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Les nouvelles T10 moins chers que jamais Les primes de renouvellement rattrapent toutefois les assurés

par Vicky Poitras | 06 mars 2007 14h55

En raison d’une concurrence féroce qui perdure en assurance temporaire dix ans depuis la fin des années 90, les conseillers peuvent assurer leurs clients pour moins cher aujourd’hui qu’hier. Or, c’est au renouvellement que l’assureur se rattrape, provoquant tout un choc aux assurés.Selon la calculatrice d’inflation de la Banque du Canada, un panier de biens et services qui coûtait 100 $ en 1998 se vendrait aujourd’hui 120,43 $. On pourrait s’attendre à ce que les primes d’assurance temporaire suivent le coût de la vie; or, il n’en est rien.

C’est plutôt à une chute des prix à laquelle on assiste en assurance temporaire 10 ans (T10). Un article publié dans Le Journal de l’assurance de juin 1998 a montré que le taux préférentiel accordé à un homme de 40 ans non fumeur à l’achat d’une assurance de 500 000 $ se fixait à 510 $ auprès de Transamerica Vie Canada, à 565 $ auprès d’AIG Vie du Canada, de 590 $ chez Manuvie et à 725 $ chez Sun Life. Ces données se fondent sur des chiffres en provenance de Compulife Software, firme de comparaison de taux établie aux États-Unis.

En regardant les mêmes critères cette année, un conseiller pourrait découvrir qu’il peut faire économiser 28% sur sa prime de T10 à son client à taux privilégié demeuré dans un état de santé similaire après toutes ces années. En effet, Unité-Vie parvient à offrir la même assurance au même profil d’assuré pour… 365$! (voir tableau)

Cet assuré fictif pourrait même hausser sa protection d’assurance T10 à 600 000 $ et toujours payer moins cher. En 2007, une personne présentant les mêmes âge, sexe et catégorie de risque que dans l’exemple précédent paiera 462 $ chez Transamerica, 543 $ à AIG Vie du Canada, 514 $ chez Manuvie et 497 $ à la Sun Life.

Joe Kordovi, vice-président et actuaire chez Transamerica, mentionne que, selon un rapport de LIMRA International, une grande partie de cette baisse de prix est survenue entre 2000 et 2004. Le prix moyen des assurances temporaires a alors diminué de 12 % au Canada. Il s’est redressé entre 2004 et 2005, mais a recommencé à baisser en 2006, perdant alors un autre 3,4 %.

Selon M. Kordovi, la dernière chute de prix peut être attribuée en partie à deux facteurs. Parmi eux, une hausse du nombre de jeunes assurés, dont bon nombre d’acheteurs d’une première maison. Aussi, une tendance favorisant la vente de produits T10 à capital assuré plus élevé a permis à davantage de clients de profiter d’économies d’échelle (les taux d’assurance, répartis par bandes, décroissent à mesure que le montant d’assurance souscrit est plus élevé).

Quand les renouvellements vous rattrapent

Mais la concurrence vive en T10 ne semble pas avoir atteint les primes de renouvellement du produit. Carl Abbott, conseiller à Kamloops (Colombie-Britannique) et président du Insurance Council of British Columbia, affirme pour sa part que le taux des primes de renouvellement en assurance temporaire dix ans restent élevés.

Si bien que des clients qui se sont assurés il y a 10 ans ont parfois un choc devant la prime de renouvellement demandée par l’assureur. « S’ils veulent garder leur protection [tout en payant un prix plus abordable], ils doivent soumettre une nouvelle proposition d’assurance et faire vérifier leur assurabilité », explique-t-il.

M. Abbott étudie attentivement les taux de renouvellement lorsqu’il vend une nouvelle T10. Souvent, il décidera de traiter avec l’assureur qui se place en troisième ou en quatrième place quant au prix initial, parce que sa prime de renouvellement est moins chère. « La prime initiale a évidemment de l’importance aux yeux du client, précise-t-il. Cependant, si la prime est chère au renouvellement, il doit également le savoir. »

Par ailleurs, les clients en mesure de prouver que leur état de santé ne s’est pas détérioré depuis qu’ils ont souscrit leur T10 pourront souvent obtenir de meilleurs prix de renouvellement.

À l’Industrielle Alliance, le logiciel qu’utilisent les conseillers pour faire leur présentation au client donne le prix à la souscription de la T10, assortie de deux prix au renouvellement. La première prime de renouvellement présentée est garantie. C’est celle qu’affichent normalement les assureurs. La deuxième prime de renouvellement, beaucoup moins élevée, est offerte au client dont l’état de santé ne s’est pas détérioré depuis l’émission de la police.

En reprenant les mêmes critères de comparaison pour l’exemple de l’homme de 40 ans, à taux privilégiés, la prime initiale de cette T10 est de 455$. La prime de renouvellement garantie s’établit pour sa part à 1 840$. Par contre, la prime de renouvellement avec preuves d’assurabilité se chiffre à 870$, ce qui est même moins cher qu’une nouvelle émission à 50 ans (930$).

Bob Barney, président de Compulife Software, s’inquiète pour sa part du fait que de nombreux courtiers ne se rendent pas compte de ce qu’implique une méconnaissance des primes de renouvellement de la part de leurs clients. Une méconnaissance qui pourrait même entraîner des poursuites dans certains cas. Exemple de litige potentiel : une T10 vendue à un jeune dont les véritables besoins d’assurance s’étalent sur une plus longue période de temps.

Si l’état de ce jeune assuré s’est détérioré au moment du renouvellement et qu’il doit conserver sa couverture, il paiera alors une fortune.

En ce qui touche la prime initiale, il se pourrait bien que l’époque de prix en chute libre observé dans le marché de la T10 tire à sa fin, croit pour sa part Bob Barney. « Au Canada, il n’y a presque plus de concurrence sur le marché de l’assurance vie temporaire », affirme le président de Compulife.

M. Barney attribue une telle situation aux fusions et acquisitions qui ont marqué le milieu de l’assurance, faisant remarquer que, des 62 ou 63 entreprises actives sur le marché il y a 25 ans, il en reste maintenant à peine 20 et que ce chiffre pourrait diminuer encore. Les prix changent tellement peu ces temps-ci, signale-t-il, que la tarification de l’assurance temporaire fait penser à une liste statique de produits identiques.

Malgré ces signes, Joe Kordovi observe que les assureurs n’ont pas cessé de se battre pour occuper la première place au classement des bas prix en T10 : « Au cours du dernier trimestre de 2006, nous avons effectivement vu trois de nos principaux concurrents réduire leurs prix et offrir des rabais sur les assurances présentant un capital élevé; c’est dire que certaines compagnies sont encore en train de peaufiner leurs prix. »

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