Le diabète qui coexiste chez le même individu avec l’obésité gagne en prévalence partout dans le monde, particulièrement auprès des jeunes en Occident. Mondialement appelé « diabesity », ce phénomène se combine souvent à l’hypertension. Le dangereux cocktail pourrait réduire l’espérance de vie des jeunes par rapport à celle de leurs parents.

Ex-PDG du Groupe entreprise en santé, Marie-Claude Pelletier offre ses services de consultation aux employeurs à travers sa firme Groupe Levia. Elle a partagé avec le Journal de l’assurance les principaux résultats d’une recherche présentée au Congrès annuel de l’Institut canadien de la retraite et des avantages sociaux (ICRA), le 16 septembre.

Intitulée La santé et le mieux-être au travail : Perspectives internationales et canadiennes, l’étude réalisée en 2015 repose entre autres sur 25 entrevues téléphoniques. Celles-ci se sont déroulées auprès de références ciblées en Europe, dans certains pays émergents et en Amérique du Nord. Mme Pelletier y a noté une préoccupation majeure : la pérennité des régimes d’assurance collective. « Les employeurs se demandent comment faire face à des enjeux comme le vieillissement de la force de travail et les maladies chroniques », dit-elle.

Ses recherches ont pointé vers des maladies en forte croissance partout dans le monde. Au Canada, la prévalence de l’hypertension s’est accrue de 77 % dans les 11 dernières années, le diabète s’est accru de 45 % durant cette période et l’obésité de 18 %, révèle entre autres son étude.

Ensemble, ces trois troubles forment l’enjeu de santé qui connait la plus forte croissance dans les pays industrialisés. Les jeunes sont particulièrement touchés. « Nous observons des chiffres inquiétants au niveau des jeunes, notamment dans l’augmentation des cas d’hypertension », a confié Mme Pelletier.

Commentaires d’experts

Aussi présents lors du partage de l’étude avec le Journal de l’assurance, Mario Messier, médecin du travail et directeur scientifique du GES, et Emmanuelle Gaudette, conseillère principale en gestion de l’absentéisme, de l’invalidité et de la santé chez Towers Watson, ont commenté ces résultats.

Pour sa part, M. Messier a observé que les cas de diabésité sont en hausse marquée chez les jeunes. « Le taux d’obésité chez les enfants a pratiquement triplé depuis 25 ans. Il y a plus de cas de diabète liés à cette hausse de l’obésité », a révélé le médecin.

Le diabète impliqué dans les cas de diabésité est celui de type II, ajoute M. Messier. « Il s’agit d’une résistance à l’insuline. Les tissus ne peuvent utiliser normalement l’insuline produite par le corps, même si le pancréas fonctionne bien », explique-t-il.

Selon lui, il s’agit d’un des enjeux de santé qui grossit le plus rapidement. M. Messier estime que l’on pourrait prévenir 90 % de ces cas, simplement en adoptant des habitudes de vie plus saines. Si les prédiabétiques sont pris en mains, ils peuvent s’en sortir, dit-il.

Une prise de conscience urge, soutient de son côté Marie-Claude Pelletier. « Si nous ne changeons rien, l’espérance de vie des jeunes sera plus courte que celle de la génération précédente. Dans certains pays, nous observons que des enfants de huit ou neuf ans ont déjà une santé hypothéquée », dit-elle.

Elle rappelle que cinq générations se côtoieront dans les milieux de travail. Alors que la population vieillissante pèsera de tout son poids sur les dépenses de médicaments des régimes collectifs, les plus jeunes se pointeront au travail avec un bilan de santé déjà mitigé.

Les sédentaires au pilori

Quelle que soit la strate d’âge observée, la sédentarité semble l’ennemi à abattre. Elle amène son lot de problèmes en entreprise, dont l’absentéisme. Mme Pelletier rappelle que le cout direct de l’absentéisme a représenté au Canada 2,4 % de la masse salariale brute des entreprises (2011-2012), soit une ponction de 16,6 milliards de dollars (G$) dans l’économie canadienne.

« Le travailleur sédentaire aura en moyenne sept jours d’absence de plus par an que celui qui fait de l’exercice », révèle Mme Pelletier. Elle définit le sédentaire par celui qui ne fait pas au moins trois périodes de 30 minutes d’exercice par semaine.

Facteurs de risques

Selon d’autres données qu’elle a recueillies, Mme Pelletier observe que les employés affichant plusieurs facteurs de risque enregistrent deux fois plus de jours d’absence et engagent de trois à quatre fois plus de frais pour soins de santé que les employés qui n’ont pas de facteurs de risque. La corrélation est directe, ajoute-t-elle : « Plus il y a de facteurs de risque, plus il y a de journées d’absence. Identifier ces facteurs de risque permet d’agir en amont, avant que la personne ne soit malade. »

Les fumeurs imposent aussi un lourd passif dans le bilan de santé des entreprises. Selon un rapport du Conference Board du Canada, selon lequel chaque fumeur aurait couté en moyenne à son employeur pour l’année 2012 plus de 4 200 $ en perte de productivité, soit plus de 3 800 $ à cause de pauses cigarette non autorisées et plus de 400 $ en raison de l’absentéisme. Ce montant a augmenté de plus de 25 % depuis une estimation réalisée en 2005 par le Conference Board.


