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Où s’en va la technologie en IARD? Les courtiers croient toujours au portail unique

par Hubert Roy | 30 mars 2008 15h32

Malgré l’abandon de la Centrale RCCAQ, les courtiers IARD du Québec croient toujours qu’un portail unique est essentiel à leur travail. Cependant, ils ne voient pas qui pourrait reprendre le flambeau pour mener à terme le projet après ce nouvel échec.« Seul un organisme indépendant comme le RCCAQ pouvait réaliser le projet. Si une entreprise privée tente de le faire, elle va prioriser ses intérêts avant ceux des courtiers. Si le RCCAQ et le Centre d’étude de la pratique d’assurance (CEPA) ont laissé tomber, qui prendra la relève? Personne. Ce n’est pas un bon Samaritain qui décidera de prendre le flambeau. De plus, les assureurs n’auront plus le goût de collaborer à un tel projet », soutient-il.

Serge Lyras, président du Groupe Lyras, doute que ce soit la fin du portail unique. « D’autres projets pourraient émerger. Ça va être difficile vu le nombre d’échecs. Dès que le RCCAQ en a parlé, plusieurs étaient sceptiques. Le fait d’abandonner va refroidir les différents joueurs. Ça ne veut pas dire qu’ils ne le regarderont pas, mais ils seront plus réticents », croit-il.

Denis Lanthier, président du cabinet Assurances Lanthier, pense que le portail unique est essentiel aux courtiers. « On ne peut pas lâcher notre planche de salut comme ça. Notre système est d’une lourdeur aberrante vis-à-vis le direct, qui continue à peaufiner son usine à saucisses. C’est ce qui handicape le courtier. Le cabinet qui doit mourir va mourir, mais celui qui est bien structuré et orienté vers le développement des affaires aurait pu bénéficier directement d’un processus opérationnel efficace. C’est pour ça que je suis amer, car politiquement, le dossier était piloté par le bon conducteur », dit-il.

Jean-Pierre Lasalle, président du Groupe Jetté et président du Groupe Cyr, partage son avis. « Il faut en arriver à une solution informatique. Le système bancaire a réussi à le faire. Je ne vois pas pourquoi l’industrie de l’assurance ne pourrait y arriver. C’est là qu’on arrivera à réaliser des économies de coûts. Je ne suis pas sûr qu’il y a une bonne volonté en ce sens », dit-il.

Bernard Provost, président du Groupe DPJL, estime que le manque de bonne volonté nuit au portail. « La Centrale était censée être révolutionnaire et tout d’un coup, on la lâche. Je n’y ai jamais cru et le temps m’a donné raison. Tout le monde dit qu’on devrait le faire, mais il y a un manque de sincérité de part et d’autre et c’est pour cette raison que ça ne se fait pas », dit-il.

Robert Beauchamp, président et chef de la direction d’Invessa assurances et services financiers, croit que le concept de portail unique est mort pour un bon bout de temps. « Tout projet qui arriverait avec une telle prétention ferait rire de lui », ajoute-t-il.

Jacques Tardif, vice-président d’AssurExperts, estime que le portail ne peut ressusciter que par le RCCAQ. « Personne ne croira que c’est faisable. Ce qui avait été présenté au congrès était réaliste. Si on ne le fait pas renaître, personne ne voudra créer une solution pour le courtage », affirme-t-il.

Anne Martel, présidente du cabinet Assurances Jacques Martel, pense que le concept de portail unique est probablement mort, mais souligne que tout évolue rapidement au niveau informatique. « On ne sait pas ce qui peut être développé dans le futur. Il faut toujours être ouvert à de nouvelles façons de faire », dit-elle.

Robert Dupont, président-directeur général de la bannière Intergroupe Assurances, se dit prêt à supporter un nouveau projet de portail si l’occasion se représente. « C’est une chose qui sera toujours requise. Un autre consensus pourrait survenir et faire qu’un tel projet pourrait revenir sur le tapis. Le projet de la Centrale était un beau dossier, mais dans un tel projet, il faut se fixer un échéancier de cinq à sept ans. On doit s’assurer de faire une analyse complète avant de lancer un tel projet. Le prochain qui tentera l’expérience partira peut-être de moins loin avec ce que le RCCAQ a fait. Il ne devra pas avoir peur des obstacles qu’il va rencontrer », soutient-il.

