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Couverture des inondations : les assureurs ne s’entendent pas

par Hubert Roy | 15 novembre 2013 11h45

Les assureurs devraient-ils couvrir les inondations? Le débat fait rage depuis belle lurette. Pourtant, aucun consensus ne se dégage sur cette question. Une étude réalisée par l’Université de Waterloo et financée par Co-operators vient d’ailleurs montrer les divergences d’opinions des assureurs au sujet de la viabilité de cette option. Le Canada est pourtant le seul pays du G8 à ne pas offrir une telle protection à ses habitants.Les chercheurs Jason Thislethwaite et Blair Feltmate se sont entretenus avec 13 dirigeants de compagnies d’assurance possédant 57 % de l’assurance habitation au Canada, ainsi qu’avec des membres de l’Institut de prévention des sinistres catastrophiques et du Toronto Region Conservation Authority. Les entrevues ont été faites les inondations ayant touché le sud de l’Alberta, en juin, et Toronto, en juillet, remettant ce sujet à l’avant-plan.

On peut lire dans l’étude que les assureurs se sentent concernés par l’absence de protections contre les inondations au Canada. Ils doutent toutefois qu’offrir cette protection soit viable pour eux.

L’intérêt pour le produit est pourtant là. L’étude révèle que le gouvernement du Manitoba a fait appel à l’Association des courtiers d’assurance du Manitoba (IBAM) en 2011, à la suite des inondations qui ont touché cette province, pour discuter des options potentielles pour introduire un produit d’assurance qui pourrait les couvrir. Les deux parties ont même soulevé l’idée que le gouvernement agisse à titre de réassureur du programme.

Le gouvernement du Québec a fait une demande similaire à des assureurs, à la suite du débordement de la rivière Richelieu, aussi en 2011. Deux assureurs font état de cette demande dans l’étude, sans en préciser davantage la nature. Malgré tout, certains assureurs interrogés dans le cadre de l’étude disent craindre que les risques liés au développement d’une couverture contre les inondations outrepassent les bénéfices qui en découleraient. D’autres croient au contraire que l’industrie rate une occasion de générer de nouveaux revenus.

Les obstacles ne manquent pas

Les assureurs s’entendent pour dire qu’il y a un obstacle majeur à la création d’une protection contre les inondations : l’absence de cartes détaillant la récurrence des inondations à travers le Canada. Pire encore, les provinces n’adoptent pas les mêmes modèles en la matière. L’Alberta fait ses calculs en fonction d’une récurrence des inondations aux 100 ans. La Colombie-Britannique les calcule aux 250 ans. Quant à l’Ontario, l’application varie d’une région à l’autre.

Comment tarifer adéquatement?

Autre crainte : comment tarifer adéquatement le produit? Les assureurs disent craindre que cette protection soit trop couteuse pour ceux qui se trouvent en terrains inondables. Il faudrait donc que le produit soit souscrit par l’ensemble des Canadiens, même ceux pour qui le risque d’inondations est très faible. Accepteront-ils de payer? Les assureurs interrogés par l’Université de Waterloo en doutent.

Ils craignent aussi que le produit ne soit pas viable s’il est règlementé, comme c’est le cas pour l’assurance automobile dans certaines provinces. Plusieurs d’entre eux ont disent douter de la volonté des gouvernements d’implanter les politiques nécessaires à un cadre viable d’assurance contre les inondations.

Les assureurs reconnaissent toutefois qu’il y a un besoin sociétal pour une protection contre les inondations. Ils conviennent que les assureurs privés offrent une option intéressante et fiable pour les consommateurs. Ils disent aussi que la coopération des gouvernements n’est peut-être pas nécessaire, tant que les assureurs peuvent dicter leurs pratiques de souscription.

Les assureurs interrogés ajoutent qu’il est primordial qu’ils administrent eux-mêmes le produit d’assurance contre les inondations. Toutefois, la protection devrait exclure les zones à haut risque. Les gouvernements devraient alors être responsables de couvrir ces zones.

Offrir une protection contre les inondations leur permettrait aussi d’accroitre leurs revenus. Malgré tout, ils admettent qu’il est facile pour eux de déterminer quels sont les endroits plus à risque pour les inondations et ainsi de ne pas y couvrir d’habitations, réduisant ainsi la portée du produit. Pour contourner ce problème, les assureurs proposent de rendre cette protection optionnelle et de la jouxter à une protection contre les refoulements d’égouts, similaire à ce qui se fait au Québec.

Deux recommandations

MM. Thislethwaite et Feltmate concluent leur étude sur deux recommandations. Tout d’abord, amorcer une discussion sur le sujet en impliquant les gouvernements, les assureurs de dommages, les courtiers d’assurance, les banques, les investisseurs institutionnels et les propriétaires d’habitation du Canada. Ensuite, conduire une recherche sur les risques d’inondations au Canada, en priorisant les régions où il y a une forte densité de population.

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