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Au consommateur de choisir comment rémunérer son conseiller, proposent des experts

par Rosemary McCracken | 15 novembre 2013 12h35

Les investisseurs devraient pouvoir choisir la façon dont ils rémunèrent leurs conseillers, que ce soit par des honoraires ou des frais intégrés au produit. C’est du moins l’avis de plusieurs intervenants qui ont pris la parole au Regulatory Affairs Symposium organisé par Advocis, à Toronto, à la fin octobre.Des pays comme le Royaume-Uni et l’Australie ont récemment proscrit la plupart des façons d’incorporer des frais aux produits financiers. Au Canada, les Autorités canadiennes en valeurs mobilières (ACVM) ont commencé une étude du mode de rémunération des conseillers en valeurs mobilières qui pourrait mener à une interdiction similaire. Il s’agit actuellement du mode de rémunération le plus courant chez nos conseillers. Or, cette rémunération par commission pourrait être une source de conflits d’intérêts du côté des spécialistes de la finance, selon les détracteurs de la formule.

Certains des intervenants au symposium ont signalé que les réformes apportées ailleurs n’ont pas leur raison d’être au Canada, car les abus auxquels elles visent à mettre fin ne sont pas présents ici. « Nous n’avons pas le même problème », a affirmé Ed Skwarek, vice-président, règlementation et affaires publiques, d’Advocis.

« Laissons le consommateur décider de la façon dont il nous paie, a ajouté Robert McCullagh, ex-président d’Advocis et courtier indépendant de la firme Benefit Planners, à Calgary. On pourrait donner le choix au consommateur : il rémunèrerait son conseiller de la façon qui lui convient le mieux. Pourquoi lui retirerait-on la possibilité de choisir? »

Les résultats préliminaires d’une étude actuellement menée par Invesco Canada démontrent que 80 % des investisseurs souhaitent pouvoir choisir entre la rémunération à base d’honoraires et celle qui mise sur des frais incorporés. De plus, 88 % des répondants ont dit vouloir savoir combien coutent, en dollars, les conseils qu’on leur donne.

Le conseiller financier doit transmettre les renseignements permettant au client de savoir ce que lui coutent l’une et l’autre de ces formules, dit Peter Intraligi, président et chef de l’exploitation de la société torontoise Invesco. « Vous avez la responsabilité d’éduquer le client, pas de lui imposer des limites. »

Charles Guay, président et chef de la direction de Standard Life Canada, a expliqué que sa compagnie propose les deux modèles de rémunération. Il invite ses concurrents à « devancer la tendance en adoptant dès que possible la formule de la rémunération à base d’honoraires ».

Il a toutefois formulé une mise en garde à ceux qui voudraient aller plus loin et interdire les frais et les commissions incorporés au produit. « Cela provoquerait l’inertie financière chez les consommateurs qui n’ont pas envie de payer des honoraires, dit-il, si bien que ceux-ci se retrouveraient à ne pas épargner suffisamment pour financer leur retraite. »

Dans son allocution d’ouverture, le président et chef de la direction d’Advocis, Greg Pollock, a signalé que le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) a réalisé en 2012 une étude sur la valeur du conseiller. Elle a permis d’établir que les investisseurs qui font affaire avec des conseillers financiers parviennent à créer une richesse 2,7 fois supérieure à celle des investisseurs qui ne le font pas, de même que deux fois plus d’épargne en prévision de leur retraite.

M. Pollock a aussi signalé une étude de l’Institut Info-Patrimoine BMO établissant que les babyboumeurs canadiens disposent en moyenne de 228 000 $ en épargne – soit environ 400 000 $ de moins que le montant dont ils pensent avoir besoin à la retraite. « Si le consommateur moyen a mis de côté 228 000 $ en épargne, beaucoup ont beaucoup moins que cela, a fait remarquer M. McCullagh. Quel genre de conseils vont-ils pouvoir recevoir? Pourquoi empêcher ces consommateurs d’avoir un certain choix? »

Ken Kivenko, président du comité consultatif de l’organisation torontoise Small Investor Protection Association (SIPA), affirme pour sa part que le petit investisseur qui n’a pas besoin de conseils complexes pourrait avoir intérêt à faire affaire avec des conseillers un peu moins qualifiés, qui demanderaient moins cher. C’est une avenue à laquelle M. Skwarek s’oppose, car « ce n’est pas parce qu’on a un actif moins important que les conseils financiers deviennent moins nécessaires ».

M. Intraligi a finalement ajouté que, selon l’étude menée par sa compagnie, les petits investisseurs se trouvent en fait « subventionnés » par ceux qui sont mieux nantis. Les premiers résultats de l’enquête faite par Invesco auprès de conseillers démontrent en effet que les petits investisseurs, qui forment 80 % des moins « gros » clients d’un conseiller, se trouvent à payer 81 $ par mois pour obtenir ses conseils, tandis que ceux qui forment la tranche la plus importante de leur volume d’affaires, soit 20 %, paient plutôt 221 $ par mois.

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