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L’investissement dans les vies universelles en chute libre

par Vicky Poitras | 25 mai 2009 18h16

Les nouvelles primes vendues en assurance vie universelle ont reculé en 2008 par rapport à 2007. Les investisseurs remettent à plus tard leurs dépôts excédentaires en raison de la récession et de la volatilité des marchés boursiers.Alors que le nombre de polices vendues est demeuré stable, les nouvelles primes d'assurance vie universelle ont reculé de 3 % en 2008 par rapport à 2007. Au quatrième trimestre de 2008, ces nouvelles primes ont chuté de 7 % par rapport au quatrième trimestre 2007.

C'est d'ailleurs le quatrième trimestre 2008 qui a beaucoup contribué au recul annuel, révèle le rapport 2008 de LIMRA International sur les ventes d'assurance vie individuelle réalisées au Canada.

Les assureurs contactés par le Journal de l'assurance ont vécu ce recul à travers une diminution des primes excédentaires au sein de leurs produits d'assurance vie universelle. Diminution qu'ils attribuent à l'extrême volatilité des marchés boursiers et à la récession en général.

Ils constatent que leurs clients resserrent les cordons de la bourse et craignent les mauvais rendements. Ils remettent donc à plus tard le dépôt d'une prime excédentaire. C'est maintenant la protection qui prime. Plusieurs assurés se contentent en effet de maintenir leur police en vigueur en payant la prime minimum.

Industrielle Alliance

Dans son rapport annuel de 2008, l'Industrielle Alliance se décrit comme le deuxième vendeur au Canada de polices vie universelle, pour une part de 14,4 % du marché pour les neuf premiers mois de 2008 (l'assureur n'avait pas les données complètes au moment de publier son rapport).

L'assureur fait état d'une hausse de ses ventes de 7 % dans le marché familial en assurance individuelle, mais une baisse de 41 % dans celui de la clientèle à revenu élevé. Il attribue ce recul à la chute importante des marchés boursiers. Les primes excédentaires de vie universelle sont ainsi passées de 48 millions(M)$ en 2007 à 28,3 M$ en 2008.

Au total, le secteur de l'assurance vie individuelle de l'assureur termine l'année 2008 avec des ventes de 146,9 M$, en baisse de 8 % par rapport à l'année précédente.

Plus en détails, le rapport explique que « les investisseurs, qui utilisent leur police d'assurance vie universelle comme outil de planification financière, ont décidé de réduire les sommes qu'ils versent dans le compte d'épargne de leur police d'assurance (primes excédentaires), en raison de l'instabilité des marchés boursiers».

Le marché l'assurance vie individuelle se divise en effet entre police à prime minimum et police destinée à l'investissement. La police à prime minimum est généralement dotée d'un coût d'assurance nivelé à vie. Le but premier d'une telle police est la couverture d'assurance. La portion investissement de ces polices demeure modeste tant que l'assuré se limite à la prime minimum. La police dédiée à l'investissement sera quant à elle dotée d'un coût d'assurance renouvelable annuellement, moins cher au début, ce qui favorise l'investissement. D'où le concept de police utilisée comme outil de planification financière.

Le vice-président marketing en assurance et rentes individuelles à l'Industrielle Alliance, Jacques Potvin, a tenu à préciser qu'il ne voyait pas s'exercer un mouvement d'un type de police à un autre. « Les assurés décident plutôt de reporter à plus tard les dépôts excédentaires dans leur police existante, le temps de voir évoluer la situation dans les marchés financiers. »

Transamerica Vie

Cette tendance au report des primes excédentaires pourrait bien perdurer en 2009. Chez Transamerica Vie Canada, Joe Kordovi remarque en effet que la tendance s'est maintenue au premier trimestre 2009.

