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Les assureurs de dommages tirent leur épingle du jeu malgré l’annus horribilis de 2013

par Kate McCaffery | 25 juin 2014 09h55

À la fin de ce qui s’est sans aucun doute avéré une année véritablement horrible pour le secteur au grand complet, les compagnies d’assurance de dommages sont quand même parvenues à tirer leur épingle du jeu. Le résultat, selon des analystes interrogés par le Journal de l’assurance : il est temps d’augmenter les primes d’assurance habitation, mais peut-être aussi de couvrir les inondations.Les inondations survenues en 2013 à Calgary et à Toronto ont donné l’occasion aux assureurs de s’attaquer à l’inflation des couts en assurance habitation. Parallèlement, à l’époque pas si lointaine à laquelle, d’un bout à l’autre du pays ou presque, on en avait marre de pelleter en cet hiver sans fin, l’assurance automobile de l’Ontario voyait diminuer les couts des lésions corporelles. Malheureusement, les experts en assurances interrogés par le Journal de l’assurance signalent une réalité différente du côté des dommages automobiles.

Ailleurs, par exemple dans le secteur de l’assurance aux entreprises, les taux restent stables compte tenu de la concurrence relativement faible. Les compagnies restent à l’affut des percées technologiques pouvant contribuer à limiter les couts, en plus d’élaborer de nouveaux produits.

Enfin, les compagnies continuent de miser sur la croissance. Non seulement en gardant l’œil sur les possibilités d’acquisition et de consolidation, mais en y donnant suite. En témoignent les récentes annonces du Mouvement Desjardins, qui a acquis les activités canadiennes de l’assureur américain State Farm, de même que Travelers, qui a mis la main sur Dominion du Canada.

« Malgré les catastrophes naturelles qui se multiplient, les assureurs font preuve d’une grande résilience, signale Jackie Lentz, analyste financière principale d’A.M. Best. Ils affichent même un bénéfice de souscription. L’année 2013 a beau avoir été l’exercice le plus couteux de tous les temps en catastrophes naturelles, les compagnies sont quand même parvenues à produire des bénéfices. »

Baisse du bénéfice de souscription

Selon des chiffres compilés par MSA Research, le bénéfice de souscription se situerait à 285 millions de dollars (M$) cette année, ce qui représente une baisse comparativement à 2012, où il était de 1,8 milliard de dollars (G$).

Paul Holden, analyste financier au service de recherche institutionnel de la Banque CIBC, précise que le rendement des capitaux propres de 6 % affiché par l’industrie ne correspond « pas nécessairement à ce que l’on pourrait souhaiter, mais il ne s’avère finalement pas si mauvais, étant donné que la dernière année a probablement été la pire de tous les temps ». Dans une conjoncture plus normale, les analystes auraient, selon lui, attendu un rendement de s’approchant davantage de 10 %.

Toutefois, l’optimisme est moins de mise lorsque les analystes se mettent à décortiquer le rendement selon les secteurs d’activité.

En assurance des entreprises, le marché reste concurrentiel, d’où une stabilité des prix. « Les sociétés d’assurance poursuivent leur croissance très timide, affichant une augmentation de 2,2 % des primes brutes émises. Or, on assiste à une hausse nette similaire du côté de la sinistralité », calcule le président de MSA, Joel Baker. Il ajoute que la charge de sinistres brute a subi une augmentation encore plus élevée, mais que le programme de réassurance a permis d’atténuer l’envergure des pertes, particulièrement à Calgary.

« Devant cette tarification stagnante ou à la baisse et les taux d’intérêt extrêmement bas, les dégâts commencent à apparaitre, explique-t-il. À moins d’un revirement de situation, tous les assureurs aux entreprises afficheront un rendement inférieur à 10 %. »

À l’autre bout du spectre, ceux qui offrent de l’assurance habitation occupent un marché en hausse. Des sociétés comme Intact Corporation financière ont pu, en réponse aux pertes liées à la sinistralité de 2013, obtenir des augmentations de prix de l’ordre de 15 % à 25 % dans certains cas, tout en réduisant la protection offerte.

