La santé mentale collective est en crise et continue de se détériorer au sein des entreprises. L’industrie de l’assurance collective cherche les moyens d’aider ses clients à endiguer la situation, mais l’embellie se fait attendre.
Publié en septembre 2025, le rapport de l’Indice de santé mentale de TELUS Santé a révélé que le score de l’anxiété est depuis au moins trois ans le plus bas score secondaire de l’indice. Il s’agit du plus récent indice de TELUS Santé au moment d’écrire ces lignes.
À 55,5, le score secondaire de l’anxiété figure dans la zone dite « santé mentale précaire », comprise entre 50 et 79. En deçà de 50, l’indice considère la santé mentale à risque. Au-delà de 79, elle est qualifiée d’optimale. Selon le rapport de l’indice, 35% des travailleurs présentent un risque élevé de problème de santé mentale.
Des PME font face

Des petites et moyennes entreprises (PME) ont choisi d’attaquer le problème de front. C’est le cas de l’agent général en assurance de personnes Financière S_Entiel. Vice-président, développement des affaires, Frédéric Perman a révélé au Portail de l’assurance que son agent général vient d’instaurer un programme d’aide aux employés (PAE) et un accès à la télémédecine pour 30 conseillers.
« Nous en finançons l’intégralité », précise M. Perman dans un échange par courriel le 21 janvier 2026. M. Perman dit qu’il est important de soutenir ses clients, les conseillers, face à la santé mentale et aussi au niveau de l’accessibilité du système de santé.
« Nous devons de plus en plus nous assurer de développer un lien humain avec les conseillers. Je les vois de plus en plus fragiles et l’enjeu de la santé mentale est une réalité », constate le vice-président du développement des affaires de Financière S_Entiel. Il confie que l’initiative est très bien perçue.
« Notre PAE est fourni par Corporation People et la télémédecine par Maple. Nous l’offrons aux conseillers. Nous avons établi un budget et ainsi nous avons limité à 30 inscriptions en ciblant les conseillers les plus productifs. Pour nous, [l’objectif] c’est vraiment d’investir dans le préventif et leur donner accès à un service de santé en cas de besoin », explique M. Perman. Il précise qu'aucun de ces conseillers n’est rattaché à son agent général.
Une commission entend les assureurs
Entre janvier et février 2024, la Commission de la santé mentale du Canada a consacré à l’enjeu de la santé mentale au travail une série de tables rondes, à laquelle a participé l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes (ACCAP). La Commission a accouché le 12 décembre 2025 d’un rapport intitulé Table ronde des assureurs publics et privés sur les capacités des systèmes. L’ACCAP a réagi le même jour par communiqué, saluant l’une des conclusions du rapport, soit la nécessité d’une collaboration entre les secteurs public et privé.
Parmi les membres de l’ACCAP, GreenShield et Manuvie sont cités individuellement comme ayant participé aux tables rondes. On y voit aussi les noms de TELUS Santé, Santé Canada, et l’Institut canadien d’information sur la santé. Y figurent également la Société canadienne de psychologie, l’Association canadienne de counselling et psychothérapie et Recherche en santé mentale Canada. Les trois tables rondes ont accueilli plus de 50 participants.
Jeunes et femmes plus à risque
Dans son rapport, la Commission de la santé mentale du Canada dresse d’autres constats. Entre autres qu’il est nécessaire « d’investir davantage dans l’accessibilité et de porter une attention accrue aux inégalités ».
Par exemple, les jeunes sont particulièrement touchés par les problèmes de santé mentale, selon une étude qu’a réalisée Recherche en santé mentale Canada, en partenariat avec GreenShield.
Intitulé Une génération sous pression : l’impact des défis économiques et professionnels sur la santé mentale des jeunes, le rapport de l’étude a été publié en novembre 2025. Il révèle que 27% des jeunes de 29 ans et moins ont exprimé le besoin de soutien en santé mentale, contre seulement 17% des personnes âgées de 30 ans et plus.
Le rapport illustre en outre des disparités de genre. On peut lire que les femmes sont beaucoup plus susceptibles que les hommes de déclarer que les pressions financières affectent leur santé mentale. Le rapport révèle également que 33% des femmes disent éprouver des difficultés financières, comparativement à 24% des hommes.
La santé invalide davantage les Z et les femmes
Lors d’un récent coup de sonde auprès de ses clients des régimes collectifs, Sun Life a découvert que plus de 50% des demandes de règlement en invalidité de longue durée de la génération Z sont liées à des troubles mentaux. Chez les femmes de la génération Z, la proportion atteint 60%, révèle son rapport intitulé Regard sur la génération Z : sa place dans le monde du travail.
La génération Z représente les gens nés entre 1997 et 2012. Le rapport de Sun Life s’appuie sur les données de plus de 20 000 employeurs et plus de 3 millions d’employés au pays. Les données recueillies auprès d’eux portent sur l’année 2024.
Les femmes sont aussi plus à risque sur certains aspects de la santé mentale. Le 18 décembre, le Portail de l’assurance a révélé que les femmes sont plus touchées que les hommes par les troubles de l’humeur. Selon Statistique Canada, 7% des personnes âgées de 65 ans et plus ont déclaré avoir reçu un diagnostic de trouble de l'humeur entre 2015 et 2023. Les femmes ont été plus nombreuses à rapporter un trouble de l’humeur, soit 8,3% de l’échantillon, contre 5,5% chez les hommes.
« Une personne atteinte d’un trouble de l’humeur ressent les émotions négatives plus intensément et pendant plus longtemps que la plupart des gens, définit Santé Québec sur son site web. Elle peut sentir qu’elle a plus de mal à maîtriser ses émotions, ce qui nuit à sa santé mentale et à sa santé physique, en plus d’influencer ses comportements. » Les principales formes de troubles de l’humeur sont la dépression, les troubles bipolaires et la dysthymie.
Impact sur les médicaments
Dans son rapport, Sun Life révèle pour sa part que, de 2021 à 2024, les demandes de règlement de frais de médicaments liés aux antidépresseurs ont augmenté deux fois plus rapidement chez la génération Z que chez l’ensemble des participants de régime collectif. Chez les hommes, la prise d’antidépresseurs a augmenté de plus de 50% entre 2021 et 2024.
On peut aussi lire dans le rapport que les demandes de médicaments pour des maladies chroniques croissent également. Celles pour des médicaments qui traitent l’asthme, le diabète, l’hypertension et l’hypercholestérolémie sont deux à trois fois plus élevées chez les participants de la génération Z.
De l’argent laissé sur la table

