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Les placements prudents gagnent en popularité

par Vicky Poitras | 19 février 2010 17h42

L'effondrement des marchés boursiers a réveillé plusieurs investisseurs. Ceux qui étaient près de la retraite ont découvert que leur portefeuille de placement était plus risqué que ce qu'ils pensaient. C'est pourquoi ils se tournent maintenant vers des placements plus prudents.Le rapport Deposits and Fixed Income Report, publié par Investor Economics en novembre, montre que de plus en plus de Canadiens se tournent vers les dépôts, les rentes, les billets liés et les autres produits à revenu fixe. En 2006, environ la moitié de la richesse financière était détenue dans la catégorie dépôt et revenu fixe. L'été dernier, cette proportion avait augmenté à près de 60 %.

« La majorité de cet argent, soit près de 974 milliards de dollars (G $), se trouve dans des produits de dépôt pour les particuliers comme les comptes d'épargne et les certificats de placement garanti (CPG) », dit Andrew Hamer, analyste principal, consultation stratégique, chez Investor Economics.

Il ajoute qu'en juin 2009, les produits de dépôt représentaient à eux seuls 38,6 % de toute la richesse financière au Canada. De plus, les rentes et les billets liés, les fonds de revenu fixe ainsi que les titres à revenu fixe représentaient 20,5 % de cette richesse (2,5 % pour les rentes et les billets liés, 7,7 % pour les fonds de revenu fixe et 10,3 % pour les titres à revenu fixe).

Les Canadiens investissent-ils à long terme ou attendent-ils afin de voir ce qui s'en vient? Les données obtenues par Investor Economics sur la durée jusqu'à l'échéance d'un placement suggère la deuxième option.

M. Hamer souligne que près de 84 % de tous les dépôts à terme (ce qui inclut les CPG, les CPG liés au marché et les autres dépôts à terme fixe) ont une échéance de trois ans et moins. « De ce total, 42 % des dépôts à terme en circulation en juin 2009 viendront à échéance en juin 2010, ce qui représente une somme de 212 G $ », dit-il.

Augmentation du volume

Pour sa part, Shelley Golden, conseillère en assurance et courtier en CPG, dit aussi remarquer une augmentation du volume des produits garantis depuis le début de la récente crise financière. Mme Golden a une clientèle de tous âges, mais travaille principalement avec les personnes âgées. Elle note aussi qu'il y a eu une « hausse significative » des transferts provenant des fonds communs.

Par ailleurs, la concurrence quant aux taux d'intérêt offerts semble être de plus en plus féroce. Bien que ING ait été l'une des premières institutions financières à offrir des comptes d'épargne et d'investissement à intérêt élevé, des nouveaux joueurs, comme Ally Bank et Peoples Trust se battent dans ce créneau. Au moment de mettre sous presse, un nouveau joueur, Canadian Direct Financial, une filiale de Canadian Western Bank, offrait 2 % sur les soldes détenus dans ses comptes d'épargne.

Début décembre, la Financière Manuvie décidait de joindre la parade et d'offrir 2 % sur tous les comptes d'épargne libre d'impôt, nouveaux et existants, entre le 15 décembre 2009 et le 15 mars 2010. Tom Nunn, vice-président adjoint des relations avec les médias de Manuvie, dit avoir remarqué une hausse des ventes de CPG en 2009, mais n'a pas voulu dévoiler de chiffres à cet effet.

Or et inflation
Le président et chef de la direction de Bullion Management Group, Nick Barisheff, aimerait que les investisseurs revoient leur conception du mot sécuritaire.

« Si une obligation paie 4 % et que l’inflation est à 6 %, ce n’est pas un placement prudent, c’est plutôt une perte garantie », commente-t-il.

Contrairement à cet exemple, Statistique Canada rapporte que le taux d’inflation est très bas, mais M. Barisheff met en doute leur méthodologie. Il n’est d’ailleurs pas optimiste quant à la situation qui prévaut aux États-Unis.

« Le problème, c’est que tout l’argent qu’ils ont imprimé (pendant la crise financière) n’apparait pas dans les statistiques sur l’inflation parce que les banques sont assises sur cet argent et elles ne veulent pas le prêter », dit-il. Il suggère aux investisseurs prudents et inquiets de voir leur pouvoir d’achat s’éroder, de faire des provisions d’or. Il soutient que l’or a historiquement maintenu sa valeur.

