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Couper un tiers des dépenses en médicaments : c’est possible!

par Caroline Phémius | 29 mai 2008 18h44

ESI propose un rempart contre les dépenses en médicaments qui triplent aux dix ans. L’organisme croit pouvoir les couper de 35 % avec 6 mesures.En 2007, les médicaments ont coûté quelque 22,5 milliards$ (G$) aux secteurs public et privé au Canada. Si rien n’est fait pour réduire cette ascension, en 2010, les dépenses liées aux médicaments atteindront 28 G$.

C’est ce que révèle le tout dernier rapport de ESI Canada sur les Tendance en matière de médicaments en 2007. Chef de file du traitement des demandes de règlement au pays, ESI possède une vision d’ensemble des dépenses en médicaments.

Dans son rapport, l’entreprise note que les dépenses relatives aux médicaments triplent chaque décennie depuis 1980. Et si l’on regarde les projections de ESI pour 2010, on constate que la tendance à la hausse est loin de vouloir s’atténuer, au contraire. Selon l’organisme, si la tendance se maintient, les dépenses en médicaments grimperont de 25 % en trois ans.

D’après Claude Leblanc, vice-président chez ESI Canada, sur les 22,5G$ dépensés, le secteur public en a payés environ 12,5G$ et le privé près de 10G$. Cette différence s’explique par le fait que les personnes âgées – dont les dépenses en médicaments sont coûteuses – ainsi que les personnes soignées à l’hôpital sont couvertes par le régime public.

Le départ à la retraite des boomers pourrait-il réduire les coûts chez les assureurs privés? Pas du tout, répond M. Leblanc. Les dépenses continueront d’augmenter d’un côté comme de l’autre, mais le pourcentage de croissance risque d’être plus important pour les assureurs du secteur privé, croit-il. Le gouvernement a négocié certaines ententes destinées à limiter la casse. Or le secteur privé, de son côté, ne s’organise pas de façon disciplinée pour tirer partie de son pouvoir d’achat. Les assureurs privés pourraient bien se retrouver avec une plus grosse facture à payer.

2007 en hausse

Le portrait de 2007 témoigne encore de hausse. Dans le secteur privé, on a observé une augmentation des dépenses en médicaments par demandeur de l’ordre de 7,1 % au pays, soit 44 $ de plus que l’année précédente. C’est au Québec que la hausse a été la plus marquée avec 7,9 % d’augmentation.

Au pays, l’inflation du coût des médicaments n’a pas joué un rôle majeur dans la hausse des dépenses, elle a atteint 0,8%. Au Québec, toutefois, à la suite du dégel, le prix de nombre de médicaments a crû de 2 %.

Le vieillissement de la population canadienne est aussi responsable en partie de l’accroissement du nombre d’ordonnances par assuré. Celui-ci a crû de 3,6 % pour atteindre 11,4 ordonnances par demandeur.

Une tendance qui ne va pas se résorber si l’on en croit le sondage de ESI. « Les personnes âgées ont en effet davantage recours aux médicaments. Les demandeurs âgés de plus de 55 ans utilisent deux fois plus de médicaments que les 36-45 ans et représentent une partie croissante de la population canadienne chaque année. En 2006, les personnes âgées de 55 ans et plus comptaient pour 24,5 % de la population; elles représenteront 27,5 % de la population d’ici 2011 », montre l’étude de la firme.

Les honoraires professionnels admissibles de même que l’augmentation du coût des ingrédients sont aussi montrés du doigt. Ils ont grimpé respectivement de 3 et 3,6 % pour atteindre 8,38 $ et 49,93 $.

Et si l’arrivée à échéance de certains brevets permet d’anticiper une réduction des dépenses, l’utilisation accrue de médicaments onéreux – en hausse de 20 % en 2007 – va créer un effet de contre-balancier.

Par exemple, le brevet du Lipitor – un médicament prescrit pour traiter les problèmes d’hypercholestérolémie – arrive à échéance en 2010. Ce médicament représente à lui tout seul près de 6 % des ventes totales de médicaments en 2007.

Nul doute alors que le passage à la version générique engendrera des économies de taille, croit Claude Leblanc, mais ce ne sera pas suffisant pour diminuer la facture globale. « Je ne crois pas que l’on puisse arriver à une augmentation zéro car il y a des médicaments coûteux qui entrent constamment sur le marché. Dans nos projections, on vise 28G$ de dépenses. Cependant, si des économies n’étaient pas générées par ces pertes de brevets, ce serait probablement davantage », commente-t-il.

