Chantier technologique majeur en distribution d’assurance de personnes au Canada, le pipeline d’échange de données numériques sur les affaires d’assurance de personnes se laisse désirer. Les agents généraux ne peuvent espérer réaliser cette connexion tant que les assureurs ne sont pas tous prêts.
Pour l’heure, les assureurs envoient presque tous des flux de données sur les nouvelles affaires en format CITS (Canadian Insurance Transaction Standardization). Il s’agit des normes édictées par CLIEDIS (anciennement Canadian Life Insurance EDI Standards). Peu le font toutefois couramment en ce qui touche les affaires en vigueur, un jalon essentiel pour permettre au conseiller d’avoir une vue à 360 degrés des portefeuilles de produits de tous leurs clients.
De plus, des agents généraux observent que leur entreprise joue souvent le rôle de chainon manquant dans cette connexion. PDG de IDC Worldsource Insurance Network, Phil Marsillo observe que la connexion de bout en bout n’existe pas encore, et que son avènement pourrait prendre du temps.
« Je me demande si les clients savent que nous sommes dans le portrait. Ils connaissent surtout l’assureur et leur conseiller. Nous travaillons avec les assureurs pour être mieux connectés. Nous ne sommes toutefois pas encore à l’ère de voir le portefeuille consolidé des conseillers avec différents assureurs. Ce ne sera pas avant deux ou trois ans », dit-il.
Situation similaire au Groupe Cloutier. Son vice-président et directeur général, Michel Kirouac, reconnait les limites du pipeline. « Notre connexion n’est pas entièrement informatisée dans notre filiale d’investissements, et elle n’est pas optimisée en assurance vie individuelle et collective », confie-t-il.
La connexion bout en bout s’en vient, mais n’est pas aussi fluide qu’on le voudrait, ajoute M. Kirouac. « C’est ce qu’il faut viser pour l’analyse des besoins financiers (ABF), les projections, la proposition électronique, l’émission de la police et finalement le paiement des commissions. Toutes ces informations doivent devenir le plus numériques possible. Tout ce que le conseiller a entré dans l’ABF devrait se diffuser vers les autres maillons. Je présume que d’ici deux ans, cela devrait y être », dit-il.
PDG de PPI, Jim Virtue croit que la dernière étape de la connexion est la plus importante. « Notre système d’administration Wealthserv nous connecte aux informations numériques des nouvelles affaires, et tous nos conseillers l’utilisent. L’industrie continue de s’affairer à la prochaine étape de cette transformation technologique : développer un pipeline d’alimentation en données sur les affaires en vigueur. PPI pilote actuellement ce projet avec quelques fournisseurs. »
Fiabilité et protection des données
Vice-président principal d’Equisoft au Canada, François Levasseur avance qu’un pipeline complet ne suffit pas. Les données qu’il convoie doivent être fiables, ce qui n’est pas toujours le cas, selon lui.
« L’objectif est d’offrir une vue à 360 degrés de son portefeuille d’affaires au conseiller. Lui permettre de voir si un client a plusieurs produits avec lui ou une planification complète lui permet de rectifier le tir. Il peut assurer une meilleure rétention de la clientèle. Sans système pour le faire, le conseiller demeure réactif », expose M. Levasseur.
Le système doit être complet. « On ne peut pas dire que tous les assureurs les donnent. Ce n’est pas la majorité qui échange des fichiers CITS sur les affaires en vigueur. Il est difficile à un conseiller de segmenter les clients s’il ne voit pas leur actif sous gestion ou s’ils ont l’assurance vie, mais pas l’assurance invalidité, d’où la nécessité d’un pipeline complet et des passerelles entre chacun des maillons de la chaine de distribution », rappelle M. Levasseur.
Même si toutes les données en viennent à circuler, les fichiers CITS qu’envoient les assureurs seront-ils fiables, s’interroge-t-il. « Ce n’est pas toujours le cas actuellement, révèle M. Levasseur. Ils contiennent parfois des données minimalistes ou dont la qualité est faible. Il manque des champs ou il y a des doublons. Des fois, les fichiers sont très bons. Cela varie d’un assureur à l’autre », observe le vice-président principal d’Equisoft.
Phil Marsillo estime de son côté que l’industrie devra faire preuve d’une extrême prudence dans le déploiement des derniers jalons de cette connexion. « En matière de conformité et de cybersécurité, quel pourrait être l’impact d’une fuite de données, alors que nous détenons de plus en plus d’informations numériques, et qu’elles transitent entre l’assureur, l’agent général et le conseiller ? Comment mitiger cet impact et réduire les risques ? », laisse-t-il tomber.