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Les assureurs bataillent pour améliorer leur rentabilité

par Alain Thériault | 04 juin 2011 17h27

Plusieurs assureurs ont réalisé des bénéfices en 2010 et la grande majorité ont connu une croissance de leurs revenus, en dépit des bas taux d’intérêt et de l’incertitude économique. Quelques assureurs ont toutefois encaissé des pertes, dont la Financière Manuvie. Quant à 2011, les assureurs peinent à améliorer leurs bénéfices. C’est du moins ce que démontrent les résultats publiés au premier trimestre par quelques assureurs.Sur les 56 assureurs et filiales répertoriés dans nos tableaux Résultats financiers des principaux assureurs vie au Canada, la moitié a vu croitre ses bénéfices en 2010 par rapport à 2009. C’est ce qu’indique une analyse du Journal de l’assurance effectuée à partir de données compilées par la firme MSA Research.

De plus, selon ces résultats, plus des deux tiers des assureurs ont affiché une croissance de leurs revenus au Canada durant cette période de comparaison. Les primes d’assurance ont aussi crû au Canada en 2010.

La Financière Manuvie a réalisé un bénéfice net de 985 millions de dollars (M$) au premier trimestre de 2011, soit 20?% de moins qu’au même trimestre de 2010, où le bénéfice net avait atteint 1,224 G$. Au premier trimestre, son montant minimum requis pour le capital et l’excédent (MMPRCE) s’est établi à 243?%, contre 250?% au premier trimestre de 2010.

Les primes et dépôts du premier trimestre 2011 ont atteint 17,7 milliards de dollars (G$) contre 17,2 G$ au premier trimestre 2010, en hausse de 3,0?%. Le rendement sur l’avoir s’est établi à 17,4?% au premier trimestre 2011, contre 19,2?% au même trimestre un an plus tôt. L’assureur dit se féliciter de ces résultats qui représentent une progression par rapport au plan stratégique. Il dit avoir devancé son échéancier quant à sa sensibilité aux taux d’intérêt et aux marchés des actions. Il a amélioré la composition et la rentabilité de son portefeuille de produits. Il a aussi maintenu des niveaux de fonds propres élevés.

«?Ces résultats ont été obtenus en dépit de frais de couverture du marché des actions beaucoup plus élevés et des événements liés au tremblement de terre au Japon?», précise Donald Guloien, PDG de Manuvie, dans son message aux actionnaires pour le premier trimestre.

À la Financière Sun Life, au premier trimestre de 2011, le bénéfice net s’est établi à 472 M$ contre 434 M$ pour le même trimestre de 2010, en hausse de 9?%. Le rendement sur l’avoir se fixe à 13,5?% pour cette période.

Les primes et les dépôts ont connu une légère croissance, passant de 20,5 G$ à 21 G$. Le MMPRCE s’est renforcé. Il est passé de 210?% au premier trimestre 2010 à 229?% au premier trimestre 2011.

Au Canada, les ventes d’assurance vie individuelle sont passées à 47 M$ au premier trimestre de 2011, en hausse de 21?% par rapport au même trimestre en 2010. Les fonds distincts sont toutefois en baisse de 30?% durant cette période, leurs ventes s’étant établies à 386 M$.

Manuvie le pire est passé, dit Donald GuloienMalgré sa perte de 2010, Manuvie estime que le pire est passé. En matière de gestions des risques, l’assureur a par exemple réduit de 400 M$ l’incidence qu’aurait sur son bénéfice une baisse des taux d’intérêts de 1?%. En fin d’année, l’assureur a profité d’un rebond des marchés pour enrichir son programme de couverture. Il a par ailleurs engrangé des primes et dépôts de 65,1 G$ en 2010 par rapport à 71,3 G$ en 2009, en baisse de 8,7?%.

L’an dernier, Manuvie a aussi concentré ses énergies sur la gestion des risques et un meilleur ciblage des produits rentables, en plus d’engraisser encore ses réserves. Dans son rapport annuel, Manuvie a d’ailleurs rapporté ses résultats en les divisant entre les produits dont il projette la croissance et ceux où il n’en projette pas.

Manuvie souhaite obtenir un rendement supérieur à 14 % sur ses produits ciblés. Il veut délaisser les produits qui le sont moins. Ces produits sont ceux «qui nous exposent au risque de taux d’intérêt ou au risque actions», écrit le PDG Donald Guloien dans le rapport annuel de l’entreprise.
Par exemple, les fonds distincts et les rentes variables ne sont pas ciblés pour la croissance, sauf le produit Investissement Plus. Par contre, les fonds communs le sont. Une source interne a expliqué au Journal de l’assurance que les produits non ciblés ne seront pas retirés des tablettes. Ils sont plutôt tarifés de façon à ce qu’ils soient moins attrayants.

Manuvie aura fort à faire. L’assureur veut aussi un bénéfice net de 4 G$ et un rendement sur l’avoir de 13 % d’ici 2015. Le tout en maintenant ses fonds propres à un niveau élevé et en obtenant d’excellentes notes de solidité financière. «La réalisation de cet objectif dépend des précisions à venir sur les changements aux règles régissant les fonds propres», prévient toutefois Manuvie dans son rapport.


Chez Great-West Lifeco, au premier trimestre 2011, le bénéfice net s’est établi à 390 M$, contre 409 M$ au premier trimestre 2010, en baisse de 4,5?%. La société de portefeuilles a vu ses résultats financiers du premier trimestre grevés par une perte de 75 M$ entrainée par le tremblement de terre au Japon. Une des filiales de Great-West Lifeco, London Reinsurance Group, y vendait des traités de réassurance en assurance de dommages.

