeurent bas.

Il évite toutefois de tirer la sonnette d’alarme et ajoute que seuls certains assureurs seront touchés.

Les agences de notations dont les analyses visent les plus gros assureurs croient que ceux-ci préserveront leur solvabilité. Le directeur de la notation financière chez Standard & Poor’s, Donald Chu, abonde dans ce sens.

« Il y a 100 assureurs de personnes actifs au Canada. Ce sont surtout les plus gros joueurs qui contrôlent le marché. Les 10 assureurs que nous notons représentent 80 % du marché. Ils sont en mesure de réaliser d’importantes économies d’échelles, en raison de leur taille. Donc, l’insolvabilité n’est aucunement un enjeu pour eux », a-t-il dit.

C’est surtout pour les plus petits qu’il faudrait craindre, estiment les deux agences. Pourraient-ils devenir insolvables? « Nous croyons que oui. Leurs marges de profits pourraient être comprimées de façon plus significative que ne le seraient celles des assureurs de plus grande taille. En étant plus petits, ils ne bénéficient pas des économies d’échelle, des ressources et de l’expertise des plus gros, quant à la gestion de leurs risques », ajoute pour sa part Foster Cheng analyste chez Standard & Poor’s.

Par ailleurs, les agences ne craignent pas l’impact de la crise du papier commercial adossé à des actifs non-bancaires (PCAA) sur la solvabilité des assureurs. « Cette crise a surtout affecté l’industrie de l’assurance vie américaine (crise des subprimes ou hypothèques à risque aux États-Unis) et le secteur bancaire canadien », affirme Richard McMillan, analyste en assurance de personnes chez A.M. Best.

Conservateurs quant à leurs placements, bien peu d’assureurs canadiens avaient investi dans ce genre de titres. « Ils étaient donc très peu exposés au marché américain. Même Sun Life, Great West et Manuvie, qui ont pourtant des filiales aux États-Unis, et qui de ce fait sont exposées au marché américain n’ont pas été affectés », constate-t-il.

Jusqu’ici, seuls l’Industrielle Alliance et DSF parmi les cinq grands ont annoncé publiquement avoir pris des provisions pour la dévaluation de leurs placements en PCAA. Mais leur solvabilité n’en a pas été affectée outre mesure.

Les deux autres facteurs que sont la volatilité des marchés et les taux d’intérêt bas ne menaceront pas non plus la solvabilité des assureurs, croient les agences. A.M. Best et Standard & Poor’s émettent d’ailleurs des perspectives encourageantes pour 2008 et 2009. « Si nous avions appréhendé des risques d’insolvabilité, nous l’aurions reflété dans nos cotes de crédit. Or, ce n’est pas le cas, puisque nous avons accordé la mention ‘stable’ à la majorité des assureurs que nous notons », explique William Pargeans, d’A.M. Best.

De son côté, Standard & Poor’s a émis la mention « perspective stable » à l’ensemble des joueurs de l’industrie canadienne.Seules les cotes de RBC Assurances et Transamerica Vie ont été abaissées par les deux agences. Leur décote n’est pas attribuable à la situation économique qui sévit actuellement.

La décote de RBC Assurances porte plutôt sur le Groupe financier RBC. Elle est d’ailleurs imputable aux activités bancaires américaines, qui évoluent actuellement dans un marché mou, explique Donald Chu. Il attribue la décote de Transamerica Vie à la perte nette de 300 M$ qu’a subie l’assureur en 2007. La cote A- de Transamerica a été abaissée à BBB. (Voir texte en pages 6 à 8.) Les perspectives de ces deux assureurs sont toutefois demeurées stables, dit-il.

Les solides rendements de l’industrie, sa capitalisation robuste et les méthodes éprouvées des assureurs en matière de gestion des risques, expliquent en grande partie les bonnes notes accordées par les agences. Les données du Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) confirment d’ailleurs leurs observations.

Selon le BSIF, l’industrie affichait un ratio de solvabilité moyen de 218 % au 31 décembre dernier. Or, le ratio minimal exigé par l’organisme est de 120 %.

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