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Les grands assureurs recherchent les occasions de croissance à l’extérieur du Canada

par Kate McCaffery | 01 novembre 2013 10h52

Les PDG des quatre plus grandes sociétés d’assurance vie au Canada s’entendent pour dire que les meilleures perspectives de croissance se trouvent hors de nos frontières. C’est ce qu’ils ont affirmé lors du Sommet financier de Scotia Capitaux tenu à Toronto, à la mi-septembre.
Paul Mahon, de Great-West Lifeco, a été le seul à parler avec grand enthousiasme du potentiel de croissance au Canada. Les autres PDG se sont plutôt attardés à l’économie asiatique, à l’expansion en Europe et au travail à faire aux États-Unis.

M. Mahon a affirmé d’emblée de jeu que son entreprise préférait les marchés plus matures. « Contrairement à bien d’autres assureurs, nous choisissons d’investir dans des marchés développés comme le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne. Il s’agit de marchés bien établis dont nous comprenons bien les risques et que nous pensons pouvons gérer efficacement. Cette priorité ne limite en rien nos résultats et nos perspectives de croissance, car nous sommes persuadés que des marchés aussi développés nous procurent une meilleure règlementation en services financiers, de saines pratiques commerciales et, généralement, un meilleur accès aux marchés de capitaux. »

En juillet dernier, Great-West a fait l’acquisition de la société Irish Life. Grâce à sa distribution à canaux multiples, sa clientèle captive, son réseau de courtiers indépendants, son service de consultation retraite et son service de courtage lui appartenant en propre, Irish Life a un fonctionnement très similaire à celui de Great-West au Canada. M. Mahon a expliqué que le Canada procure actuellement 50 % des revenus à la Great-West, alors que 30 % proviennent d’Europe et le reste (20 %), des États-Unis.

Le marché américain et celui des régimes de retraite affichent un fort taux de croissance, ajoute M. Mahon. Par l’entremise de Putnam Investments, son entreprise veut retrouver une place de chef de file au sein du marché américain des fonds communs de placement, en plus de s’intéresser au marché très sous-exploité de l’assurance collective au Royaume-Uni.

Quant à la Financière Sun Life, elle a fait le pari que 90 % de la croissance du marché des services financiers proviendra de l’Asie au cours des dix prochaines années. « Il s’agit dans presque tous les cas de marchés naissants en croissance, souligne son PDG, Dean Connor. Plusieurs évaluations suggèrent que la moitié de la croissance du marché mondial de l’assurance se fera en Asie, dans la prochaine décennie. »

Même si l’enjeu pourrait valoir la peine de se lancer dans la course, M. Connor se distance de l’enthousiasme du passé, soutenant que ce marché n’occupe « pas assez de place dans les activités actuelles de la Sun Life, en ce moment » pour susciter l’attention de ses investisseurs.

« À notre avis, l’Asie devra représenter de 15 à 20 % de nos activités pour que nos investisseurs s’y intéressent vraiment. C’est ce que nous visons. Nous y parviendrons progressivement, grâce à la croissance organique et aux acquisitions », dit M. Connor.

À l’international, Sun Life investit dans les programmes d’avantages sociaux offerts aux États-Unis. L’assureur mise sur les systèmes d’adhésion et de constitution de clientèle, de même que sur une technologie de gestion des invalidités élaborée en vue d’être utilisée dans ses installations au Canada.

La Sun Life continue de mettre de l’énergie dans des outils d’adhésion, en plus de s’employer activement à transformer ses 44 bureaux de ventes américains en un nouveau modèle plus standard. « Chaque bureau a sa façon propre de faire les choses », dit M. Connor. La standardisation permettra de soutenir adéquatement ce secteur d’activités et d’en favoriser la croissance, ajoute-t-il.

Enfin, chez Sun Life, on prévoit une croissance de tous les secteurs, particulièrement à cause de trois « mégatendances », dont l’imminence du passage à la retraite des babyboumeurs, jumelée aux mesures prises par les autorités gouvernementales et les entreprises en vue de transférer la responsabilité de la planification de la retraite au futur retraité. La troisième tendance correspond à la croissance de la classe moyenne en Asie. « Ce sont là des tendances lourdes que nous voyons s’installer pour des dizaines d’années. »

Donald Guloien, PDG de la Financière Manuvie, dit qu’environ le tiers des revenus actuels de son entreprise émanent de l’Asie. De plus, les produits de gestion de patrimoine occupent une importance croissante dans l’offre faite à l’Asie. Du côté des ventes d’assurances, M. Guloien précise que Manuvie aurait presque doublé le nombre de représentants dans la région, depuis 2007. « Nous y avons maintenant quelque 55 000 agents de carrière », affirme-t-il.

Les nouveaux régimes à cotisations déterminées proposés aux salariés de Hong-Kong ont permis à la compagnie de s’approprier 20 % des parts de ce marché, tandis que les banques et les agents généraux continuent de desservir le reste de la région.

M. Guloien affirme que le marché canadien des régimes collectifs d’épargne-retraite et d’avantages sociaux représente le gros des ventes de son entreprise, car ils offrent des possibilités de ventes transversales. Il dit que Manuvie fait maintenant partie des dix grands groupes de fonds communs de placement au Canada. Dans un même ordre d’idées, il ajoute que 41 % des produits bancaires de Manuvie résultent d’une vente réalisée auprès d’un client existant. Il a aussi dit vouloir accentuer sa présence en gestion de patrimoine.

M. Guloien prévoit doubler les bénéfices de base de Manuvie, pour les faire passer à 4 milliards de dollars, d’ici 2016. « Bien des gens penseront probablement à tort que l’atteinte de cet objectif passe essentiellement par la réduction des dépenses, dit-il. Il s’agit certes d’un élément important du casse-tête, mais surement pas le principal. »

Il se pourrait bien toutefois que les couts d’acquisitions freinent quelque peu l’enthousiasme envers cette région du globe. « Les gens s’imaginent que l’Asie est un endroit où une croissance élevée peut être associée à une marge bénéficiaire plutôt confortable », dit M. Connor, ajoutant que certains des produits vendus là-bas peuvent comporter un risque moins élevé qu’en Amérique du Nord. « Le prix des acquisitions reflète cette réalité. Les propriétés qui nous intéressaient récemment ont toutes trouvé preneur à des prix astronomiques. »

Des quatre assureurs présents, seule l’Industrielle Alliance, Assurances et services financiers a évoqué la situation des produits à garantie de retraits. Son PDG, Yvon Charest, a mentionné que les ventes de l’assureur dans ce segment ont ralenti, à la fin de 2011. Industrielle Alliance fait également partie des compagnies qui ont plutôt concentré leurs efforts sur leurs fonds communs de placement. M. Charest précise que la croissance de l’actif de l’entreprise lui a permis de se surclasser comparativement au reste du secteur, et ce, chaque année depuis son arrivée sur le marché, en 2005.

M. Charest explique qu’il aimerait diversifier la gamme de produits d’assurance de détail de sa compagnie pour qu’elle propose autre chose que des produits assortis d’une garantie de longue durée. C’est d’ailleurs dans cet esprit que la compagnie suit de près la performance de ses premiers produits à prime ajustable, lancés en juin. « Nous ignorons à quel rythme le marché les acceptera, dit-il. Nous ne savons pas non plus comment la concurrence réagira. Chose certaine, c’est pour nous une mesure destinée à faciliter notre gestion du risque. »

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