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Les tempêtes menacent les résultats techniques des assureurs

par Vicky Poitras | 29 août 2008 15h33

L’escalade des sinistres survenus depuis le début de l’année confirme que les résultats techniques de l’année 2008 seront moins bons que ceux de 2007. Ce n’est pas seulement le dur hiver qui pourrait faire mal aux assureurs, mais tous les autres sinistres qui se sont ajoutés par la suite.La tempête du 10 juin a fait suite à un hiver rigoureux, pendant lequel la neige abondante a causé plus de dommages qu’à l’habitude. Pour l’assurance habitation, c’est 172 millions de dollars (M$) que les assureurs ont dû débourser au cours de l’hiver 2007-2008, selon le Bureau d’assurance du Canada (BAC). Les dommages par infiltrations d’eau ont dominé, suivis des dommages aux piscines et ceux causés par le poids de la neige et de la glace. Pour l’hiver 2006-2007, le montant total des indemnités versées était de 57,4 M$, alors qu’il atteignait 85,6 M$ à l’hiver 2005-2006.

C’est en Montérégie que la tempête du 10 juin a causé le plus de dégâts : arbres déracinés, infiltration d’eau par les toits et voitures déclarées perte totale. Le BAC estime les dégâts à 56 M$ pour l’ensemble du Québec. Le BAC ajoute que les assureurs ont dû traiter 16 000 réclamations à la suite de la tempête, dont 60 % pour des dommages causés à des automobiles.

Aviva Canada a dû couvrir 900 réclamations automobiles et 400 pour l’habitation à la suite de la tempête du 10 juin. René Trépanier, vice-président adjoint au service d’indemnisation d’Aviva, dit que sa compagnie a dû verser plus de 5 M$ pour couvrir les dommages. Pour les six premiers mois de 2008, Aviva prévoit que le nombre de réclamations sera 60 % plus élevé qu’à la même période l’an dernier au Québec.

De son côté, le Groupe Promutuel prévoit qu’il devra verser 36 % plus d’indemnités pour les six premiers mois de 2008, par rapport à la même période en 2007. L’assureur prévoit aussi avoir traité 38 % plus de dossiers. Pour la tempête du 10 juin, le coût des réclamations se chiffre à environ 4 M$ pour l’assurance automobile et à 2,5 M$ pour l’assurance habitation, selon Josée Garneau, conseillère en relations publiques.

Accumulation

Pour sa part, le vice-président, indemnisation, opérations chez AXA Assurances, Pierre Dépatie, estime que le coût total des dommages approche 10 M$. Il anticipe aussi une augmentation des sinistres payés puisque, pour la première moitié de l’année, l’assureur a enregistré près de 25 % plus de sinistres qu’à la même période en 2007.

Il constate que c’est l’accumulation d’événements depuis le début de l’année qui affecte grandement les résultats. « Les coûts de la tempête du 10 juin, jumelés au nombre important de sinistres depuis le début de l’année, devraient avoir un impact sur les résultats techniques des assureurs en 2008. Cependant, nous devrons tenir compte de l’ensemble des résultats de toutes les lignes d’affaires », dit M. Dépatie.

À l’Union Canadienne, Jacques Boucher, directeur des communications externes, dit que la compagnie s’attend à une hausse de 20 % du nombre de sinistres en 2008. « Cette année est particulièrement difficile pour l’industrie en général avec quelques événements importants, dont la surabondance de neige qui a causé des dommages aux bâtiments et aux piscines. Malheureusement, la tempête du 10 juin vient confirmer que l’année financière 2008 sera moins bonne qu’en 2007 », souligne-t-il.

Chez ING Canada, les réclamations ont atteint 693 M$ l’hiver dernier pour l’ensemble du pays. Il s’agit d’une hausse de 10,5 % comparativement à l’hiver précédent. Ce volume de réclamations a créé une surcharge de travail chez les assureurs et les réparateurs, situation qui s’est répétée lors de la tempête du 10 juin.

« En moins d’une semaine, nous avons reçu un nombre d’appels comparable à celui que nous recevons habituellement durant trois à quatre semaines », affirme Denis Garneau, vice-président à l’indemnisation d’ING Assurance au Québec.

Chez Desjardins Groupe d’assurances générales (DGAG), on parle d’une hausse de volume de dossiers à traiter de 30 % depuis le début de l’année. De plus, pendant les deux semaines suivant la tempête du 10 juin, les lignes téléphoniques n’ont pas connu de répit. La compagnie a reçu environ 15 000 appels et plus de 10 000 dossiers durant cette période ; c’est plus du double qu’en temps normal. Pour ce qui est du coût des dommages automobiles, André Veilleux, vice-président, indemnisation, région du Québec, dit qu’il se situe entre 2 500 et 5 000 $ par véhicule en moyenne.

Afin de diminuer les délais pour les assurés et de faciliter le processus de réparation des automobiles, certaines compagnies ont pris les grands moyens. Un centre d’estimation temporaire a été aménagé en bordure de l’autoroute 20, au centre de la zone touchée, près de Sainte-Julie et de Beloeil. Ce plan d’urgence a été réalisé grâce à une coopération entre différents assureurs. Selon ce qu’a appris le Journal de l’assurance, ING, Aviva, Desjardins, Promutuel, l’Union Canadienne et BélairDirect faisaient partie des assureurs qui se sont regroupés pour aménager ce centre.

Au centre d’estimation, DGAG a déployé une équipe d’une douzaine de personnes, présente la semaine et les weekends. « L’idée était de concentrer les efforts dans le secteur le plus touché afin d’augmenter l’efficacité du service », dit M. Veilleux. Il ajoute que les clients comprennent que les délais soient plus longs qu’à l’habitude étant donné le caractère exceptionnel de la situation. Des estimateurs et des spécialistes en débosselage sans peinture étaient aussi sur les lieux.

Des compagnies de location d’autos comme Fix Auto, Enterprise et Discount ont aussi participé à l’effort. Cette approche a permis aux clients d’avoir accès rapidement à une voiture de courtoisie pendant que la leur était à la réparation. « Certaines automobiles ont été envoyées à Laval pour les réparations parce que les carrossiers de la région ne pouvait pas répondre à la demande », mentionne René Trépanier, d’Aviva.

De son côté, Denis Garneau, d’ING Assurance, estime qu’il faudra de quatre à cinq mois pour réparer tous les véhicules endommagés ; le même travail aurait réclamé près de deux ans si la compagnie avait uniquement eu recours aux ateliers de réparation existants dans la région.

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