M. Dupont ajoute qu’il faut penser à répondre à certaines questions. « On fait quoi si un nouvel assureur vient s’installer au Québec? On l’intègre comment? Pour les renouvellements, il n’y a pas un assureur qui est pareil. De plus, qu’est-ce qu’on fait si un assureur offre un rabais, comme La Capitale assurance générales, vient de le faire pour les jeunes familles? Tu fais quoi si un assureur sort un produit? Si on s’était posé ces questions il y a 15 ans, on l’aurait notre portail », affirme-t-il.

De son côté, le Groupe Ultima n’a pas attendu une autre solution. La bannière a décidé de lancer son propre portail d’ici le mois de mai (voir texte en page 3).

Porte ouverte à la concentration

Robert Beauchamp est inquiet quant à l’indépendance des courtiers. « L’informatique va dicter la distribution et c’est déjà commencé. C’est une belle occasion pour certains assureurs d’augmenter la concentration en disant qu’il n’est pas possible d’avoir une solution d’industrie. C’est une décision lourde pour le réseau de courtage, plus que l’arrêt du projet lui-même », prévient-il.

Claude Chabot, président de la bannière Réseau Courtiers Unis et président du cabinet Paul-Eugène Chabot, se demande comment les courtiers pourront garder leur mandat s’ils n’ont pas d’entrée multifournisseur. « Je ne crois pas aux solutions des assureurs. Ça nous rend vulnérable. Ça va à l’encontre des besoins du consommateur. Le courtier risque simplement de pitonner dans le système d’un assureur car il y est habitué », spécifie-t-il.

Les courtiers partagés

Les courtiers interrogés par le Journal de l’assurance se disent partagés sur la décision du RCCAQ de ne pas poursuivre le développement de la Centrale. Ils estiment que le RCCAQ aurait dû demander de l’aide avant de tuer le projet.

Serge Lyras dit comprendre la décision du RCCAQ de ne pas vouloir se diriger vers un gouffre financier. Il ajoute que n’importe qui aurait fait la même chose. Il croit cependant que le RCCAQ a sous-estimé la possibilité d’avoir de l’aide pour investir dans le projet.

« Si le RCCAQ avait réuni les gens qui ont une influence et qui peuvent contribuer financièrement, il aurait probablement pu continuer. Tout le monde a été surpris de voir comment le dossier a été fermé rapidement », dit-il.

Anne Martel se dit en accord avec la décision du RCCAQ et ne la regrette pas. « Leur décision ne m’étonne pas. Leurs raisons sont fort louables et ils sont allés au fond des choses. Le Regroupement ne pouvait pas développer ce projet sur une marge de crédit », fait-elle valoir.

Denis Lanthier dit comprendre les raisons du RCCAQ. Il ajoute que la décision est terrible pour le réseau de courtage. « C’est inconcevable qu’on n’ait pas encore un portail. Ça devrait être réglé depuis belle lurette. Le concept de portail unique n’est peut-être pas mort, mais ça lui met du plomb dans l’aile. Ça vaudrait peut-être la peine de rouvrir un débat sur ce sujet », laisse-t-il entendre.

Jacques Tardif croit que le RCCAQ aurait pu obtenir de l’aide pour poursuivre le développement de la Centrale. « Le RCCAQ aurait dû convoquer une assemblée spéciale pour discuter de la question avec les constats qu’il avait. C’est une solution dont le courtage a besoin. Si ce n’était qu’une question d’argent, il aurait fallu voir si les courtiers étaient prêts à verser une cotisation spéciale et voir si les bannières étaient prêtes à faire quelque chose », avance-t-il.

M. Tardif ajoute que les courtiers auraient pu faire pression lors d’une telle assemblée. « Il y aurait eu une autre solution que de tirer la plogue. Il est dur de comprendre un tel geste unilatéral, alors qu’au dernier congrès, on nous demandait de signer des lettres d’intention », rappelle-t-il.

Claude Chabot croit que le RCCAQ aurait dû aller voir les assureurs avant de tuer le projet. « On aurait vu quels assureurs étaient vraiment intéressés à ce que ça fonctionne. Quand ça aurait fonctionné avec un ou deux petits assureurs, le reste aurait suivi », dit-il.

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