Pendant ce temps, les assurés hésitent à utiliser les outils que leur offre leur employeur à travers son régime d’assurance collective. L’utilisation des PAE demeure anémique. Dans un échange par courriel avec le Portail de l’assurance, Marilyn Grand’Maison directrice de la recherche à TELUS Santé, écrit observer une moyenne annuelle d'utilisation du PAE au Canada de 4,1%, tous secteurs confondus.
Le constat est d’autant plus désolant que l’implantation d’un PAE produit un rendement positif pour chaque dollar investi. « En assumant ce taux d'utilisation (4,1%) et en utilisant une rémunération globale, un employeur peut s'attendre à un retour sur l'investissement de 2,50 $ » par dollar investi dans la mise en œuvre d'un PAE, révèle Mme Grand’Maison. Elle précise que ce retour sur l’investissement se fonde sur le PAE de TELUS Santé.
« Nos calculs sont basés sur un modèle de productivité recouvrée suite à l'utilisation du service », ajoute Mme Grand’Maison. Elle explique que le modèle de TELUS Santé tient compte du taux d'utilisation et utilise une rémunération globale moyenne de 71 650 $. Il s’agit selon TELUS Santé d’une rémunération représentative du travailleur canadien moyen, qui inclut salaire et avantages sociaux.

En ce qui touche les programmes de santé et bien-être en général, le retour sur l’investissement que peut espérer l’entreprise dépendra de nombreux facteurs, souligne Sarah Berkane, directrice des programmes à coesion SP (auparavant Groupe entreprise en santé), dans un échange avec le Portail de l’assurance sur le réseau LinkedIn.
Mme Berkane se montre prudente quant à la donnée qui circule dans l’industrie, soit un retour de 1,5 à 3,8 $ pour chaque dollar investi dans un programme. Le magazine Forbes en a fait mention « Concernant le retour sur l’investissement [ROI dans son texte], nous utilisons cette donnée avec parcimonie, car elle varie beaucoup selon les études et il existe peu d'études sur des programmes intégrés », a-t-elle écrit.
Sarah Berkane a fourni au Portail de l’assurance un document préparé par coesion SP pour aider les entreprises à calculer les coûts de ce que l’organisme qualifie de « non-santé ». Parmi les coûts directs figurent l’absentéisme, la prime d’assurance collective et les cotisations à la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST). Les coûts indirects comprennent le présentéisme, le roulement du personnel, le remplacement d’une personne absente et les coûts de gestion des dossiers d’invalidité.
L’assurance collective d’ici 10 ans
Organisé par les Éditions du Journal de l’assurance (ÉJA) depuis 2021, le Congrès Collectif 2026 aura lieu le 26 février, au Palais des congrès de Montréal, et présentera entre autres une session intitulée La santé et le bien-être des employés au travail : comprendre pour mieux agir.
Dès l’ouverture de l’événement, nous dévoilerons les résultats d’une rencontre qui aura lieu la veille. Organisée par les ÉJA, la rencontre Vision 2035 se veut un exercice de réflexion collaborative et d’anticipation stratégique, sous la forme d’un atelier de codesign axé sur l’innovation et la créativité. Elle accueillera 30 leaders de l’industrie.