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Pilules du sommeil : des chercheurs dénoncent des prescriptions abusives

par Alain Thériault | 27 juin 2017 07h00

Photo : iStockphoto

Le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) a découvert que plusieurs patients reçoivent le somnifère zopiclone (Imovane) sur de trop longues périodes ou en trop fortes doses, et ce, malgré les mises en garde du fabricant et de Santé Canada.

L’enquête a été menée auprès de patients du CUSM, dont 1 049 patients qui ont reçu du zopiclone entre le 1er avril 2015 et le 31 mars 2016.

Dans la foulée d’un accident de voiture mortel survenu au Québec, et dont la cause a été l’utilisation d’un somnifère, le Collège des médecins avait d’ailleurs fait circuler auprès de ses membres les recommandations émises par le coroner en 2016, sur la prescription du zopiclone. Les recommandations du coroner reflétaient celles déjà émises par Santé Canada en 2014 : limiter la dose initiale à la plus petite qui soit efficace et ne pas dépasser un usage de 7 à 10 jours. Une dose maximale devrait être fixée pour les patients plus âgés, ou ceux aux prises avec de l’insuffisance rénale ou hépatique.

L’enquête du CUSM a révélé que plusieurs prescriptions étaient non conformes à ces recommandations, et à celle du fabricant (Sanofi dans le cas d’Imovane). En fait, 75 % des patients qui se sont fait prescrire du zopiclone ont reçu une dose minimale initiale trop forte. Quant à elle, la dose maximale recommandée a été dépassée pour 64 % des patients âgés de plus de 65 ans, contre 3,7 % pour les patients de moins de 65 ans. Des 607 patients admis au CUSM pour plus de 10 jours, 39 % ont reçu du zopiclone plus de 10 jours.

Dans l’étude publiée en anglais, les chercheurs placent le zopiclone sous le terme Z-Drugs, qui inclut plusieurs autres médicaments du même type. Ils rappellent que l’utilisation des Z-Drugs a crû de façon alarmante aux États-Unis. De 1993 à 2007, le nombre des prescriptions a augmenté cinq fois plus rapidement que le nombre d’insomnies diagnostiquées. Au Québec, le phénomène est moins accentué, car ces médicaments ne sont pas couverts par le régime public, dit l’étude. Mais plusieurs assureurs privés les couvrent, ajoutent-ils.

Or, ces médicaments sont tout sauf bénins, indiquent les chercheurs. Des études ont montré qu’il existe un lien entre une surmédication et des troubles de démence ou des risques accrus de chute avec blessures. Ils ne devraient selon l’article du CUSM être prescrits que pour de courtes périodes.

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