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Moisissures : la menace de l’avenir

par Sophie Boltz | 17 août 2012 11h15

Inondations dans la région de Québec, ouragan Irène en Montérégie, pluies diluviennes au Québec et en Ontario… À l’heure où les dégâts d’eau représentent pratiquement une réclamation sur deux au Canada, une nouvelle menace plane : la moisissure. L’expert en sinistre Alain Pelletier et l’ingénieur et microbiologiste Éric Walsh font front commun contre ce fléau.Les types de moisissures ne manquent pas, il en existe des milliers, selon Éric Walsh, du Cabinet d’expertise technique et légale. « Il y a différents genres de moisissures. Parmi ceux-ci, se trouvent des centaines d’espèces. Les moisissures n’engendrent pas toutes les mêmes effets toxiques. Certaines secrètent des toxines que nous pouvons absorber. D’autres secrètent des toxines qui nous affectent », indique-t-il en entrevue avec le Journal de l’assurance.

Selon M. Walsh, certaines moisissures peuvent entrainer des allergies, des infections, des démangeaisons, des rougeurs, mais aussi des écoulements nasaux. Il précise toutefois que des personnes sont particulièrement sujettes à développer des symptômes. C’est le cas des individus touchés par le rhume des foins.

Mais où s’installent ces moisissures? « Sur tous les matériaux », répond-il. Ce dernier mentionne que l’on peut en voir sur le bois, sur le gypse ou encore sur les tapis. « L’eau emmurée pose aussi des problèmes », précise l’expert en sinistre Alain Pelletier, de la compagnie Alain Pelletier Expertise en règlement de sinistres.

Pour se développer, les moisissures ont besoin de plusieurs éléments : de l’eau, de l’humidité et des nutriments. Elles projettent des spores dans l’air, qui contaminent d’autres lieux. M. Pelletier indique qu’il existe plusieurs niveaux de contamination. « Celles de niveaux 1 et 2 se contiennent. En revanche, face à une contamination de niveau 3 ou 4, il faut s’organiser », assure-t-il.

Y a-t-il plus de moisissures à l’heure actuelle que par le passé? M. Walsh dit que ce n’est pas forcément le cas. « Les assurés sont surtout plus à l’affut qu’avant. Ils sont mieux informés, fait-il remarquer. Il faut dire que les cas rapportés dans les médias sont extrêmes. »

Tous deux ont élaboré une approche qu’ils qualifient de « technique et structurée ». Selon eux, cette approche permettra aux assureurs de prévenir les réclamations, car les moisissures jouent souvent le rôle d’indices. « Une maison infestée par les moisissures peut connaitre par la suite une infiltration d’eau », donne en exemple M. Pelletier. Selon les deux professionnels, l’assureur peut alors recevoir une réclamation qu’il aurait pu éviter.

Autre avantage : cette approche peut permettre à l’assureur de se prémunir contre une plainte émanant d’un assuré. « Si l’assuré n’est pas d’accord avec la décision de l’assureur et qu’il décide de poursuivre ce dernier, nous disposons d’informations pointues qui permettent à l’assureur de documenter sa décision », dit-il.

Leur approche comprend un canevas d’enquête précis. La première étape est celle de l’inspection visuelle. Les deux experts inspectent les zones à proximité de la maison pour constater les éventuels dommages physiques. « Il peut s’agir de traces blanches, d’une défaillance dans la toiture ou encore d’un solage craqué », a affirmé M. Pelletier en entrevue au Journal de l’assurance. Au dire des professionnels, cette inspection dure entre deux et trois heures.

La seconde étape est celle de l’analyse de l’environnement. L’expert et le microbiologiste inspectent la maison pièce par pièce. « Nous utilisons un questionnaire rigoureux qui permet notamment de connaitre l’historique du bâtiment, mentionne-t-il. Nous sommes aussi attentifs aux odeurs. »

Dans un troisième temps, les deux professionnels mettent en place leur plan d’action. Ils retournent alors sur les lieux. M. Walsh, ingénieur et microbiologiste, s’intéresse à la structure sur laquelle poussent les moisissures et considère l’étendue des dommages. Il prélève un échantillon des matériaux pour analyse en laboratoire. « Nous voulons identifier les moisissures pour savoir si elles sont toxiques », poursuit M. Pelletier.

Si nécessaire, peut alors s’ensuivre l’évacuation d’une maison, puis un processus de décontamination. « Il faut déménager le contenu et se débarrasser de ce qui est contaminé », dit-il.

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