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Restauration après sinistre : les assureurs seront invités à imposer un programme de formation

par Justine Gaignard-Parent | 17 mars 2014 14h24

Lancé en septembre 2011 pour pallier le manque criant de main-d’œuvre qualifiée en restauration après sinistre, le programme d’apprentissage en milieu de travail (PAMT) tarde à se faire connaitre auprès des restaurateurs. Pour qu’il gagne en popularité, Envirocompétences, un organisme soutenu par Emploi-Québec pour valoriser les professions liées à l’environnement et ayant conçu le PAMT, souhaite que les compagnies d’assurance l’exigent auprès des restaurateurs après sinistre avec qui ils font affaire.Le PAMT connait toutefois un certain succès. Selon des chiffres qu’Envirocompétences a fournis au Journal de l’assurance, 31 entreprises du Québec ont des employés certifiés ou en démarche de formation au PAMT, sur un total de près de 300 compagnies de restauration après sinistre.

Depuis 2011, 34 travailleurs ont terminé leur PAMT et ont reçu une certification, et 116 sont en cours de formation, ce qui porte à 150 le nombre de travailleurs ayant participé ou participant au programme. Ce nombre représente toutefois moins de 10 % des travailleurs en restauration après sinistre, quand on considère que le secteur emploie 1 800 techniciens dans la province. Pour Stéphanie Trudelle, directrice de projets chez Envirocompétences, la force du programme PAMT vient du fait qu’un travailleur expérimenté transmet ses connaissances à un apprenti. « Avec la formule PAMT, pas question d’assoir les apprentis sur les bancs d’école. C’est dans leur propre milieu de travail qu’ils acquièrent les cinq compétences menant à l’obtention d’une certification en restauration après sinistre », dit-elle.

L’aspect santé et sécurité n’est toutefois pas à négliger non plus, dit Mme Trudelle. Le programme est trop récent pour que les impacts directs sur les accidents de travail en restauration après sinistre soient visibles, mais la directrice de projets donne en exemple le programme de PAMT en nettoyage industriel. « Avant que nous mettions en place le programme, il y avait eu 13 décès en cinq ans. Depuis, il n’y en a eu aucun », précise-t-elle.

Besoin criant

Pour Vincent Bégin, instigateur du projet et propriétaire de l’Académie Sélect, qui offre des formations en restauration après sinistre, le programme répond surtout à un besoin criant de formation de la main-d’œuvre dans le domaine. Même si plus de 1 000 personnes par année passent par son école, la majorité des travailleurs sur le terrain ont peu, sinon pas de formation, observe-t-il. Il évalue d’ailleurs à 20 % le nombre de techniciens ayant reçu une formation certifiée dans le domaine.

« Ce qui est triste, c’est que c’est l’assuré qui subit le manque de formation, mais aussi sa compagnie d’assurance, qui essuie des pertes financières quand tout est à refaire en raison d’un travail bâclé qui peut même empirer le sinistre », ajoute celui qui possède également la compagnie Fournitures Sélect.

Selon M. Bégin, le manque de formation des travailleurs en restauration après sinistre s’explique par les couts liés aux formations et le grand roulement d’employés dans les entreprises.

Le Journal de l’assurance a téléphoné à une quinzaine de compagnies de restauration après sinistre pour évaluer leur connaissance du programme PAMT. Des compagnies sondées, seules celles ayant été consultées pour l’élaboration du programme de formation ou de la norme de travail par Envirocompétences avaient entendu parler du PAMT, notamment Groupe Qualinet, Sinisco, Steamatic et Phoenix intervention après sinistre.

Des entreprises sondées qui ne connaissaient pas le PAMT, comme Boa Constructions et Polygon, plusieurs ont affirmé vouloir continuer à gérer la formation de leur main-d’œuvre eux-mêmes.

D’autres entreprises ont quant à elle préféré se fier à des formations privées préexistantes. « Nos techniciens sont formés à l’Académie Sélect et reçoivent les certifications de l’Institute of Inspection Cleaning and Restoration Certification (IICRC). C’est suffisant, selon nous », répond Daniel Rose, vice-président et directeur technique de l’entreprise Boa Constructions.

L’IICRC est un organisme à but non lucratif américain en restauration après sinistre. Les formations qu’il offre sont données par des formateurs certifiés. L’Académie Sélect de Vincent Bégin est l’un des piliers de ce type de formation au Québec. Loin de lui l’idée de croire que le PAMT peut devenir une formation concurrente à son école.

« Il y a différents niveaux de techniciens dans le domaine. Tous les techniciens devraient suivre le PAMT, et ceux qui veulent aller plus loin, les chargés de projets, par exemple, devraient passer au niveau supérieur, soit l’IICRC », explique le propriétaire de l’Académie en soulignant le caractère plus exhaustif et théorique de cette formation.

Stéphanie Trudelle, d’Envirocompétences, acquiesce à la complémentarité des deux programmes. « Les entreprises n’ont pas besoin que tous les travailleurs soient certifiés par l’IICRC. C’est une formation plus pointue. La majorité des compagnies ont au moins une personne qui a ces certifications de l’institut américain; c’est suffisant », élabore-t-elle.

Depuis la mise en place du PAMT, l’Académie Sélect n’a perçu aucune baisse de fréquentation de ses classes, où le cout des formations frôle les 800 $. Les quatre lettres sont rarement prononcées dans les locaux.

« Je me souviens de deux personnes qui avaient suivi le PAMT et qui venaient à l’Académie parce qu’elles allaient devenir formatrices », se rappelle Nancy Macdonald, directrice générale de l’Académie Sélect.

Les assureurs dans la ligne de mire d’Envirocompétences

Selon Envirocompétences, le meilleur moyen de faire connaitre le PAMT est de convaincre les donneurs d’ouvrage et les compagnies d’assurance d’exiger cette formation de base chez les entreprises de restauration après sinistre qu’ils embauchent. « Certains donneurs d’ouvrage l’exigent, comme certains Centres de santé et de services sociaux (CSSS). On voit vraiment que le programme est de plus en demandé », dit Stéphanie Trudelle, qui rencontrera les compagnies donneuses d’ouvrage, notamment plusieurs assureurs, le 20 mars prochain. Ironiquement, Emploi-Québec, qui finance le PAMT d’Envirocompétences, n’exige pas la certification lorsqu’il octroie des contrats en restauration après sinistre.

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