« Au premier trimestre, nos nouveaux clients en vie universelle n'ont versé en moyenne qu'une prime équivalant à deux fois et demie le coût d'assurance de leur police. En 2008, la moyenne s'établissait plutôt à un peu plus de trois fois le coût d'assurance. » M. Kordovi ne s'étonne pas de ces résultats outre mesure puisqu'ils sont une réédition de ce qui est survenu à l'éclatement de la bulle techno. « En 2002-2003, le niveau d'investissement dans les vies universelles est remonté très rapidement avec la reprise économique. »

Joe Kordovi ajoute que les nouvelles primes de vie universelle du premier trimestre 2009 sont en baisse de 30 % par rapport au premier trimestre 2008. Quant à elles, les nouvelles polices ne sont en baisse que de 4 % pour la même période. « Cela témoigne d'un niveau d'investissement moindre mais aussi du fait que les nouvelles polices émises sont moins grosses. Les gens ont encore besoin d'une protection d'assurance. Ils hésitent toutefois à investir plus ou alors ils ne le peuvent pas. »

Great-West

Vice-présidente adjointe au marketing assurance vie individuelle pour Great-West, Canada-Vie et London Life, Saundra Edwards a observé un recul de 15 % des nouvelles primes annualisées pour l'ensemble de ses produits de vie universelle. Cette tendance affecte particulièrement Great-West et Canada-Vie même si elle touche aussi London Life, davantage impliquée en assurance vie entière avec participations.

Comme chez les concurrents, le groupe des compagnies de Great-West voit leurs clients reporter leurs dépôts excédentaires à plus tard. « Il n'y a toutefois pas de déclin du nombre de polices émises », précise Mme Edwards.

Mme Edwards note aussi une autre tendance. « Nous observons un déplacement de la vie universelle vers les produits d'assurance vie entière à participations.»

Manuvie

Du côté de Manuvie, le vice-président marketing et élaboration des produits, assurance individuelle Paul Smith constate aussi une baisse des primes excédentaires au premier trimestre de 2009. Manuvie a pourtant connu une bonne année 2008 à ce chapitre, avec une hausse des nouvelles primes en vie universelle de 9 % par rapport à 2007.

M. Smith constate que ses assurés en vie universelle s'éloignent des placements boursiers. Ils versent la prime minimum et l'excédent va dans des options à intérêt quotidien ou garanti. « Les assurés s'éloignent même des options de fonds de fonds », note-t-il.

Il remarque toutefois un fort engouement pour les polices universelles dont les primes sont libérées après un nombre d'années garanti au contrat. « Il y a eu une augmentation de 20 à 30 % des nouvelles primes annuelles dirigées vers ces produits aux quatre premiers mois de l'année 2009 comparativement à 2008 », a révélé M. Smith.

Sun Life

Chez Sun Life, le vice-président adjoint, développement de produits d'assurance vie et marketing, Greg Grant, observe aussi la baisse des primes excédentaires, qu'il voit avant tout comme une situation temporaire. Il souligne que l'approche d'investissement est différente selon qu'il s'agit d'un nouvel assuré ou d'un assuré qui a souscrit sa police avant que débute la période de volatilité.

« Le client existant suit la stratégie d'investissement convenue au départ avec son conseiller. Nous ne voyons pas de grands mouvements dans ses investissements de vie universelle. Le nouveau client se montre en revanche plus conservateur et cherche à tirer parti des polices avec plus de garanties », précise M. Grant.

Standard Life

Tendance différente chez Standard Life, où Gerry Anthony n'a pas observé de changement notable dans la façon dont les clients répartissent leurs dépôts au sein de la vie universelle. Le consultant principal au développement de produits d'assurance pour les marchés individuels note que 25 % des dépôts se retrouvent dans des options à intérêt garanti. « C'est à peu près la même proportion qu'il y a 7 ans, après l'éclatement de la bulle des technos », compare-t-il.

La seule différence, c'est qu'il y a beaucoup plus d'argent déposé dans les comptes gérés, ajoute-t-il. C'est en effet 40 % des dépôts qui aboutissent dans ces options, alors que 22 % se retrouvent dans les options indicielles, et le reste dans les portefeuilles de répartition de l'actif et les fonds de fonds.

