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AXA Assurances s’attaque aux fonds distincts

par Alain Thériault | 29 août 2008 14h44

AXA Assurances veut imposer douze fonds distincts dans une mer de concurrence qui en compte déjà plusieurs centaines. Son pari : miser sur son expertise internationale pour mieux surfer sur la vague mondiale des produits financiers destinés aux baby boomers.Le 11 juin 2008, AXA Assurances s’est lancé pour la première fois dans le marché des fonds distincts au Canada.

Avec douze fonds et une équipe en construction, les atouts d’AXA semblent bien minces pour se frotter à une poignée de mastodontes qui accaparent le marché. Vice-président exécutif, assurance de personnes et services financiers chez AXA, Robert Landry ne craint pourtant rien quant aux chances d’AXA de s’imposer dans ce marché.

En entrevue au Journal de l’assurance, M. Landry a fait savoir qu’il avait un as dans sa manche : l’expertise mondiale d’AXA. Elle lui permet d’importer des produits d’Europe sans tout développer du début. Elle lui fait bénéficier d’une équipe de gestion des risques de marché. Elle lui permet aussi d’offrir aux clients individuels l’accès à certains fonds habituellement réservés aux investisseurs institutionnels.

AXA Assurances se croit ainsi en mesure de faire face à la concurrence. Lors de sa présentation aux courtiers, l’assureur a souligné la forte concentration du marché en citant les données d’Investor Economics sur l’actif des fonds distincts au 31 décembre 2007.

Great-West et Manuvie détiennent respectivement 23 milliards$ (G$) et 20 G$ d’actif sous gestion en fonds distincts. Ils dominent ainsi 57 % du marché.

Suivent Sun Life avec 8 G$ d’actifs sous gestion, Industrielle Alliance avec 7 G$ et Transamerica Vie Canada avec 5 G$. Empire Vie, Standard Life Primerica, Desjardins Sécurité financière et Equitable Life détiennent dans l’ensemble 11 G$ d’actifs sous gestion en fonds distincts. Tous les autres joueurs se partagent 2 G$ d’actifs sous gestion en fonds distincts. Les 10 premiers joueurs en fonds distincts contrôlaient donc plus de 97% du marché au 31 décembre 2007.

Facteurs favorables

Robert Landry demeure convaincu de l’aptitude d’AXA à surfer sur la vague des rentes variables. Surtout employé aux États-Unis, le concept de rente variable correspond à peu près au fonds distinct canadien. Il fait recette partout dans le monde.

Au Canada, cette vague prend de l’ampleur depuis le lancement des fonds à garantie de retrait minimum en 2006. En moins de deux ans, le précurseur Manuvie a déjà passé la barre des 5 G$ d’actifs sous gestion dans son produit RevenuPlus.

Accumuler 1 ou 2G$

Or, la logique d’AXA est simple. Elle fait partie des meneurs dans le secteur des rentes variables au plan international. Elle croit donc disposer des outils pour le devenir aussi au Canada. Elle espère même lancer un produit à garantie de retrait minimum lorsque sa gamme de fonds distincts sera bien établie, a révélé M. Landry.

« Nous voulons accumuler un ou deux G$ d’actifs sous gestion le plus rapidement possible. Notre capacité financière nous permettrait d’attendre cinq ans avant d’atteindre cette masse critique, mais nous voulons y parvenir d’ici deux à trois ans », a ajouté M. Landry.

AXA montre d’ailleurs dans sa présentation aux conseillers quels facteurs lui permettront de réaliser son objectif.

Selon des statistiques qu’AXA attribue aux Nations unies, la population mondiale des gens âgés de 60 ans et plus aura doublé entre 2005 et 2050. En Amérique du Nord, elle aura augmenté presque de moitié durant la même période, pour former 27% de la population.

L’espérance de vie augmente aussi sans cesse, selon ces données. Entre 2005 et 2050, elle aura passé de 67 à 75 ans dans le monde, et de 79 ans à 83 ans en Amérique du Nord.

AXA ajoute au cocktail le sous-financement généralisé à travers le monde des régimes de retraite publics. Le parfait mélange pour la croissance des rentes variables.

Parce que les fonds distincts offrent des garanties que les autres produits d’investissement n’ont pas, ils ont tout pour répondre aux besoins qu’entraînent ces changements au Canada, croit AXA.

Dans son Baromètre de la retraite annuel dont les résultats ont été publiés ce printemps, AXA signalait déjà l’important potentiel du marché canadien des fonds distincts. Les Canadiens sont parmi ceux qui planifient et qui prennent leur retraite le plus tôt, révélait le Baromètre.

Au Canada, le marché des fonds distincts se chiffrait à plus de 75 G$ d’actifs sous gestion au 31 décembre 2007, selon les données d’Investor Economics. Toujours selon la firme d’analyse, cet actif pourrait atteindre 170 G$ en décembre 2016.

Il y a une révolution dans le domaine du placement au Canada, croit Robert Landry. « Les baby-boomers forment la génération des grandes révolutions. C’est aussi la plus riche. Le conseiller doit réaliser que la vague ne durera pas longtemps. Les portefeuilles disponibles se placent maintenant. Une fois placés, ils seront difficiles à déplacer. »

En outre, il croit que cette révolution passera par les produits à garantie de retrait minimum. « L’épargne a commencé à transiter des fonds communs et distincts classiques vers les produits à garantie de retrait minimum. Nous anticipons un phénomène exponentiel dont nous tenons à faire partie bientôt. Ceux qui arriveront dans quatre ou cinq ans arriveront trop tard. »

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