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COVID-19 : la santé mentale des Canadiens s’est détériorée en aout

par Alain Thériault | 11 septembre 2020 15h58

Photo: Pixabay

La santé mentale des Canadiens demeure sous le joug de la pandémie, révèle l’Indice de santé mentale de Morneau Shepell. Selon l’indice, elle s’est détériorée en aout 2020 par rapport au mois précédent. Son score s’est porté à -11 en aout, alors qu’il était à -10 en juillet. Le score de référence de l’indice est 75.

Le score du mois d’aout rompt avec la tendance positive amorcée en avril 2020. Il est aussi le cinquième score négatif consécutif. D’autres lectures de l’indice pointent encore plus vers le bas. Toujours par rapport au score de référence, les scores secondaires qui mesurent le risque lié à l’anxiété et la dépression affichent respectivement -12,9 et -12,7.

L’optimisme affiche un score de -12,7, l’isolement un score de -12,1 et la productivité un score de -11,1. « Tous les scores secondaires ont empiré lorsqu’on les compare aux améliorations observées le mois précédent, à l’exception de celui de la productivité, qui demeure inchangé », note Morneau Shepell dans son rapport.

Rentrée scolaire et deuxième vague

La firme attribue cette détérioration de la santé mentale à différentes craintes exprimées par les Canadiens en aout. « Les résultats indiquent que la santé mentale des Canadiens est toujours affectée par les répercussions de la COVID-19, y compris la crainte d’une deuxième vague, l’incertitude économique persistante et la préoccupation additionnelle relative à la rentrée scolaire », ajoute-t-elle.

L’indice de Morneau Shepell souligne qu’au cours des dernières semaines, les parents, les enseignants et les jeunes se sont posé plusieurs questions à propos de la rentrée scolaire et des mesures de sécurité qui l’entourent. « L’Indice de santé mentale montre que les scores de santé mentale des participants qui ont un enfant (-15,2) ou deux enfants (-13,0) sont considérablement inférieurs à ceux qui n’en ont pas (-9,9). Étonnamment, les participants dont la maisonnée est pleine semblent s’être bien adaptés à la pandémie : ceux qui ont trois enfants ou plus obtiennent un score de -8,6 », révèle le sondage.

Morneau Shepell croit que la rentrée créera un choc majeur. « Le mois de septembre sera particulièrement difficile pour les Canadiens, qui font face à un autre changement de routine majeur et à de nouveaux défis », a dit Paula Allen, première vice-présidente, recherche, analytique et innovation de Morneau Shepell. « Le degré d’incertitude sera considérable au cours des prochaines semaines, alors il est essentiel que les Canadiens continuent de s’occuper de leur santé, de maintenir la communication ouverte et de s’investir activement dans leur propre bien-être mental », ajoute-t-elle.

Les jeunes fatigués de la COVID-19

Dans le sommaire de son indice, Morneau Shepell rapporte les faits saillants d’un été mouvementé, malgré que les cas quotidiens de COVID-19 sont demeurés faibles. Au début du mois d’aout, l’indice a observé des éclosions isolées dans des segments clés de la population. Les jeunes adultes de 20 à 29 ans représentaient la plus grande proportion de nouveaux cas au Canada, soit jusqu’à 41 % « dans les endroits où ces données sont disponibles », révèle l’indice.

« Les Canadiens, particulièrement les jeunes, semblent souffrir d’une fatigue de la COVID-19, alors que les grands rassemblements de jeunes profitant de l’été canadien ont fait la une des journaux. Le port du masque est maintenant obligatoire dans plusieurs territoires et dans les lieux publics », peut-on lire.

Le secteur public doit intervenir

L’incidence de la pandémie sur les finances et l’économie préoccupe 49 % des répondants, révèle aussi l’indice. « On ne peut ignorer l’incidence financière et économique de la pandémie, mais il faut porter davantage d’attention à l’effet néfaste que la pandémie continue d’avoir sur le bien-être mental des Canadiens. Cette détérioration est préoccupante », a affirmé Stephen Liptrap, PDG de Morneau Shepell.

