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Vie universelle : troisième hausse en moins de deux ans

par Alain Thériault | 13 septembre 2012 13h01

Les bas taux d’intérêt à long terme continuent de gruger la rentabilité de l’assurance vie universelle à cout nivelé. Dans l’espoir de redresser la situation, les assureurs haussent son prix une fois de plus. Ils prévoient déjà une quatrième vague si les taux persistent à la baisse.Plusieurs assureurs passeront à la caisse en septembre en haussant le prix de leurs produits d’assurance vie universelle à cout nivelé, pour couvrir leurs engagements à long terme envers les assurés. Ils doutent toutefois que cela soit suffisant.

Les bas taux d’intérêt à long terme affectent particulièrement les marges de rentabilité de ce produit, dont les primes sont garanties à vie. Chaque fois qu’ils baissent, ils magnifient les promesses envers les titulaires de ces polices pour les 20, 30, 40 prochaines années. Or, les taux n’ont jamais été aussi bas. Le 27 aout, les obligations du Canada à long terme (au-delà de 10 ans) offraient un taux d’intérêt de 2,38 %, contre 3,01 % un an plus tôt, selon la Banque du Canada.

Au moment de fermer la présente édition, des joueurs majeurs ont officialisé cette troisième ronde de hausses des prix en vie universelle. Financière Sun Life et Canada-Vie ont chacune annoncé une hausse de leurs prix de vie universelle à cout nivelé pour le 17 septembre. Ils arrivent ainsi sur les talons de Financière Manuvie, qui a posé ce geste en juillet.

Chez Sun Life, ce sont les produits Universelle Sun Life, Universelle Sun Life MAX et Vie primes limitées Sun Life qui écopent. La hausse atteint 3 % pour les deux premiers produits et 5 % pour le troisième.

Paul Fryer, vice-président, gestion des affaires de l’individuelle à la Financière Sun Life, a rappelé que les taux d’intérêt sont un ingrédient clé de la tarification des produits permanents à cout nivelé garanti, comme la vie universelle.

« Une chute marquée des taux d’intérêt à des creux historiques, combinée à des taux qui restent bas, ont mené à trois vagues de hausses du cout nivelé. Cela prouve la difficulté de prédire ce qui va arriver. Toute détérioration future de l’environnement économique pourrait entrainer d’autres hausses », a-t-il confié en entrevue au Journal de l’assurance.

Pour expliquer la hausse du cout nivelé de 7 % pour toutes les tranches d’âge de Vie universelle Millénium, Canada-Vie livre un message similaire. « Notre augmentation, qui a été annoncée récemment et qui entrera en vigueur en septembre, reflète la persistance des taux d’intérêt à la baisse et l’impact de cet environnement sur les investissements qui appuient le passif de nos produits. D’autres hausses pourraient être nécessaires si les taux d’intérêt continuent de chuter », dit Saundra Edwards, vice-présidente adjointe au marketing et développement de produits en assurance vie individuelle chez Great-West, Canada-Vie et London Life.

Dans le cas du cout d’assurance du produit à période déterminée de versement, la hausse atteint environ 11,5 % pour toutes les tranches d’âge. « Les augmentations de taux seront plus élevées pour la tranche d’âge de 20 à 50 ans », indique un mémo envoyé aux conseillers, et dont le Journal de l’assurance a obtenu copie. Le cout d’assurance uniforme augmentera d’environ 12,5 % et celui à période déterminée, d’environ 18,5 %, pour la tranche d’âge de 20 à 50 ans.

Ces hausses arrivent sur les talons de celles apportées par la Financière Manuvie au cout nivelé de l’ensemble de ses produits de vie universelle, où les changements s’enchainent. Manuvie modifiera des options de placement, le 22 septembre, sur ses produits InnoVision, UltraVision, Securité VU, Paiement limité VU, Sécurité Vie Universelle et VU 100 Navi-vision.

À partir de cette date, les primes investies par les assurés dans le compte indiciel équilibré de tendances économiques seront transférées dans le compte indiciel équilibré de croissance. Celles investies dans le compte Manuvie d’actions canadiennes seront transférées dans le compte Fidelity canadien à grande capitalisation. Le contenu du compte Manuvie Simplicité agressif sera transféré dans le compte Manuvie Simplicité croissance.