Il faut dire que Standard Life cible depuis 2007 les clients qui achètent la vie universelle pour investir en mettant l'accent sur son produit à coût d'assurance avec taux renouvelable annuellement, explique M. Anthony. « En 2007, les polices à prime minimum représentaient 47 % des affaires en vie universelle de Standard Life.

Aujourd'hui, elle n'en représente plus que 38 % », révèle-t-il.

Les options boursières sont aussi un élément fort des vies universelles chez Transamerica. « Au premier trimestre de 2009, le tiers de nos clients ont choisi d'investir dans nos portefeuilles imaxx TOPs, basé sur des fonds communs de tiers. Un autre tiers se répartit entre options indicielles et à gestion active. Le tiers restant s'est montré conservateurs et a opté pour les options à intérêt garantie ou liées aux bons du trésor », fait remarquer Joe Kordovi.

Chez les agents généraux

Des agents généraux vivent aussi une baisse des primes excédentaires. Au Groupe Cloutier, il y a d'habitude une nette tendance envers les polices à coût nivelé. Mais dans le contexte économique actuel, Patrick Cloutier remarque que la vie universelle se vend beaucoup plus dans un esprit de protection que d'investissement. « Si un client dépose une prime excédentaire, c'est surtout pour libérer plus vite sa police du paiement des primes », explique le vice-président, ventes et développement des affaires au Groupe Cloutier.

M. Cloutier remarque aussi que les clients choisissent des options d'investissement passablement plus conservatrices. « La plupart de nos clients achètent une vie universelle dans l'esprit de libérer les primes. Pour ce genre d'usage, nous choisirons une police 100 % garantie quant à la période de libération, le coût d'assurance, les bonis, le rendement minimum, etc. Par exemple, nous opterons pour une compagnie qui garantit un seuil minimum de rendement dans une option de placement. »

Lors de l'entrevue avec M. Cloutier à la fin d'avril, le Groupe Cloutier avait vendu 85 % de ses vies universelles à coût nivelé. L'agent général vend d'ailleurs de plus en plus de polices avec option de primes libérées après 10, 15 ou 20 ans.

L'Industrielle Alliance révèle dans son rapport annuel 2008 une baisse de 49 % des ventes d'assurance individuelle au sein de son réseau des comptes nationaux (le réseau des firmes de courtage en valeurs mobilières). Une chute qu'elle attribue au fait que ce segment distribue surtout des polices comprenant une forte portion d'épargne.

Chez Sun Life, Greg Grant note un ralentissement des ventes de nouvelles primes d'assurance vie universelle chez les comptes nationaux en raison d'un nombre moins élevé de grosses polices. Une situation qu'il attribue à la volatilité ambiante.

Même chose chez Standard Life. Gerry Anthony précise toutefois que les comptes nationaux vendent normalement plus d'assurance à coût nivelé, ce qui n'est pas le produit cible de l'assureur. « Donc la baisse en provenance de ce réseau n'est pas surprenante. C'est le cas depuis des années. »

Pour sa part, Transamerica a préféré ne pas répondre à cette question et Manuvie a référé le Journal de l'assurance au groupe de recherche Newlink Group, qui publie de fréquents rapports sur les réseaux de distribution, dont celui des comptes nationaux.

Son président, Byren L. Innes, indique que les chiffres du prochain rapport sur les comptes nationaux ne pourront être divulgués avant un mois. Mais M. Innes anticipe déjà une chute marquée des primes d'assurance vie universelle pour ce réseau. « Les ventes de nouvelles primes sont à la hausse pour trois comptes nationaux. Pour les autres, elles sont en baisse de 30 % dans l'ensemble. Je ne peux toutefois vous donner de noms. »

Par ailleurs, M. Innes estime que le nombre de police vendues demeure en moyenne le même au sein de l'ensemble des comptes nationaux. Du côté du nombre de polices vendues, il dit observer une transition graduelle vers des polices plus traditionnelles comme les vies entières, avec ou sans participation.

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