L’optimisme qui animait les Canadiens au moment de la réouverture n’efface pas les conséquences de la pandémie, a-t-il fait remarquer. « Pour éviter que cette détérioration se poursuive, les organismes de santé publique et tous les ordres de gouvernement doivent prendre les mesures nécessaires pour fournir du soutien là où le besoin se fait le plus sentir et continuer à prioriser la santé mentale des Canadiens », a ajouté M. Liptrap.

Les Albertains plus stressés

Le score de variation du stress mental pour aout 2020 s’établit à 57,7, rapporte l’indice. « Ce score indique que 24 pour cent de la population ressent un plus grand stress mental que le mois précédent, alors que 9 pour cent en ressentent moins », commente Morneau Shepell.

Dans son analyse par province, la firme signale que la hausse la plus marquée du stress d’un mois à l’autre touche les répondants de l’Alberta, qui obtiennent un score de 60,6. Les Ontariens sont les deuxièmes plus touchés avec un score de 58,0, suivis des répondants de la Colombie-Britannique (57,8) et de la Saskatchewan (57,4).

Parmi les secteurs géographiques où le stress mental est plus faible figurent les Maritimes (56,2), le Québec (56,0), le Manitoba (55,6), ainsi que Terre-Neuve-et-Labrador (51,0). Ces secteurs géographiques connaissent aussi des augmentations significatives du stress, note l’indice.

Les étudiants plus affectés

En aout, Morneau Shepell observe que le score de santé mentale le plus élevé revient aux participants œuvrant dans le secteur de l’automobile, soit -5,1. Ce secteur est suivi de celui des services immobiliers, de la location et de la location à bail, soit -8,2. Ceux du secteur de l’exploitation minière, pétrolière et gazière affichent aussi un des meilleurs scores, avec -8,7.

« Les participants travaillant dans les secteurs de l’hébergement et des services de restauration, de l’automobile, et de la gestion de sociétés et d’entreprises montrent la plus grande amélioration de la santé mentale depuis le mois dernier », ajoute Morneau Shepell.

« Les étudiants obtiennent le score le plus faible de tous les groupes lorsqu’on les compare aux participants de tous les secteurs d’activité au pays », dit la firme. Son indice révèle du même coup que les étudiants à temps plein obtiennent le score en santé mentale le plus faible pour le troisième mois consécutif, soit -28,5 en aout comparativement à -23,7 en juillet. La santé mentale des participants qui travaillent dans le secteur de l’éducation a pour sa part chuté à -11,6, par rapport à -11,1 en juillet.

L’indice note un écart marqué entre le score des étudiants et celui des autres secteurs les plus affectés en matière de santé mentale. Celui de l’agriculture, de la foresterie, de la pêche et de la chasse affiche un score de -16,5. Il est de -15,1 dans le secteur de l’information et de la culture.

Pas de retour à la normale

Dans le sommaire de son indice, Morneau Shepell signale que les Canadiens ont cessé de se demander « quand la situation reviendrait à la normale ». Ils ont commencé à s’interroger sur ce que ce serait la « nouvelle normalité ».

Les résultats de l’indice révèlent en outre que les premiers mois de la pandémie ont inquiété au sujet de l’emploi et de la sécurité financière, mais que le paradigme a maintenant changé. « Les Canadiens commencent à reprendre un certain contrôle sur des aspects qui étaient auparavant complexes. Ils font maintenant face à une insécurité croissante en ce qui concerne leur vie quotidienne, alors que les restrictions s’assouplissent partout au pays et que des flambées isolées de COVD-19 se produisent », dit la firme.

Le poids de l’incertitude

Toujours selon l’indice, 34 % des répondants se sont dits incertains ou pensaient s’être mal adaptés aux changements dans leur vie ou leur routine. Trente pour cent des répondants croient s’être mal adaptés aux changements dans leur vie professionnelle et leurs finances.

Ceux qui manifestent un niveau élevé d’incertitude et ceux qui croient davantage que les choses ne reviendront pas comme avant affichent les pires scores, soit respectivement -26,8 et -19,6. « Il est important de comprendre que même si certaines personnes s’adaptent, d’autres n’y arrivent pas », affirme Mme Allen.

Elle croit que la responsabilité collective ne doit pas se limiter au port du masque en public. « Nous devons détecter les changements chez nos amis et les membres de notre famille, et soutenir ceux qui ont besoin de l’aide de professionnels », conclut-elle.

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