Quant au MMPRCE, il s’est établi à 200?% au terme du premier trimestre 2011 alors qu’il était de 202?% au premier trimestre de 2010. Les primes et les dépôts ont légèrement augmenté, passant de 7,2 G$ au premier trimestre de 2010 à 7,3 G$ au premier trimestre 2011.

Le bénéfice net de l’Industrielle Alliance, Assurance et services financiers, a atteint 66,1 M$ au premier trimestre de 2011, par rapport à 59,2 M$ au premier trimestre de 2010, en hausse de 11,7?%. Le rendement sur l’avoir s’est établi à 12,6?% au premier trimestre 2011, contre 12,7?% à celui de 2010.

La Survivance renforce sa conformitéAprès cinq ans de croissance marquée, La Survivance n’a pu rééditer en 2010 son record de rentabilité de l’année précédente. La mutuelle de Saint-Hyacinthe en sera quitte pour avoir investi davantage dans le développement d’outils pour renforcer sa conformité et la gestion de ses autres risques d’affaires.

La Survivance a obtenu un rendement sur l’avoir de 8,9?% en 2010 et son bénéfice net a atteint 3,4 millions de dollars (M$), en baisse de 22,7?% par rapport à 2009. La Survivance avait connu un bénéfice record de 4,4 M$ en 2009 et un rendement sur l’avoir de 12,9?%.

«Notre rendement cible est de 10?%. Nous l’avions atteint chacune des autres années du plan. Nous avons investi une partie de nos rendements dans les systèmes technologiques», a confié en entrevue au Journal de l’assurance le PDG de La Survivance, Richard Gagnon.

La Survivance investit déjà depuis plusieurs années dans ses systèmes. Certaines de ces dépenses ont culminé en 2010. La croissance du volume d’affaires a aussi pris son tribut. «Nos primes d’assurance ont augmenté de 12,2?% et nos frais de 6,3?%», a révélé M. Gagnon. Arrivée au terme de son plan quinquennal 2006-2010, le PDG de La Survivance affirme avoir doublé le nombre de ses conseillers durant cette période, signant de 300 à 400 nouveaux contrats de distribution par an. Près de 2 300 conseillers indépendants traitent maintenant avec cet assureur. Depuis le début du plan, plusieurs d’entre eux ont doublé leur production, ajoute-t-il. En outre, La Survivance a triplé ses ventes?: 290?% de croissance en cinq ans. La Survivance a accru ses revenus de 48?% et ses actifs de 57?% durant cette période. Les capitaux propres ont crû de 78?% en cinq ans. Le rendement moyen sur l’avoir s’est maintenu à 12,4?% durant cette période.

«La croissance rapide et les acquisitions ont entraîné le besoin de faire un ménage», a confié M. Gagnon. La Survivance a entamé la révision de l’ensemble de ses règles de conformité, de gouvernance et de gestion des risques en 2010. Son but?: les intégrer en un seul manuel. En 2010, elle a aussi établi des mesures du risque. Elle peut ainsi déterminer l’incidence d’un risque donné grâce à une carte de pointage. La Survivance met en place un plan d’action pour les risques les plus élevés.

La Survivance veut aussi tisser des liens plus serrés avec ses distributeurs. «Nous savons qu’ils sont sensibles que jamais aux besoins de conformité et de gouvernance. Nous souhaitons en faire bénéficier les distributeurs disposés à collaborer étroitement avec nous. Nous pourrons les accompagner à assumer certaines obligations», explique M. Gagnon. La Survivance privilégie entre autres un outil qui permet de générer des rappels de rapport de conformité.

Durant son plan 2011-2015, La Survivance veut intensifier sa stratégie de niche. Reconnue comme l’assureur des petits groupes, la mutuelle espère cibler de plus grands groupes, dans le registre des 1 000 employés et moins. Elle souhaite aussi offrir à ces groupes des produits répandus dans les plus grandes entreprises. Premier signe tangible de cette stratégie, le lancement de Budget Santé-Dentaire au printemps, qui rend accessibles aux PME les comptes de gestion santé.


Les primes et les dépôts ont pour leur part atteint 2 G$ au premier trimestre par rapport à 1,8 G$ au premier trimestre de 2010, en hausse de 7,8?%. Le ratio de solvabilité de l’assureur s’est établi à 196?% au 31 mars 2011 sous les nouvelles normes d’information financière alors qu’il était de 223?% au 31 mars 2010 selon les principes comptables généralement reconnus.

Parmi les facteurs de rentabilité accrue, l’assureur évoque les initiatives pour atténuer l’incidence de la baisse des taux d’intérêt. Son PDG, Yvon Charest, a opté pour une gestion des risques à contre courant.

«?La majorité pensaient que les taux à long terme 30 ans augmenteraient en 2011. Ils ont augmenté un peu en début d’année, mais ils sont depuis revenus au niveau d’avant. En gestion des risques, il ne faut jamais rien prendre pour acquis?», a-t-il fait savoir au Journal de l’assurance. Il dit avoir procédé à un meilleur appariement de ses engagements à long terme.

Parmi ses plans, M. Charest entend rendre disponible les produits d’assurance invalidité individuelle de sa filiale L’Excellence partout au Canada en 2011. Il n’entend pas non plus retirer aucun produit et se félicite de la vitesse à laquelle les affaires de l’assureur ont repris. «?Nous sommes les seuls parmi les quatre grandes compagnies d’assurance publiques canadiennes à avoir retrouvé notre niveau d’affaire d’avant la crise?», dit M. Charest.

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