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Le super visa est une mine d’or pour assureurs, courtiers et conseillers financiers

par Sophie Boltz | 17 avril 2012 17h05

Tous le répètent. En mettant en place le super visa en décembre dernier, le gouvernement canadien a fait un cadeau aux assureurs et autres intermédiaires du secteur de l’assurance voyage. Depuis son émergence, les ventes ont bondi, affirment les professionnels interrogés par le Journal de l’assurance. Et, selon eux, la demande n’est pas près de se tarir.

« Les ventes ont augmenté de 200 %. C’est fantastique, dit Mimi Martin, présidente des Risques Spéciaux MRM. Tous mes agents généraux à travers le Canada ont constaté une forte demande. » Les courtiers aussi se sont vite saisis de ce marché, dit Joanne Parent, directrice régionale, Québec & Atlantique de TIC assurance de voyage.

Pour cause : le super visa, attribués aux parents et grands-parents de citoyens canadiens et de résidents permanents souhaitant rendre visite à leur famille au Canada pour deux ans, rend l’assurance obligatoire. Les parents et grands-parents doivent ainsi fournir une preuve d’assurance médicale privée contractée auprès d’un assureur canadien. Ils doivent être couverts à hauteur de 100 000$ par an.

Valide un an

L’assurance doit être valide pendant un an et doit couvrir les soins de santé, l’hospitalisation, ainsi que le rapatriement. Quant au super visa, il est valide pour chaque entrée au Canada. Il doit aussi pouvoir être validé par un agent au point d’entrée. De plus, les touristes étrangers doivent subir un examen médical aux fins de l’immigration avant leur arrivée au Canada.

Selon les professionnels du secteur, ce nouveau marché est porteur, car il est vaste. « On compte pas moins de 60 000 demandes de visa en retard. Avec un tel volume de délais, les demandes ne seront pas saisonnières. Elles se feront tout au long de l’année, dit Luc Lavigueur, directeur développement des affaires chez April international. Le gouvernement veut en émettre 38 000 par an. » Il estime que la prime moyenne se situe entre 1 500 $ et 6 000 $. De plus, ce marché devrait générer des revenus intéressants pour les courtiers, car ils visent essentiellement des personnes âgées. « Ces dernières devraient faire augmenter les primes », dit Erin Finn, directrice souscription chez RSA Travel.

En réponse au super visa, plusieurs compagnies d’assurance ont ajouté des avenants à leurs polices existantes susceptibles. Elles souhaitent ainsi mieux servir cette nouvelle clientèle. « C’est le cas de TIC et de Manuvie », a mentionné Patrick Lavoie, vice-président marketing de Securiglobe.

Avant la création du super visa, les exigences en matière de couverture étaient moindres. Les clients achetaient les produits les moins chers. Mme Parent précise que certains s’assuraient à hauteur de 25 000 $ ou 50 000 $, alors que les frais d’hospitalisation sont chers au Canada pour un visiteur étranger.

« La facture peut ainsi atteindre entre 3 000 $ et 5 000 $ pour une journée passée à l’hôpital, dit Robin Ingle, président d’Ingle International. La clientèle qui détient un super visa n’utilisera pas le système de santé du Canada. » Il estime que cette mesure est appréciable pour le gouvernement, mais aussi pour les consommateurs et les courtiers.

Pas une manne selon certains

Certains se montrent toutefois plus modérés quant au potentiel du nouveau marché. Suzanne Langlois, directrice du département voyages et santé chez Ogilvy et Ogilvy, en fait partie. « Je ne pense pas que ce marché représente une manne comme on peut le croire », dit-elle.

Elle avance plusieurs arguments. Selon elle, le Québec ne sera pas le principal bénéficiaire de ce marché. Elle pense que l’Ontario et la Colombie Britannique engrangeront les plus importantes parts de marché.

Mme Langlois rappelle que la procédure d’obtention du super visa est lourde, ce qui peut conduire à des refus de dossiers. « Les candidats doivent effectuer de nombreuses démarches dans leur pays d’origine. Ils doivent notamment fournir une lettre d’invitation, prouver que leurs revenus sont suffisants. En cas de refus, iI faudra rembourser les primes payées », dit-elle.

Selon Mme Langlois, le super visa a néanmoins le mérite de faire savoir aux gens que l’assurance voyage est nécessaire lorsqu’on séjourne au Canada. « Certains le savaient déjà, mais ce n’est pas encore ancré dans tous les esprits », dit-elle.

Pierre Saint-Onge, vice-président de Tour+Med assurance voyage, se montre aussi modéré. Sa compagnie n’est pas présente dans ce marché et n’a pas l’intention de le percer en raison de l’émergence du super visa.

M. Saint-Onge estime que le marché des visiteurs au Canada ne représente qu’une infime portion de l’assurance voyage en général et ne rassemble pas assez de volume de primes pour que son entreprise y développe un produit. Tour+Med assurance voyage continuera donc de s’intéresser aux Canadiens qui partent à l’étranger.

Selon les professionnels interrogés, il est encore trop tôt pour se prononcer sur l’importance des réclamations que cette clientèle pourrait envoyer. « Les grands-parents séjourneront durant une longue période au Canada, donc ils seront longtemps exposés à des risques. Cela pourrait augmenter le nombre de réclamations et, par conséquent, le cout des primes », dit Mme Finn.

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