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Swiss Re craint que les « super-virus » l’emportent sur les antibiotiques

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par Hubert Roy | 28 novembre 2018 11h30

Qu’arrivera-t-il si les antibiotiques n’arrivent pas à contrer les « super-virus » ? Le risque de pandémie serait alors bien réel, selon Swiss Re.

Selon des données compilées par le réassureur, 131 109 tonnes d’antibiotiques ont été produites à travers le monde en 2013. En 2030, on s’attend à ce que ce chiffre atteigne 200 235 tonnes.

Usage courant en agriculture

« Utiliser des agents antimicrobiens est devenu une routine dans le milieu de l’agriculture, a affirmé Thomas Van Boeckel, de l’École polytechnique fédérale de Zurich, lors d’un évènement tenu par Swiss Re sur le sujet. Les antibiotiques qui y sont utilisés permettent aux animaux de grandir plus rapidement, augmentant les profits de l’industrie alimentaire. »

Le problème, dit M. Van Boeckel, c’est que les bactéries et virus s’adaptent. Ils peuvent alors trouver un hôte humain, qui en affectera d’autres à son tour, particulièrement chez les jeunes et les ainés. « On ne peut sous-estimer le risque à la santé publique qui en découle », dit-il.

Les couts de la résistance aux antibiotiques

Au Royaume-Uni, le National Health Service a investi plus de 180 millions de livres anglaises pour contrer les super-virus, rapporte Swiss Re. Aux États-Unis, le Centre for Disease Control estime qu’en 2013, la résistance aux antibiotiques a généré des couts supplémentaires de 20 milliards de dollars (G$), qui à leur tour, ont causé des pertes de productivité de 35 G$.

Quelle est la cause principale de cette résistance aux antibiotiques ? De nombreux experts interrogés par Swiss Re estiment que la surconsommation d’antibiotiques est à pointer du doigt. Il faut donc en venir à changer les pratiques des médecins, avancent-ils.

« On retrouve des pays trop laxistes qui permettent d’acheter des antibiotiques en vente libre. Sans compter les pharmacies en ligne non autorisées qui en vendent. Il faut changer cela », a confié à Swiss Re Jennifer Rohn, professeure et biologiste au University College, à Londres, au Royaume-Uni.

Les longs traitements rapportent plus aux pharmas

La structure d’investissement de l’industrie pharmaceutique est aussi à blâmer, selon les experts interrogés par Swiss Re. Ils font remarquer que cette industrie investit des milliards de dollars dans des traitements contre le cancer, l’arthrite, le cholestérol et la pression sanguine. Il s’agit là de médicaments que les patients doivent prendre pendant des décennies, à l’inverse des antibiotiques, dont la prise ne dure que quelques jours. Il est donc beaucoup plus profitable pour l’industrie pharmaceutique d’investir dans des médicaments qui demandent des traitements à long terme.

Le réassureur avance que pour éviter les pandémies, il faudra trouver des façons novatrices de financement pour s’assurer que les antibiotiques demeurent efficaces à l’avenir.

Un exemple d’innovation

Swiss Re donne pour exemple l’initiative d’un assureur santé allemand, dont elle ne dévoile pas l’identité, qui a investi dans un fonds technologique dédié à la santé. Or, il est illégal pour un assureur en Allemagne d’investir dans de tels segments. Cet assureur s’est donc associé à une banque pour garantir le risque de son investissement.

« De telles solutions innovantes, incluant celles en assurance, pourraient apporter un important soutien à la guerre aux bactéries pandémiques. Mais comme ces discussions ne font que s’amorcer, il pourrait s’écouler beaucoup de temps avant que les industries de l’agriculture et des pharmaceutiques soient prêtes à joindre le front », indique Bernd Wilke, directeur senior, risques émergents, chez Swiss Re.

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