L’importance de veiller à la santé mentale des travailleurs

Lors de ses entrevues pour réaliser son étude, Marie-Claude Pelletier, de Groupe Levia, a pu constater une fois de plus l’importance de la santé mentale en entreprise.

« C’est la quatrième cause d’invalidité dans le monde et la première dans les pays industrialisés », rappelle-t-elle. Les troubles mentaux n’entrainent pas que l’absentéisme puisque 81 % des couts qu’ils entrainent pour les entreprises sont liés à la baisse de productivité, « soit le présentéisme », ajoute-t-elle. Si l’employé doit quitter, l’entreprise a intérêt à bien planifier le retour. « Si le retour au travail n’est pas bien orchestré, l’employé à la moitié des chances de retomber en invalidité », dit-elle. Selon Mme Pelletier, de telles données montrent à quel point les programmes de prévention et de retour au travail peuvent être rentables pour les entreprises. À ceux qui déplorent le manque de statistiques quant au retour sur l’investissement de ces initiatives, elle rétorque qu’il faudrait aussi commencer à identifier le cout de ne rien faire.

« Tout le monde recherche des mesures du retour sur l’investissement, mais il faut aussi se doter d’une méthodologie solide lorsque l’on implante un programme. Si le programme n’est pas intégré, s’il est non structuré et incomplet, il ne faut pas s’attendre à obtenir un retour », lance Mme Pelletier.  Emmanuelle Gaudette, de Towers Watson, acquiesce. Dans sa pratique, elle constate que le présentéisme représente au moins les couts directs de l’absentéisme. Elle tente de sensibiliser ses clients à cette réalité. « C’est là que l’entreprise entre en jeu et qu’elle peut faire la différence, en acceptant de mesurer non seulement l’impact de l’absentéisme sur ses ressources humaines, mais aussi celui du présentéisme », dit-elle.

Ultimement, la prévention fera baisser les réclamations. « Il est très important que la détection survienne le plus tôt possible, afin d’éviter une absence ou au moins d’en limiter la durée », ajoute Mme Gaudette.  Or, il y a encore du travail à faire. « Les programmes de santé et de prévention en milieu de travail sont un domaine en pleine effervescence. Les programmes de Financial Wellness (bien-être financier) sont quant à eux une autre vague. Ils seront de plus en plus présents dans les programmes aux entreprises. Mais il faut convaincre les entreprises d’implanter ces programmes en milieu de travail. C’est là que le bât blesse. Parfois, nous tentons trop de convaincre du point de vue du retour sur l’investissement, parfois trop du côté humain. Il faut viser un juste milieu », constate la conseillère de Towers Watson.


L’obésité frappe durement les enfants

L’obésité gagne du terrain chez les enfants, et s’accompagne trop souvent de problèmes d’hypertension et de diabète. Selon les données recueillies sur la taille et le poids de 2007 à 2009 par l’Agence de la santé publique du Canada, environ un adulte canadien sur quatre était obèse. « Chez les enfants et les jeunes de six à dix-sept ans, 8,6 % sont obèses », ajoutait l’Agence.

L’organisme public a découvert qu’entre 1981 et la période allant de 2007 à 2009, les taux d’obésité ont presque doublé chez les hommes et les femmes et dans la plupart des groupes d’âge chez les adultes et les jeunes. L’Agence ajoute que des estimations plus anciennes indiquent que 6,3 % des enfants âgés de 2 à 5 ans sont obèses.

Dans la plupart des groupes d’âge d’enfants et de jeunes, l’Agence signale que l’obésité prévaut davantage chez les garçons que les filles.

« Les couts économiques de l’obésité ont été évalués à 4,6 milliards de dollars (G$) en 2008, soit une hausse de 19 % par rapport aux 3,9 G$ en 2000, si l’on tient compte des couts associés aux huit maladies chroniques les plus souvent liées à l’obésité. Les estimations s’élèvent à près de 7,1 G$ quand elles sont fondées sur les couts associés aux 18 maladies chroniques liées à l’obésité », a aussi révélé l’étude de l’Agence.

Selon l’organisme, les facteurs qui influent sur l’obésité sont, notamment, l’activité physique, la diète, le statut socio-économique, l’ethnicité, l’immigration et les facteurs environnementaux. Des études donnent à penser que les augmentations de l’obésité peuvent traduire davantage des augmentations d’adiposité que des augmentations de la masse musculaire, note aussi l’Agence.

Les données publiées par Statistique Canada en 2015 démontrent que deux des plus importants troubles de santé liés à l’obésité gagnent aussi du terrain chez les jeunes.