M. Barisheff ne compte pas non plus sur une hausse des taux de la Banque du Canada pour combattre l’inflation. « Nous avons un problème, car la valeur du dollar canadien est déjà trop élevée. Si les taux augmentent, le dollar deviendra encore plus fort », dit-il en notant que notre économie dépend des exportations et bénéficie donc d’un dollar faible.

Bien qu’il n’entrevoie pas d’hyperinflation au Canada, il se dit inquiet pour d’autres pays. Il donne en exemple les pays méditerranéens à cause de la hausse de leur dette nationale ainsi que les pays de l’ancien bloc de l’Est en raison de leur exposition au risque financier. « Il y a en général tellement de vulnérabilités et de risques que tous les portefeuilles devraient contenir de l’or à mon avis », dit-il.

Fonds distincts et obligations

Une autre option existe, soit celle des fonds distincts. Ils offrent à ceux qui approchent de la retraite une occasion d'investir dans les marchés boursiers tout en garantissant au moins 75 % du capital investi à l'origine, en autant que les sommes demeurent investis pendant une période de dix ans.

Pour ceux qui veulent protéger leur capital mais qui ont un horizon de placement de sept ou huit ans, Larry Stubbs, un analyste financier agrée (CFA) et directeur du programme de planification financière à la British Columbia Institute of Technology, affirme que les obligations à coupons détachés pourraient leur convenir. S'ils investissent dans des émissions des gouvernements provincial et fédéral, ils peuvent obtenir une protection du capital et avoir un rendement concurrentiel avec les CPG, mais avec une date d'échéance qu'ils choisiront.

Les obligations à coupons détachés sont appelées ainsi car les coupons d'intérêt sont séparés de l'obligation. Un investisseur achète l'obligation à un prix inférieur à la valeur nominale. Il ne reçoit aucun intérêt et se fait rembourser la valeur nominale à l'échéance.

M. Stubbs avertit toutefois que même si l'investisseur ne touche pas de versements, l'intérêt est imputable à chaque année et la hausse de la valeur de l'obligation est imposable annuellement. Il recommande donc de détenir ce type de placement dans des comptes à l'abri de l'impôt comme les REER, les FERR et les CELI.

Moins de billets à capital protégé

Les billets à capital protégé étaient les produits à la mode en 2007 et au début de 2008. Ils offrent généralement une exposition aux actions ou aux fonds de couverture en plus d'une garantie sur le capital après une période de cinq ou huit ans. La dégringolade des marchés a toutefois pris les émetteurs de ces billets au dépourvu. La Banque Scotia, la CIBC, la Banque Nationale du Canada et la Banque Royale ont fermé des douzaines de billets vers la fin de 2008. La Financière Sun Life et le Mouvement Desjardins ont fait de même avec leurs billets à capital protégé.

Investor Economics affirme que les émetteurs de billets à capital protégé ont observé une baisse significative de l'intérêt du marché envers ce produit. Les émetteurs croient que ce produit complexe est devenu difficile à vendre, surtout dans un environnement qui favorise maintenant la simplicité et la clarté. Investor Economics rapporte que 77 % des billets à capital protégé en circulation viendront à échéance d'ici la fin de 2014.

« La rétention de l'actif doit être une priorité pour les émetteurs de ce produit et leur département de commercialisation, indique le rapport. Les stratégies pour attirer les dollars venant à échéance seront façonnées par le marché, par les taux d'intérêt en vigueur à ce moment et par les solutions de rechange concurrentielles. »

Concurrence accrue

Le document note aussi que la concurrence dans le domaine de la protection du risque s'est accrue récemment avec l'arrivée des produits à garantie de retrait minimum et des fonds communs à capital protégé comme les BMO Fonds Étape Plus, les Fonds Clic objectif IA Clarington et les Fonds Mackenzie Destination+.

Curtis Findlay, un conseiller chez Worldsource Financial à Canmore, en Alberta, a décidé de ne pas offrir de billets à capital protégé à ses clients. « Je préfère les produits qui sont simples à comprendre et qui sont structurés de manière à éviter les explications détaillées lorsqu'elles arrivent à échéance ; à savoir, pourquoi il y a un rendement ou non et comment tout ça est calculé par le fournisseur. Certains billets à capital protégé ont des frais tellement élevés qu'il est peu probable que le client enregistre un gain qui justifie le risque engendré par des rendements variables », dit-il.