Baisse des rendements garantis

L’effet cumulatif de ces rondes donne une hausse moyenne globale de 30 % à 40 % dans le marché canadien du cout nivelé, estime Louis-Charles Leclerc, directeur des produits d’assurance individuels à l’Industrielle Alliance. Pourtant, il a confié en entrevue au Journal de l’assurance que l’assureur n’est pas tout à fait à l’aise avec le niveau actuel de ses primes. « Les assureurs sont en mode rattrapage, car les taux d’intérêt à long terme ont trop baissé. Ils sont un peu en mode survie pour les produits permanents. »

Autre avenue : limiter les promesses de rendement. « Si les taux se maintiennent à la baisse, il est fort probable que nous fassions une 4e hausse et que nous baissions nos garanties du taux d’intérêt crédité à nos options d’investissement à revenu fixe », dit-il.

Baisser les garanties de rendement est devenu critique pour la rentabilité des produits à cout nivelé. Il y a à peine deux ans, les assureurs promettaient couramment de créditer un taux d’intérêt d’au moins 3 % à 3,5 % au compte à intérêt garanti 10 ans de leurs polices universelles. La baisse des taux les a depuis forcés à réduire leurs promesses de rendement, ce qu’ils ont fait massivement, au cours des dernières semaines.

Le 17 septembre, Sun Life a abaissé à 0,5 % le taux minimum d’intérêt crédité à ses comptes à intérêt garanti (CIG) de cinq ans. Le taux minimum d’intérêt crédité aux CIG de 10 et 20 ans passe pour sa part à 1,5 %. Le taux minimum d’intérêt crédité au portefeuille géré à long terme du produit à paiements limités est quant à lui réduit à 1,5 %.

Canada-Vie ramène le taux des options de dépôts à intérêt garanti (DIG) de cinq ans de 1,5 % à 0,5 %. Celui des DIG de dix ans est ramené de 2 % à 1,5 %. Le taux d’intérêt crédité pour les options de DIG de cinq ans du compte Millénium est quant à lui ramené de 2,75 % à 2,0 %.

De son côté, Foresters a diminué ses taux d’intérêt minimums garantis de sa police vie universelle, le 17 septembre. Ils sont maintenant de 0 % pour l’option à intérêt garanti un an, 0,25 % pour l’option à intérêt garanti trois ans, 1 % pour l’option à intérêt garanti cinq ans et 1,5 % pour l’option à intérêt garanti huit ans. Auparavant, l’assureur offrait 2,5 % de taux d’intérêt minimum garanti sur toutes ses options à intérêt garanti.

« Garantir un taux de 3 % pour un compte à intérêt d’une vie universelle oblige l’assureur à investir dans des actifs dont le rendement avoisine les 5,25 % », rappelle M. Leclerc. Cet écart représente les frais qu’entrainent les salaires, les dépenses (dont les commissions aux conseillers), les autres bonis crédités à la vie universelle et la marge de profit de l’assureur. « C’est un autre des volets qui affectent la rentabilité du produit, dit-il. Rien ne se perd, rien ne se crée. »

Si rien ne se crée, quelques joueurs ont « perdu » leur produit en cours de route. Après RBC Assurances au début de l’été, Foresters cessera pour sa part d’offrir la vie universelle Passeport à cout nivelé, le 17 septembre, pour ne garder que sa version à taux renouvelable annuellement (TRA).

Assomption Vie a cessé d’offrir sa vie universelle Odyssée, en juillet, parce qu’elle ne cadrait plus dans son modèle d’affaires, axé sur les produits accessibles aux conseillers par Internet.

La mutuelle établie à Moncton, au Nouveau-Brunswick, a d’ailleurs révélé que 9 produits sur 10 sont vendus sous cette forme, et que les produits retirés ne comptent que pour 12 % de ses ventes. Or, la mutuelle ne cache pas non plus l’impact des taux d’intérêts sur sa décision, qui a aussi entrainé la fin de plusieurs autres produits.

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