« Techniquement, le risque d’inondation n’est pas assuré. Les assureurs ne voudront peut-être pas le reconnaitre, mais la pression politique les a incités à accepter davantage de demandes d’indemnisation que ce qu’ils étaient tenus de faire », estime Paul Holden.

Toujours dans une perspective politique, il pense qu’on cherche une façon d’offrir une assurance contre les inondations à population, « que ce soit par l’entremise de compagnies d’assurance ou par l’intervention du gouvernement, si besoin est. Selon toute vraisemblance, le gouvernement souhaite que l’industrie trouve une façon de procurer cette couverture à la clientèle. »

Inondations : pas de presse

Ceci dit, l’industrie n’est pas nécessairement empressée de le faire sans disposer d’abord d’un certain principe de garantie gouvernementale. À un colloque organisé récemment à Toronto par le Bureau d’assurance du Canada (BAC), son président, Don Forgeron, a fait allusion au travail effectué par son organisme pour régler le problème lié à l’absence de programmes d’assurance contre l’inondation au Canada. Il a toutefois clairement exprimé que ses membres s’attendaient à une certaine participation du gouvernement.

« Il n’y a pas vraiment de mal à ne pas avoir encore de programme national d’assurance contre l’inondation, a-t-il déclaré à cette rencontre portant essentiellement sur la règlementation. Il nous faut vraiment une solution faite au Canada », assurait-il d’un même souffle, s’affirmant convaincu que les programmes mis en œuvre par bon nombre de pays du G7 ne servent pas adéquatement les parties intéressées.

« L’expérience des autres pays du G7 l’a démontré : les programmes ne servent vraiment qu’une ou deux des parties intéressées (le gouvernement, l’industrie ou le public), mais pas les trois. Nous devons examiner très attentivement ce qui se fait de nouveau dans les autres pays, et non nous contenter d’importer des idées d’ailleurs. »

Jackie Lentz, d’A.M. Best, croit que les petites entreprises pourraient, dans les faits, voir d’un bon œil la possibilité d’élargir les couvertures de manière à assurer le risque d’inondation des terres.

« On ferait ainsi place à une discussion sur la tarification et la protection offerte, avance-t-elle. Plusieurs petites compagnies d’assurance de l’Alberta ou de Winnipeg se sont manifestées à nous. À cause de leur taille, elles n’ont peut-être pas pu obtenir d’importantes augmentations par le passé. Mais maintenant que certains des grands noms dans le domaine ont commencé à parler d’augmentation de tarifs, elles peuvent emboiter le pas. Elles ne seront jamais en mesure de prendre les devants, mais elles pourront surement suivre. »

2013 : étrangeté du marché

Lorsqu’il compare les résultats des différentes compagnies d’assurance, Paul Holden juge que l’année 2013 constitue tout simplement une étrangeté du marché, du moins en ce qui concerne les demandes d’indemnisation. Or, ce même exercice aura aussi permis aux compagnies de s’attaquer au cout des produits, qui a augmenté régulièrement au cours des dernières années, jusqu’à ce que les tempêtes de 2013 commencent à avoir un impact.

« Cette année, tout le monde est dans le même bateau. Tout le monde a subi des pertes, que l’on veut maintenant compenser. Le moment est venu d’augmenter les prix. »

Les analystes d’UBS Securities font écho à cette impression, mentionnant notamment qu’Intact Corporation financière s’attend à ce que le raffermissement du marché actuel de l’assurance habitation « s’amplifie considérablement ». Ils disent aussi que leur entreprise s’attend à préserver les marges bénéficiaires que lui procure l’assurance automobile en Ontario, grâce à diverses mesures de réduction des couts.

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