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Vol auto : les assureurs ont du pain sur la planche

par Vicky Poitras | 29 avril 2008 19h24

Les assureurs ont encore du travail à faire pour réduire le nombre de véhicules volés au Québec. Former les assurés, bien distinguer le bon du mauvais dans les solutions proposées et améliorer la tarification sont quelques-uns des défis qui les attendent.Serge Lescarbeau, vice-président d’Info-Crime et directeur au développement des affaires et comptes majeurs chez Belron Canada, croit que les assureurs doivent être de meilleurs éducateurs. Il compte rencontrer tous les assureurs d’ici la fin de 2008 pour les sensibiliser à ce sujet. Il ajoute que l’idéal est d’avoir deux systèmes de protection sur son véhicule. Le repérage vient contrer la revente à l’étranger, tandis que le marquage prévient le vol des pièces.

« Les assureurs sont devant une panoplie de systèmes, mais font mal comprendre aux gens que le système antivol est payé avec le rabais qu’ils offrent. Les gens ne calculent pas comme ça. Il compte ce que ça leur coûte par mois. L’assureur aurait intérêt à expliquer à l’assuré comment se volent les véhicules au Québec. Les gens ne le savent pas. Ils doivent mieux les informer des produits disponibles et de leur utilité. Les assureurs connaissent mal ces systèmes et ne peuvent donc pas donner cette information », affirme-t-il.

M. Lescarbeau signale que la plupart des gens qui s’équipent d’un système de repérage ou de marquage s’équipent d’un système de base « Les assurés se font forcés la main de mettre un dispositif sur leur véhicule et ils ne prennent pas le plus sophistiqué. Il faut comprendre le consommateur et c’est à nous de l’aider », dit-il.

Nouvel antivol

Belron Canada travaille à développer un nouveau système qui viendra appuyer le repérage et le marquage. « Il ferait la même chose qu’un dispositif alcootest. Si l’automobiliste ne parvient pas à le faire fonctionner, les klaxons se déclenchent et les lumières s’allument, ce qui attire l’attention. Le moteur finit par arrêter si la personne ne souffle pas dans le dispositif », révèle M. Lescarbeau.

Il reconnaît que certains assureurs ont des programmes incitatifs favorisant l’installation des systèmes de protection. « Les assureurs pourraient offrir des rabais additionnels si deux systèmes étaient installés. Si un assuré choisit trois systèmes de protection, l’assureur sera-t-il intéressé à lui offrir un rabais pour cela ? Si oui, l’assuré sera intéressé à en mettre plus. Sinon, il en mettra juste un », fait remarquer M. Lescarbeau.

Selon une tournée effectuée par le Journal de l’assurance, les assureurs ne sont pas tous au même niveau quant aux rabais offerts selon le nombre de protection qu’a un véhicule. Le Groupe Promutuel, Assurances Banque Nationale et Desjardins Groupe d’assurances générales offrent tous des rabais selon le nombre de protections qu’a un véhicule, mais ceux-ci peuvent varier selon la région et la marque du véhicule.

Chez les assureurs à courtage, les choses diffèrent quelque peu. Selon Aldo Arcaro directeur plans et programmes en assurance des particuliers à L’Union Canadienne, il n’y a que deux assureurs à courtage qui offrent des rabais selon le nombre de protection, dont son employeur.Chez

ING Assurance, on reconnaît qu’il n’y a pas de rabais offert selon le nombre de protection. « Ce serait probablement une bonne chose à faire, mais est-ce que ça vaudrait l’effort déployé? Nous n’en sommes pas certains. Pour certains véhicules, on exige que les deux systèmes soient installés, sinon on ne l’assure pas. On remarque aussi que pour les véhicules de très haute valeur, un seul système de protection ne suffit plus. Les voleurs semblent penser qu’il vaut la peine de le déjouer pour les Hummer de ce monde. On est en train de se poser des questions à ce sujet », explique Pierre Lepage, vice-président, assurance aux particuliers, chez ING.

Aldo Arcaro fait remarquer que les rabais n’offrent pas la solution idéale contre le vol automobile. L’Union Canadienne préfère miser sur des normes sévères pour accréditer les nombreux fournisseurs de systèmes de protection contre le vol automobile.

« Il y a une compétition féroce à ce niveau et certains fournisseurs de repérage par GPS laissent le soin à l’assuré de suivre lui-même son véhicule. C’est la dernière chose qu’on veut. On voit aussi des compagnies de marquage qui donnent un dédommagement si le véhicule n’est pas retrouvé. Le hic, c’est que ce dédommagement est seulement applicable chez le concessionnaire auto. On observe une autre tendance que nous n’aimons pas : certains fournisseurs paient une commission à des courtiers pour référer des clients. Rendu là, on débarque. Ils n’ont pas besoin de ça. Si le système est bon, il est bon », fait valoir M. Arcaro.

Forte pression

Serge Lescarbeau reconnaît que la pression est forte chez les assureurs et que la compétition a fait baisser les prix d’installation des dispositifs anti-vol, avec les inconvénients que cette situation entraîne. « À 69 $ l’installation, ça ne prend pas trois heures pour installer un dispositif. Les voleurs le savent et déjouent les systèmes de base », précise-t-il.

Freddy Marcantonio, directeur du développement des assurances et distribution stratégique chez Repérage Boomerang, abonde dans le même sens.

« Les assureurs sont pris dans un climat très compétitif lorsqu’il y a un marché mou. Ils doivent toujours composer avec la gestion des risques à long terme et la course aux profits à court terme. Les assureurs auraient aussi avantage à obliger les propriétaires des véhicules de moindre valeur, figurant parmi les marques les plus volées au Québec, à avoir un dispositif antivol de marquage ou de repérage », relève-t-il.

André Drolet, directeur national du développement des affaires de Marquage Antivol Sherlock, affirme que les assureurs collaborent très bien pour mettre en place des choses valables. Le problème, c’est qu’ils ont de la difficulté à reconnaître le bon grain de l’ivraie. C’est pourquoi ils doivent être bien informés.

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