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Accalmie dans la réassurance canadienne sur le front des tarifs

par Vicky Poitras | 09 novembre 2006 20h12

À quoi ressembleront les tarifs de réassurance l’an prochain? Au moment de mettre sous presse, les négociations entre assureurs et réassureurs allaient bon train. De nombreux acteurs interrogés ont donc évité de sauter aux conclusions. Tout au plus ont-ils écarté toute hausse pour 2007.Les opinions divergent quant aux tarifs de réassurance 2007. Certains parlent d’une baisse moyenne variant entre 5 et 10%. D’autres suggèrent plutôt le statu quo.

Lors du rendez-vous annuel de l’industrie de la réassurance organisé par AON Canada, à Toronto, le premier novembre dernier, les mots « marché mou » ont marqué les conversations, selon une source qui a préféré garder l’anonymat.

La présentation d’un des conférenciers était on ne peut plus claire : tous les indicateurs pointent dans cette direction. Vincent J. Dowling, cofondateur de la firme américaine de recherche Dowling & Partners Securities LLC, spécialisée dans l’industrie de l’assurance, a même parlé de « cheating phase ». Dans sa présentation, il a insisté sur les cycles qui marquent l’industrie de l’assurance de dommages. Cycles qu’il a qualifiés ainsi : douleur, peur, restauration et tricherie. Selon lui, la phase de restauration se serait étirée de 2001 à 2006.

Mais, comme il est d’usage avec l’industrie de la réassurance, les effets d’un changement de cap effectué par les principaux joueurs de l’industrie se fait toujours ressentir avec un certain décalage par rapport au marché de l’assurance.

« Il est clair que nous nous dirigeons vers un marché mou, insiste François Dagneau, vice-président principal, directeur du bureau de Montréal chez AON Re, courtier de réassurance. Cette tendance se dégageait clairement au 1er juillet, car les renouvellements étaient déjà en baisse du côté des biens. » Une grande quantité de traités de réassurance sont renouvelés en juillet, mais la majorité le sont en janvier.

Marché semi mou

Un marché mou est caractérisé par des tarifs à la baisse et un certain relâchement du côté de la souscription. L’industrie a-t-elle donc perdu de sa discipline?

« Je ne crois pas que les réassureurs tarifent en bas de la rentabilité, répond M. Dagneau. Car les tarifs sont à un maximum historique ou très près de l’être au Canada. Les résultats financiers des réassureurs sont excellents. J’estime qu’il y a de la marge pour baisser les prix. »

D’autant plus que les nouveaux réassureurs bermudiens, qui ne se sont pas imposés agressivement sur un marché traumatisé par les catastrophes en répétition que furent le 11 septembre, Katrina et consorts, lorgnent désormais le Canada. Ils y voient une façon de se diversifier géographiquement.

C’est que le marché américain, le plus riche du monde, n’est plus aussi attrayant qu’auparavant. Les catastrophes et poursuites en série ont durci un paysage où les primes augmentent en flèche. Des sources affirment qu’en dommage, la hausse se situait en moyenne entre 50% et 70% en janvier dernier, selon la nature des portefeuilles. Un autre 50% s’est imposé en juillet. Et d’autres hausses sont à prévoir le mois prochain. En fait, l’industrie de la réassurance mondiale se départage désormais en deux marchés : les États-Unis et le reste du monde, où figure le Canada.

« Le modèle économique des réassureurs a changé depuis Katrina, ajoute M. Dagneau. Il est désormais plus près de celui des agences de notation. Les catastrophes naturelles sont largement pénalisées aux États-Unis. L’absence de diversification l’est autant. »

Pour diversifier leurs risques, les réassureurs lorgnent des sphères d’activités et des territoires nouveaux. Un phénomène qui a son impact sur le marché canadien, où les courtiers constatent une hausse de la capacité disponible.

Ce qui se répercutera éventuellement sur les tarifs. M. Dagneau est de ceux qui prévoient une baisse moyenne se situant entre 5 et 10% en catastrophe. « En responsabilité civile, je penche pour une certaine stabilité, dit-il. Car les tarifs ont grimpé de façon générale plus tardivement qu’en assurance pour les biens. Et nous disposons de moins de capacité, surtout pour les basses tranches. » Par basse tranche, on évoque des risques de « petite » taille, soit ceux qui ne s’adressent pas aux géants de notre économie.

Le marché de la responsabilité civile est encore traumatisé par la crise de l’assurance automobile en Ontario. Plusieurs années après les réformes apportées par cette province, des sinistres sont encore enregistrés chez assureurs et réassureurs. Le dynamisme n’est donc pas de mise dans ce marché.

« Il faut comprendre qu’en responsabilité, le risque est étalé sur plusieurs années, explique Jean-Jacques Henchoz, président de Suisse de Ré du Canada. C’est pourquoi je n’entrevois pas d’énormes variations de tarifs dans ce marché pour longtemps. Car nous voulons être disponibles dans une vingtaine d’années pour soutenir nos clients. Pour faire cela, il nous faut faire preuve de discipline. »

M. Henchoz estime qu’en responsabilité, les risques sont de plus en plus complexes et les expositions plus élevées que par le passé. Les réassureurs se sentent plongés dans une certaine incertitude, notamment en assurance automobile et dans certains risques de l’assurance des entreprises.

Pas de baisse

Toutefois, M. Henchoz se montre beaucoup plus réservé quant aux mouvements sur le front des tarifs. Il n’entrevoit tout simplement pas de baisse significative en 2007. Point à la ligne.

« Nous sommes une industrie qui regarde à long terme, fait-il remarquer. L’année 2005 fut la pire de l’histoire de l’industrie de l’assurance. Je me souviens très bien de la discussion que j’ai eue à ce sujet avec le Journal de l’assurance il y a un an. Or, 2005, ce n’est pas de l’histoire ancienne. Cette anus horribilis a eu un impact significatif sur la capacité mondiale de notre industrie. Cette situation ne s’est pas résorbée d’un coup. »

M. Henchoz ajoute qu’à la suite des pertes faramineuses enregistrées chez les assureurs et réassureurs dans le monde, en 2005, les agences de notation et les réassureurs ont modifié leur approche. Ces derniers ont bouleversé la modélisation de leurs risques. Ils ont dû aussi revoir leurs réserves. La capacité mondiale en a été d’autant affectée. Elle a diminué partout, y compris au Canada.

« Nous tenons également compte de ce qui se passe localement, poursuit-il. En 2005, le marché canadien fut notamment affecté par la tempête du siècle en Ontario, qui s’est traduite par une perte assurée de 500 M$. À celle-ci se sont ajoutées d’autres catastrophes, comme celle de Suncor, dans l’Ouest canadien. »

« Nous nous réjouissons que, jusqu’à maintenant, 2006 fut plutôt calme du point de vue des catastrophes et des réclamations, commente M. Henchoz. Mais cela ne compense nullement pour le passé récent. »

Un fait demeure : avec le réchauffement climatique, les réassureurs ne se sentent pas tellement optimistes lorsqu’ils regardent les risques climatiques au Canada. M. Henchoz les considère franchement élevés, surtout pour le vent et les inondations. Et il ajoute le risque sismique à cet éventail peu reluisant.

Mais il considère qu’à l’échelle mondiale, les signes sont encourageants sur le front du réchauffement. Autre crainte: l’importance grandissante du risque terroriste au Canada.

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