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Des entreprises relèvent le défi d’améliorer la santé de leur personnel

par Alain Castonguay | 20 février 2014 11h19

Le vieillissement de la main-d’œuvre ne fera rien pour limiter les hausses de primes en assurance collective. Des dirigeants d’entreprises veulent contrer la tendance en incitant leurs employés à se préoccuper de leur santé. Appuyée par des professionnels de la santé, la démarche a aussi l’avantage de réduire l’absentéisme et la consommation de médicaments.Le 27 novembre, à Montréal, Natalie Alméras, de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ) du Centre de recherche de l’Hôpital Laval à Québec, a présenté les résultats du Grand Défi Entreprise aux participants du Congrès 2013 de l’assurance et de l’investissement.

En 2012, le projet pilote du Grand Défi Entreprise a permis à 16 entreprises de faire bouger plus de 2 000 employés. L’équipe de chercheurs de Québec a suivi plus attentivement les progrès réalisés par près de 800 travailleurs qui ont accepté d’y participer durant trois mois. L’objectif était d’améliorer les habitudes de vie des employés en axant le programme sur trois volets : bouger plus, manger mieux et arrêter de fumer.

L’ennemi à abattre est l’obésité abdominale, insiste Mme Alméras. L’augmentation du tour de taille est principalement attribuable à la sédentarité et à la nourriture. « Le Québec n’est pas épargné, et cela a un impact sur l’utilisation des ressources du système de santé et sur les budgets. Ça représente des frais directs et indirects. On estime que 22 % de la population est obèse, et que 35 % fait de l’embonpoint », dit-elle.

Cette masse de gras s’installe autour des organes vitaux, du foie, du cœur et dans la cavité abdominale. Sa présence dans le système sanguin crée la panique chez les soldats du système immunitaire, qui sont en inflammation permanente. L'augmentation du tour de taille est reliée au problème de sédentarité, qui est devenu « l’équivalent du tabagisme au 21e siècle ». Quelque 35 % de la population mène moins de 30 minutes d’activité physique par semaine.

L’OMS et les grands groupes qui s’intéressent à ces questions disent que le milieu de travail est l’endroit approprié pour faire la promotion des saines habitudes de vie. On estime que l’employé considéré comme actif physiquement est 12 % plus productif que son collègue sédentaire.

Une étude menée en 2004 a analysé l’impact de l’agglomération des facteurs de risque et leur impact sur l’absentéisme et le présentéisme en milieu de travail. Pour les facteurs de risque, on parle autant des problèmes de santé déjà mentionnés (cholestérol, hypertension, diabète, obésité, etc.) que des habitudes de vie : alimentation, consommation d’alcool, tabagisme, et inactivité physique.

Grand Défi

Sur les 787 employés suivis par l’IUCPQ dans le cadre du Grand Défi Entreprise, 12 % avaient déjà reçu un diagnostic d’hypertension, mais la moitié d’entre eux n’avaient pas encore réussi à stabiliser leur état. Fait plus étonnant, 29 % des employés avaient des problèmes de tension dont ils ignoraient l’existence, en étant au stade 1 ou 2 (tension artérielle supérieure à 140 et tension systolique ou diastolique supérieure à 90). « Pour cette catégorie de travailleurs, la modification des habitudes de vie apporte des bienfaits évidents », dit Mme Alméras. Toujours sur le même échantillon de travailleurs, 5 % étaient diabétiques et la moitié du reste du groupe était considérée dans une situation de prédiabète.

Pour simplifier le programme, on se concentre sur trois facteurs physiologiques : le cholestérol inférieur à 1,2, la tension artérielle sous les valeurs mentionnées ci-dessus et la glycémie normale. La démarche de prévention est axée sur la modification des comportements : être non-fumeur, conserver un bon indice de masse corporelle (IMC) et un tour de taille santé, faire au moins 150 minutes d’activité physique modérée par semaine, surveiller la qualité de l’alimentation, etc.

Quel pourcentage de la population respecte tous les critères? À peine une personne sur 1 000, souligne Mme Alméras. C’est pourquoi les programmes de prévention doivent éviter la restriction et la contrainte, et insister plutôt sur le plaisir de bien manger des aliments de qualité, sans se préoccuper de la quantité. Il faut diminuer la quantité des trois « S » : le sel, le sucre et les gras saturés.

La mobilisation

En mobilisant l’ensemble du personnel et en mesurant les progrès au début et à la fin, on peut obtenir de meilleurs résultats, disent les chercheurs. Pour faire cette évaluation, il faut recourir aux services de professionnels formés et externes à l’environnement. Le programme doit être accessible à tout le monde, et pas seulement aux gens dont on soupçonne un problème de santé.

« Le programme doit néanmoins être volontaire et confidentiel, en plus d’être amusant », suggère-t-elle. On doit éviter le caractère contraignant et restrictif. « En entreprise, la carotte est plus facile pour mobiliser les troupes : les gens se prennent au jeu. Finalement, on obtient le résultat recherché, soit que les gens participent pour améliorer leur propre santé. Ce sont les grandes lignes d’un programme prometteur et efficace pour promouvoir la santé en milieu de travail. »

« La mobilisation est possible, assure-t-elle. On l’a essayé au sein de 16 entreprises différentes jusqu’à maintenant. Les employés sont venus volontairement à 74 % pour faire leur évaluation de santé. Le taux de mobilisation de la masse salariale est évalué à 63 %. Et l’on a établi que 85 % des équipes ont participé suffisamment pour que cela ait un impact notable sur leur santé », dit-elle.

Les frais de participation au Grand Défi Entreprise varient en fonction du nombre d’employés et de la distance que doit parcourir l’unité mobile, précise-t-elle. « Nous sommes allés au Saguenay, en Abitibi et à Montréal. Le port d’attache est Québec. Il faut penser à investir l’équivalent d’une journée de formation continue pour un employé. »

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