Si l'analyse montre que le client manquera d'argent, M. Findlay recommande aux conseillers de souligner les modifications qu'il doit apporter pour pouvoir partir à la retraite au moment désiré. M. Findlay dit qu'un conseiller qui est incapable de faire ce genre d'analyse et d'agir d'une façon consultative sera désavantagé. Par ailleurs, il s'attend à ce que des nouveaux produits soient lancés au fur et à mesure que les baby-boumeurs approchent de la retraite, mais il suggère que les innovations financières sont d'une importance secondaire. « Je crois que la méthode est plus importante que le produit sélectionné », dit-il.

Desjardins Sécurité financière (DSF) a lancé un produit à capital protégé l'année dernière. Appelé Garantie Avantage, il s'agit d'un dépôt à terme dont le rendement s'appuie sur un panier d'actions d'un secteur d'activité ciblé. Chaque action possède la même pondération. Au moment de rédiger cet article, l'émission venait à échéance en janvier 2016 et elle était liée à dix compagnies de biens de consommation, incluant Nestlé, Kraft et Coca-Cola.

Michael Aziz, vice-président régional, ventes et développement des affaires, produits d'épargne pour les particuliers, chez DSF, dit que Garantie Avantage offre un rendement minimal et maximal. Le produit garantit un rendement de 8 % en six ans (1,29 % annuellement) alors que les revenus totaux ne peuvent pas dépasser 35 % (5,13 % annuellement).

Options de rachat

De plus, il y a des options de rachat, dit-il. « Ce n'est pas comme les billets à capital protégé où un client peut devoir payer des frais de rachat », précise-t-il.

Ainsi, la valeur de rachat de Garantie Avantage dépend des taux de CPG en vigueur et du temps restant jusqu'à l'échéance. Il explique que le public cible est l'investisseur qui aimerait gagner plus qu'avec un CPG, mais qui n'est pas confortable avec le risque lié aux marchés boursiers. « Je ne suis pas en mesure de vous donner un pourcentage, mais il y a clairement plus d'enthousiasme dans ce genre de produit. Les ventes de nos fonds distincts vont très bien, mais je crois que les gens sont encore un peu nerveux », dit-il.

Il souligne aussi qu'avec ce produit, Desjardins détient un avantage par rapport aux CPG liés au marché offert par les banques. Garantie Avantage comporte des caractéristiques qu'on retrouve souvent dans les produits d'assurance, comme une possible protection contre les créanciers, une garantie à 100 % au décès et un possible évitement des frais d'homologation.

Hausse des taux

Larry Stubbs évoque un récent rapport de ScotiaMcLeod qui suggère que les taux d'intérêt au Canada pourraient augmenter de 100 points de base dans les prochains douze mois. « Si les experts voient juste et que les taux augmentent, les obligations et les actions privilégiées en souffriront », dit-il. Il note que les investisseurs qui conservent leurs obligations jusqu'à l'échéance n'ont pas à se soucier des fluctuations de prix, mais il avertit ceux qui vendent lorsque les taux augmentent puisqu'ils recevront moins que ce qu'ils ont payé à l'achat. « Rappelez-vous que ces obligations ont été émises dans le passé et non pas aux taux en vigueur, ce qui veut dire qu'elles se vendent à prime en ce moment. Si elles se vendent plus tard, les clients pourraient encaisser une perte en capital », précise-t-il.

M. Stubbs souligne la possibilité que les investisseurs achètent des obligations et des fonds d'obligations lors de la saison REER puisque ces véhicules de placement ont affiché de bons résultats récemment. Il se dit toutefois inquiet face à cette situation.

« Les gens ont tendance à magasiner selon les rendements historiques, mais lorsque les taux d'intérêt ne peuvent que monter, certains d'entre eux auront de mauvaises surprises. Ils viennent juste de perdre une fortune à cause de leurs actions et ils découvriront peut-être qu'ils peuvent aussi perdre de l'argent dans des fonds d'obligations », avertit-il.

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