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Les femmes réclament plus souvent mais réclament de plus petits montants que les hommes

par Caroline Phémius | 13 août 2006 14h46

En assurance automobile, les femmes réclament plus souvent que les hommes et cet écart se creuse chaque année. En revanche, elles réclament en moyenne de moins gros montants.C’est ce que révèle le rapport annuel 2005 publié par l’Autorité des marchés financiers sur la tarification en assurance automobile au Québec.

Même si la fréquence des réclamations est en hausse chez les femmes, leurs primes d’assurance auto demeurent généralement plus basses que celles des hommes. Le coût moyen des réclamations, plus élevé chez les hommes que les femmes, contribue à cette situation.

En outre, les données de l’AMF démontrent que les jeunes conducteurs ont une fréquence de réclamations plus élevée que les conducteurs plus âgés.

Chez les plus âgés, la fréquence des réclamations des femmes diminue plus rapidement que celle des hommes. Au moment d’entrer dans le groupe des 65 à 74 ans, la fréquence des réclamations des femmes devient d’ailleurs moins élevée que celles des hommes.

En ce qui touche le coût moyen des réclamations, le rapport de l’AMF démontre clairement que celui des hommes est le plus élevé (voir graphiques). « Le coût moyen des sinistres pour les hommes a subi une progression de plus de 33% depuis 2001, passant de 2 064$ en 2001 à 2 750$ en 2005, tandis que la progression du coût moyen pour les femmes est de 25% pour la même période ». En regard des données de l’AMF, le coût moyen se situe légèrement au-dessus de 2 300$.

L’AMF ajoute que la progression du coût moyen des réclamations se stabilise chez les femmes depuis deux ans alors que chez les hommes, elle ne cesse d’augmenter.

Le rapport de l’AMF indique aussi que le coût moyen des réclamations est en hausse « pour toutes les garanties au cours des dernières années ». Le rajeunissement du parc automobile est en cause puisque « les réparations des véhicules récents sont généralement plus coûteuses et que la présence de ces véhicules a continué d’augmenter en 2005 », poursuit le rapport.

L’AMF pointe d’autres facteurs de nature à entraîner un coût moyen plus élevé par réclamation en assurance automobile au Québec.

D’une part, il y a la hausse des tarifs chez les réparateurs et celle des coûts pour louer un véhicule de remplacement, explique le rapport.

D’autre part, les assurés tendent à souscrire leur assurance auto avec une franchise plus élevée. Ce qui fait donc diminuer le nombre de « petites réclamations ».

Du côté des risques ayant le plus contribué à la hausse du coût moyen de réclamation, la collision domine. « […] la fréquence des réclamations et le coût moyen ont tous les deux augmenté pour la garantie collision, le coût global de cette garantie a subi une augmentation notable de 4,3% en 2005, par rapport à 2004 », écrit l’AMF dans son rapport.

Pour sa part, le coût de la garantie « responsabilité civile » n’a subi qu’une légère hausse entre 2004 et 2005, soit 0,5%. La garantie « accident sans collision ni versement », soit le vol complet du véhicule, a quant à elle vu son coût diminuer de 1%. Une baisse attribuable à une moins grande fréquence de ces vols.

Les femmes mieux assurées

L’industrie tient quant à elle à nuancer les conclusions de l’AMF en ce qui touche la fréquence élevée des réclamations en assurance automobile chez les femmes.

Pour sa part, Jean Vaillancourt, tire les mêmes conclusions que l’AMF sur la fréquence de réclamations… mais en termes absolus. En effet, si les femmes réclament plus souvent, c’est parce qu’elles souscrivent plus de protections pour leur véhicule, pense le premier vice-président exécutif et directeur général des opérations du Québec chez Desjardins Assurances générales.

« Les femmes achètent plus de couvertures que les hommes. Par conséquent, si on regarde à couvertures égales, les hommes auront sans doute un peu plus de réclamations », croit M. Vaillancourt.

Vice-président actuariat chez ING Canada, Bernard Tremblay partage aussi les conclusions de l’AMF. Mais il abonde néanmoins dans le sens de M. Vaillancourt. « Si une personne n’est pas assurée pour la collision, elle n’est pas assurée pour ses propres dommages. Donc si elle est responsable lors d’un accident, elle ne pourra pas réclamer. Les femmes s’assurent que les hommes, c’est normal qu’elles aient plus de réclamations et que la fréquence totale soit plus élevée », explique M. Tremblay. Mais à protections égales, les hommes ont des fréquences de réclamations supérieures, soutient-il.

Pour AXA Assurances, dont 40% du portefeuille d’assurance automobile est consacré aux femmes, le constat demeure le même que dans le rapport de l’AMF.

Cependant, Yves Fortin, vice-président assurance des particuliers apporte des nuances supplémentaires. Une tendance commence à poindre chez les plus de 30 ans, affirme-t-il. « Après 30 ans, les résultats des femmes commencent à se rapprocher tranquillement de ceux des hommes », remarque-t-il.

M. Fortin allègue entre autres un changement chez les femmes dans leur comportement au volant en guise d’explication. Un changement qui pourrait être dû au fait que les femmes sont plus nombreuses sur les routes qu’auparavant, croit-il, mais aussi qu’elles ont à jongler avec des emplois du temps serrés. Par conséquent, il est probable qu’elles adoptent davantage une conduite masculine, suppose M. Fortin.

Quant à savoir si les femmes se protègent plus, c’est possible, répond Yves Fortin, mais ce n’est sans doute pas ce qui pèse dans la balance. Toutefois, la tendance qu’il note concerne vraiment les 30-49 ans pour lesquelles l’expérience se détériore petit à petit.

Et les rabais auxquels les femmes ont le droit pourraient diminuer au fil du temps, explique M. Fortin. « Il n’est pas exclu que le sexe soit un facteur moins prédictif que par le passé, souligne-t-il. On pourrait éventuellement ne plus en tenir compte. Ceci dit, ce n’est pas quelque chose que je peux garantir. Avant, c’était très justifié de donner des rabais, mais maintenant, ceux-ci n’ont plus la même valeur », soutient-il.

Hausse pour les jeunes femmes

Même si les intervenants interrogés s’accordent à dire que les jeunes femmes de 25 ans et moins conduisent bien mieux que les hommes du même âge, il n’en reste pas moins que leur comportement routier a changé. C’est ce que constatent aussi MM. Tremblay et Vaillancourt.

« On voit les primes des jeunes femmes se rapprocher de celles des hommes depuis quelques années », souligne Bernard Tremblay.

Jean Vaillancourt indique à son tour avoir constaté une hausse des primes dans cette catégorie d’âge. Toutefois les primes des jeunes femmes ne sont pas près d’atteindre le même niveau que celles des hommes du même âge.

Chez AXA, Yves Fortin note que les hommes de 25 ans et moins payent entre 50 et 60% plus cher que les jeunes femmes. De plus, M. Fortin n’a constaté récemment aucun changement au niveau de la prime chez les jeunes femmes.

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