Le réchauffement planétaire a déjà atteint 1 °C au-dessus des niveaux préindustriels, notamment en raison des émissions de gaz à effet de serre. Par conséquent, les océans se réchauffent, deviennent plus acides et moins féconds.

La fonte des calottes glaciaires entraine une élévation du niveau de la mer. Cela mène à des phénomènes côtiers extrêmes qui sont de plus en plus intenses, sans compter que plusieurs points de bascules ont été atteints et que l’irréversibilité des conséquences frappe maintenant à notre porte, annonçait le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) en septembre dernier.

Se sortir la tête du sable

L’indemnisation des dommages liés aux catastrophes atteint des sommets jamais égalés. Les chiffres pour l’année 2019 ne sont pas encore sortis, mais le réassureur Swiss Re estime à 44 milliards de dollars américains (G$ US) les pertes économiques mondiales, seulement pour le premier semestre. Les pertes assurées ont atteint 219 G$ US pour les années 2017 et 2018, soit le montant le plus élevé de l’histoire pour deux années consécutives, indique Swiss Re. 

Seuls 6 % de tous les investissements mondiaux en lien avec les changements climatiques en 2018 ont été consacrés à des projets d’adaptation aux changements climatiques, qui pourraient pourtant réduire de façon considérable les pertes. Ces investissements s’élèvent à 34 G$ US.

En 2017, 4 % des fonds pour le climat étaient axés sur des projets d’adaptation. En 2016, le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) estimait que les couts d’adaptation pour aider les pays en développement devraient couter entre 140 et 300 G$ US d’ici 2030, et entre 280 et 500 G$ US d’ici 2050. Le montant total du financement international devra donc augmenter de 4 à 9 fois, et ce, juste pour faire face aux couts d’ici 2030, explique la firme S&P.

Les gouvernements ne dépensent pas autant d’argent qu’ils le laissent croire, dit S&P dans son rapport. « Il peut être difficile de justifier le cout de quelque chose qui pourrait ne pas arriver », dit la firme.

Cependant, l’adaptation au changement climatique se taille une plus grande place dans les échos et le financement, « vu la nécessité de mobiliser suffisamment d’investissements publics et privés pour renforcer les pays et les communautés exposés contre les effets potentiellement dévastateurs des risques climatiques physiques », dit la firme.

Pourquoi les plans d’adaptation ?

Les plans d’adaptation aident à prévenir la pauvreté, qui pourrait toucher 100 millions de personnes dans les pays en développement au cours de la prochaine décennie, et la dégénérescence de l’agriculture, dont les rendements pourraient être réduits de 30 % d’ici 2050, dit S&P. De plus, les pays vulnérables de subir les foudres météorologiques le deviendront davantage avec les changements climatiques.

Les projets d’adaptation visent ainsi à renforcer la résilience des bâtiments, des infrastructures critiques et des communautés face aux risques liés au changement climatique. Ceux-ci permettent aussi d’aider l’économie et la communauté locales à mieux résister aux catastrophes naturelles et à absorber un choc financier moins important. 

Même si chaque dollar dépensé n’est pas égal au retour sur investissement, l’adaptation est rentable, indique le Global Center on Adaptation (GCA). Les systèmes d’alertes précoces génèrent peu de retombées comparativement à une infrastructure résiliente, mais elle n’est pas pour autant moins aidante et nécessaire.

Au total, le GCA estime que des investissements totaux de 1,8 billion de dollars dans l’adaptation pourraient générer des avantages nets de 7,1 billions de dollars d’ici 2030, soit un rendement quatre fois plus grand que l’investissement de départ.

Or, le financement reste un terrain aride et « de nombreux projets d’adaptation offrant des avantages élevés en termes de résilience ne voient pas le jour », dit la firme S&P. Pourquoi le niveau d’investissement est-il si bas ?

« Nous pensons que les principaux facteurs à l’origine de cette situation sont les sommes importantes en jeu. Cela rend difficile de convaincre les décideurs de hiérarchiser les projets par rapport aux autres besoins de développement. Il peut être difficile d’attribuer des montants importants de financement à des projets dont les avantages pourraient ne se concrétiser que lors d’un évènement météorologique extrême à venir », ajoute la firme.

Les projets peuvent avoir une taille et une forme variées, que ce soit une infrastructure solide, comme un mur antiinondation, une solution basée sur la nature comme la restauration des zones humides, ou une infrastructure souple, comme le développement d’un système d’alerte rapide.

La résilience est l’affaire de tous

L’adaptation aide à réduire les perturbations économiques qui affectent les moyens de subsistance des populations, d’autant plus que la perturbation s’étend parfois au-delà de la région touchée, notamment à cause des chaines d’approvisionnement mondiales.

En 2011, les inondations en Thaïlande ont eu un impact mondial sur la production d’ordinateurs et de voitures parce que la production des pièces clés était concentrée dans la zone inondée. Plus de 50 % des sinistres assurés, totalisant plus de 15 milliards de dollars, provenaient de réclamations pour interruption d’activité. Les phénomènes météorologiques extrêmes pèsent sur les finances publiques, c’est pourquoi les actions pour contrer les changements climatiques sont nécessaires.

Les investissements liés au caractère de « bien public » sont principalement des projets d’infrastructure qui offrent un service à la société. Ils réduisent les dommages matériels et procurent d’autres avantages sociaux et sanitaires. Les partenariats public-privé seraient la clé, indique S&P, de la même manière que les hôpitaux, les écoles et certains bâtiments gouvernementaux sont financés. Cela pourrait générer un flux de revenus à long terme qui attirerait à la fois les infrastructures et les investisseurs écologiques.

La nécessité de ces travaux dans les zones densément peuplées des États-Unis (par exemple autour de New York et Boston), du Bangladesh, de l’Indonésie et des Philippines est bien connue et des solutions sont activement envisagées, bien que leur mise en œuvre prenne du temps en raison de la complexité de projets et la taille de l’investissement requis. Cependant, il existe de nombreuses autres petites zones moins connues qui peuvent être protégées de manière rentable.