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Les fonds distincts devront prouver leur valeur face aux fonds à frais réduits

par Alain Thériault | 09 février 2018 07h00

Benjamin Reed-Hurwitz et Alain Desbiens

Face à la montée des fonds négociés en bourse (FNB), de série F et ceux sans frais, les fonds distincts devront clairement démontrer leur valeur ajoutée s’ils veulent se tailler une place chez les investisseurs plus sensibles aux couts.

Selon les données de Strategic Insight, l’actif des fonds distincts est passé de 110,7 milliards de dollars (G$) à 116,8 G$ entre juin 2016 et juin 2017, soit une croissance de 5,5 %.

Les tendances de marché des prochaines années pousseront les frais des produits d’investissement à la baisse. « Les frais de gestion deviendront le centre de l’attention, dit Benjamin Reed-Hurwitz, consultant associé et analyste principal de Strategic Insight, en entrevue au Journal de l’assurance. L’adoption grandissante de la pratique à honoraires continuera de stimuler la discussion autour des produits d’investissement à faible cout. Cela pourrait favoriser les fonds négociés en bourse (FNB), facile à inclure dans les programmes de gestion à honoraires », ajoute-t-il.

Les fonds communs ont bien réagi à ces tendances, estime M. Reed-Hurwitz. « Nous voyons que plusieurs compagnies de fonds ont répondu de façon très agressive en termes de cout, particulièrement avec leurs fonds de série F destinés à la gestion à honoraires. Les fonds de série F ont largement été créés pour être incorporé dans les pratiques à honoraires. Les FNB sont en bonne position pour concurrencer dans un monde de gestion à honoraires. Les fonds communs sont aussi de mieux en mieux équipés pour le faire », croit l’analyste.

La tendance des fonds à frais réduits s’intensifie dans les fonds communs, sous la pression des FNB et de la divulgation des frais, dit Alain Huard, vice-président et directeur régional des ventes d’Invesco Canada. « Les ventes dans les fonds de série F ont fortement augmenté, autant dans le réseau des courtiers en valeurs mobilières que dans celui des planificateurs financiers. Il y a de moins en moins de frais différés. Pour nous, la proportion des ventes attribuables à ces fonds est devenue minime. Les fonds sans frais demeurent une bonne proportion de nos ventes. »

Les honoraires : un enjeu réel

Le travail à honoraires est un réel enjeu, a ajouté Alain Desbiens, vice-président des ventes pour la région de l’Est canadien de BMO Gestion mondiale d’actifs Canada. « Les investisseurs veulent avoir le choix et que le modèle soit transparent. L’utilisation des FNB dans les firmes de valeurs mobilières est en croissance. Leur utilisation se fait en grande majorité dans les comptes à honoraires, tant à gestion discrétionnaire que non discrétionnaire », explique-t-il. M. Desbiens observe par ailleurs une plus grande utilisation des fonds communs de série F composés de FNB, y compris en fonds sous-jacent au sein de fonds distincts.

Devant la pression croissante sur les couts, qu’en sera-t-il des fonds distincts, qui ajoutent leur cout d’assurance ? Leur défi sera selon lui de justifier ce cout additionnel. « Alors que les fonds distincts devront justifier leur offre, à la fois envers celle des fonds communs et des FNB, l’attention se portera sur leur composante d’assurance. La question sera : est-ce que le cout additionnel de la garantie apporte une valeur ajoutée par rapport aux fonds communs, voire aux FNB ? », croit M. Reed-Hurwitz.

En ce qui touche ce cout, celui de l’investissement et celui du conseil, chacune de ces composantes retiendra l’attention, croit M. Reed-Hurwitz. Pour réduire le cout de la composante d’assurance, des fournisseurs pourraient alors être tentés d’intégrer des FNB à leur fonds distinct, parce qu’ils croient pouvoir ainsi réduire le cout de cette composante, au sein du ratio des frais du fonds distincts, ajoute-t-il.

Or, tout tiendra à ce que recherche réellement l’investisseur comme valeur ajoutée. « Recherche-t-il la touche personnelle que les fonds communs avec des gestionnaires reconnus, la partie active d’un FNB, ou simplement une exposition au marché au moindre cout possible ? Le vrai défi sera pour les fournisseurs de définir la valeur de chacun de leurs produits, et la rapide adoption de la pratique à honoraires intensifiera cette discussion », soutient M. Reed-Hurwitz.

BMO dit relever ce défi. « Nos produits de FNB sont parmi les moins chers de l’industrie. Depuis deux ans nous offrons aussi des fonds de placement garantis (fonds distincts) de FNB destinés aux conseillers indépendants », a rappelé Alain Desbiens.

Arrivé en 2015 dans le marché des fonds distincts, par l’intermédiaire de son réseau de conseillers, BMO connait une croissance marquée dans ce secteur des fonds d’investissement. Son actif a crû de 107 % entre le 31 octobre 2016 et le 31 octobre 2017, pour se porter à 312,5 M$, a pour sa part révélé son vice-président des ventes pour l’Est du Canada, Leon Jackson Garneau. « La forte croissance de nos fonds de placements garantis s’explique par le fait que nous sommes les nouveaux venus dans ce secteur, et que nos actifs sont en développement depuis moins de quatre ans », a signalé M. Jackson Garneau. En comparaison, BMO cumulait un actif de 56,4 G$ au 31 octobre 2017, soit une croissance de 8 % par rapport au 31 octobre 2016.

Accès pour la classe moyenne

Des investisseurs de la classe moyenne peuvent ainsi accéder à des fonds distincts en mesure d’offrir à cout raisonnable une base indicielle importante. Cette dernière intègre aussi des stratégies de bêta judicieux, incluant des stratégies individuelles d’options couvertes et de faible volatilité, insiste de son côté Alain Desbiens.

« Nous offrons des solutions de fonds distincts de portefeuille de FNB pour des dépôts initiaux de 500 $. Toute la gamme de dépôt automatique et de réinvestissement est aussi offerte à partir de 50 $ par mois. Tous les conseillers peuvent ainsi trouver des solutions qui leur permettront de couvrir 70 % des Canadiens dont l’actif à investir est de 50 000 $ et moins », soutient-il.

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