Manque de volonté

M. Leblanc déplore que les assureurs ne fassent pas plus d’efforts pour réduire la hausse des dépenses en médicaments. Il y voit un manque de volonté de leur part mais aussi de la part des preneurs de régimes. « Il doit y avoir un alignement des intérêts entre le preneur et l’assureur pour mettre en place des outils de gestions », explique-t-il.

M. Leblanc dresse un parallèle avec l’assurance automobile qui, il y a une vingtaine d’années, remboursait tout et n’importe quoi. « L’industrie s’est réveillée un beau matin et s’est dit qu’il fallait faire quelque chose. Aujourd’hui, elle est beaucoup plus disciplinée: il y a des garages enregistrés, des protocoles de tarifs, et ça a permis de garder les primes à des niveaux raisonnables par rapport aux dégâts matériels. Je ne pense pas que la prime d’aujourd’hui soit mal gérée, au contraire », constate-t-il.

Stratégie de gestion

Et les outils de gestions existent en assurance collective, dit M. Leblanc. ESI estime qu’en élaborant une stratégie de gestion des régimes, les assureurs arriveraient à une économie globale pouvant atteindre 35 %. En l’occurrence, l’organisme préconise l’utilisation de certains outils de gestion tels que la coordination des prestations, la participation de l’adhérent, le plafond des honoraires professionnels, le régime à substitution générique, la liste gérée et l’autorisation préalable (voir tableau Outil de gestion des régimes).

Par exemple, l’utilisation de la Liste de médicaments dynamique de ESI (LMD) permettrait à elle seule des économies globales de 4 % à 5 %. Malgré cela, guère plus de 7 % des régimes ont une liste gérée, déplore M. Leblanc. « Ce n’est vraiment pas beaucoup! Surtout quand on parle de hausse de coûts depuis 15 ans. Mais quand on veut agir, il faut prendre les moyens de le faire », lance-t-il.

En ce qui a trait à la substitution générique obligatoire, le tableau n’est pas plus réjouissant : seuls 6 % des régimes l’ont adoptée, révèle ESI. Pourtant, là encore, rien n’empêche les promoteurs d’aller de l’avant. Le gouvernement lui-même le fait, ajoute M. Leblanc.

L’économie globale que procurerait une substitution générique obligatoire oscillerait entre 1 % et 2 %. « Les régimes qui prévoient la substitution générique revêtiront de plus en plus d’importance à mesure que les brevets des médicaments fortement utilisés arriveront à échéance », souligne le rapport de ESI.

Outils payants

Les outils de gestion les plus « payants » sont la coordination des prestations, et la participation de l’adhérent aux coûts. Rien qu’en utilisant de manière optimum la coordination des prestations, un régime pourrait économiser de 10 % à 15 %, avance ESI. Il suffit simplement de s’assurer que lorsque que deux conjoints ont chacun une assurance collective, la réclamation est toujours adressée en premier lieu à l’assureur principal, puis à l’assureur secondaire pour le règlement du solde. « En procédant de la sorte, on s’assure que le premier payeur paye des réclamations justes d’un bassin d’assurés connu », note M. Leblanc.

Quant à la participation de l’adhérent, cette dernière donnerait des économies de 5 % à 10 %. Il s’agit en fait de motiver l’assuré à « magasiner » ses médicaments puisqu’il en paye une partie. « Les régimes qui exigent une participation de l’adhérent élevée (20 % ou plus) ont enregistré des économies de 10 % en raison d’une utilisation réduite », révèle le rapport.

Il est possible de plus de plafonner les honoraires des professionnels, ce qui aboutirait à une économie de 5 % à 6 %. Toutefois, déplore M. Leblanc, au Québec, les honoraires des pharmaciens ne sont pas divulgués. Ceci dit, précise-t-il, « on n’est pas moins bien servis au Québec qu’ailleurs au pays. Cependant, si l’on va dans quatre pharmacies différentes, on aura quatre prix avec des écarts importants », constate-t-il. Il est donc essentiel qu’une plus grande transparence soit faite sur ces honoraires, prône Claude Leblanc.

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