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« L’industrie doit fournir au client le produit dont il a besoin » — Claude Leblanc

par La rédaction | 19 novembre 2012 16h15

Claude Leblanc a géré des régimes collectifs durant toute sa carrière, et ce, chez plusieurs assureurs. Il dit constater le changement de perception des salariés qui tirent profit des régimes collectifs. C’est ensuite à l’industrie de lui fournir le produit dont il a besoin, dit-il.

« Les participants ont pris conscience que les régimes offerts par leurs employeurs font partie de manière fondamentale de leur sécurité financière. Ce qu’on appelait à l’époque les fringe benefits, qui étaient très accessoires, sont aujourd’hui la pierre angulaire de la sécurité financière », dit celui qui a été spécialiste des régimes collectifs à la Standard Life, au bureau de Montréal, jusqu’en octobre. Le Journal de l’assurance s’est entretenu avec lui peu de temps avant qu’il quitte ce poste.

Comme le régime collectif est devenu primordial, M. Leblanc affirme que l’industrie a besoin de rester concentrée sur les besoins de la clientèle si elle veut vraiment rester en affaires. « Les gens demandent de plus en plus des produits avec une garantie. Le défi de l’industrie est de leur fournir le produit qui correspond à leurs besoins et à un cout d’efficacité d’utilisation du capital. La seule manière de garantir que votre argent vous survivra, ça demeure des garanties comme des rentes viagères. Mais les gens ne veulent pas en acheter en ce moment, en disant que ça ne rapporte pas. »

Au moment de notre entretien avec M. Leblanc, le débat public sur le déficit des caisses de retraite avait pris de l’ampleur avec la réouverture de l’usine Stadacona de Papiers White Birch, à Québec. Les retraités ont vu leurs prestations être réduites à la suite de la signature d’une nouvelle convention collective, dans le contexte d’une entreprise sous la protection de la Loi sur les faillites et l’insolvabilité. Cet épisode illustre bien le « test de la réalité » vécu par de nombreux salariés.

« Les gens ont réalisé que ces programmes leur procuraient un fondement solide de ce qu’est la sécurité financière, que ce soit pour le remplacement de salaire en cas de maladie ou d’invalidité, ou encore le régime de retraite. La crise a fait comprendre aux gens que la valeur est importante, mais que le cout associé est important », dit-il.

Souvent, les avantages du régime sont surtout payés par l’employeur, ce qui n’aide pas le salarié à en considérer l’importance. « L’employé cotisait peu, parfois pas du tout, donc il ne voyait pas vraiment le cout réel, dit M. Leblanc. L’employeur ne communiquait pas le cout total du programme en termes de valeur. Le vieillissement de la force de travail a aussi contribué à sensibiliser davantage les salariés plus âgés. »

L’alarme Nortel

Au début des années 2000, la faillite de Nortel, avec les coupes de 30 % qu’ont dû subir les retraités dans leur régime de rentes, a été le signal d’alarme qui a réveillé tout le monde, selon M. Leblanc. « On réalise que les régimes sont là, mais leur pérennité n’est pas assurée. Il faut donc en prendre soin. Tous les participants au régime savent désormais que la valeur de leur rente est menacée par les problèmes de solvabilité », dit-il.

M. Leblanc note aussi que la longévité des retraités met beaucoup de pression sur les caisses de retraite. « Les régimes ont été créés après la Seconde Guerre mondiale, au moment où les gens vivaient à peine 10 ans après leur retraite. Aujourd’hui, peu importe l’âge où tu prendras ta retraite, que ce soit 60, 65 ou 70 ans, la probabilité que tu vives 25 ans après la retraite est quasiment de 100 %. Tu ne peux pas imaginer te bâtir un système de revenus de remplacement quand tu dois couvrir 25 ans de la même manière que pour 10 ans. »

Les marchés ont mis des années à se remettre du techno bust qui a nui au rendement des caisses de retraite. « C’est seulement jusqu’en 2007 qu’on est devenus excellents, ajoute M. Leblanc. Et là, il y a eu une nouvelle crise financière. On n’a donc eu aucun rendement sur les placements pendant 10 ans. »

Si l‘on ajoute à cela les bas taux d’intérêt durant une longue période et les sorties de fonds qui augmentent au fil des ans en même temps que le nombre de retraités, les éléments d’une « tempête parfaite » sont réunis pour l’industrie financière. « On n’a jamais vu cela avant. Et ça ne semble pas vouloir se replacer. »

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