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Dommages causés par l’eau : le Bureau d’assurance du Canada accentuera son lobby

par Vicky Poitras | 16 juin 2010 18h29

Déjà, des premières actions ont été posées, a révélé Jack Chadirdjian, directeur des affaires publiques et gouvernementales du Bureau d'assurance du Canada (BAC). C'est ce qu'il a affirmé lors d'un discours prononcé le 13 mai dernier devant 80 personnes réunies par l'Association de la relève en assurance du Québec (LARAQ).En novembre dernier, le BAC a réuni une vingtaine d'élus provinciaux pour un 5 à 7 à l'Assemblée nationale. Une vingtaine de députés y ont participé, dont trois ministres, incluant le ministre des Finances du Québec Raymond Bachand.

De plus, une tournée des chambres de commerce du Québec se mettra en branle d'ici l'automne. Le but du BAC est de sensibiliser les entrepreneurs aux questions des changements climatiques et des dommages causés par l'eau. L'organisme vise à rencontrer entre quatre et six chambres de commerce d'ici la fin de 2010. La tournée se poursuivra en 2011. D'autres regroupements de gens d'affaires pourraient aussi être visités. De plus, des élus seront rencontrés au cours de cette tournée, seul à seul, pour qu'ils comprennent bien les enjeux liés aux dommages causés par l'eau.

Le BAC fera aussi la promotion d'une révision des normes du bâtiment. M. Chadirdjian convient toutefois qu'il s'agit d'un sujet délicat auprès des entrepreneurs en construction, car une modification aux normes du bâtiment peut signifier des couts de construction plus élevés.

Il donne toutefois un exemple peu couteux qui pourrait aider à prévenir des dommages à une résidence. Lors de sa présentation, M. Chadirdjian a montré un clou vrillé, différent des clous standards utilisés dans la construction résidentielle. Grâce à son ergonomie (il est vrillé sous la tête et à la base), ce clou supporte des charges de vent supérieures de 20 % à ce que les clous standards peuvent supporter. L'utilisation d'un tel clou augmenterait le cout total de construction d'une résidence standard de seulement 15 $, ajoute-t-il.

Le BAC poursuit l'élaboration d'un outil d'évaluation et de gestion de risque pour les municipalités. « Il servira à mesurer la probabilité de défaillance des infrastructures municipales résultant en pertes assurables, tant pour le risque courant que pour les risques futurs. Il pourra être utilisé par les gouvernements afin d'identifier les municipalités qui doivent être traitées en priorité pour la modernisation de leurs infrastructures souterraines », dit-il.

Plusieurs raisons poussent le BAC à développer cet outil. La principale est que les dommages liés à l'eau sont maintenant la première cause des pertes en assurance habitation, ayant supplanté le feu il y a quelques années. D'ailleurs, M. Chadirdjian a révélé qu'un dollar sur deux payés en en réclamations d'assurance habitation au Québec est lié à des dommages causés par l'eau. En 2008, ces pertes ont totalisés 630 millions de dollars (M$) en 2008.

Selon M. Chadirdjian, l'outil développé par son organisme permettra aux assureurs de mieux souscrire les risques. Il contribuera aussi à régler les problèmes de disponibilité d'assurance.

Le BAC entend tester son nouvel outil avec différentes municipalités au début de 2011. Il sera ensuite implanté en 2011 et en 2012.

Le BAC continuera à sensibiliser les autorités gouvernementales au problème des infrastructures vieillissantes. Le cas du Québec est particulièrement inquiétant, rappelle M. Chadirdjian.

Il dit que l'âge moyen des systèmes d'approvisionnement en eau québécois est de 18,5 ans, la plus élevée parmi les provinces canadiennes, et qu'ils sont en moyenne à 50 % de leur vie utile. Les systèmes de traitement des eaux usées du Québec ont quant à eux un âge moyen de 18 ans, à 63 % de leur vie utile. Les systèmes d'égouts, pour leur part, en ont un de 18 ans, ce qui représente 54 % de leur vie utile.

Le BAC lance deux nouveaux avenants en habitation
Le 1er mai dernier, le Bureau d’assurance du Canada (BAC) a lancé deux nouveaux avenants en assurance habitation, liés aux dommages causés par l’eau. Auparavant, un seul formulaire couvrait tous les dommages causés par l’eau, qu’il s’agisse d’infiltration par la toiture ou de refoulement d’égouts. Les deux nouveaux produits permettent désormais de distinguer les dommages causés par l’eau en provenance du sol et des dommages d’eau au-dessus du sol.
« La probabilité de dommages varie d’un risque à l’autre, soit en raison de l’historique de sinistres dans un territoire donné ou de l’habitation elle-même. En vendant une assurance distincte par type de dommages, les assureurs pourront raffiner leurs critères de souscription et de tarification en fonction du risque véritable se rapportant à l’habitation assurée », explique Jack Chadirdjian.
Souvent, les habitations neuves sont plus à risque de subir un refoulement d’égouts en raison des défaillances connues du réseau d’égouts où elles sont situées. En revanche, les risques de dommages à la toiture sont pratiquement inexistants. La situation n’est toutefois pas la même pour une habitation plus âgée. Si la toiture d’une résidence n’a pas été refaite depuis plus de 30 ans, le risque est plus grand pour que l’eau s’y infiltre.
Selon M. Chadirdjian, il ne s’agit que d’une première étape. Il dit s’attendre à ce que les assureurs développent des produits et des programmes incitatifs qui encourageront les consommateurs à diminuer les risques ou l’aggravation des dommages causés par l’eau. « Les assureurs ont été très actifs dans la prévention des dommages par le feu ou par la prévention du vol automobile; il ne serait pas étonnant qu’ils fassent de même pour les dommages par l’eau », dit-il.

Vie utile dépassée
« Certains pourraient dire que 50 % de vie utile n'est pas un seuil élevé. Toutefois, à 50 % de moyenne, cela signifie que certains systèmes sont à 10 % de leur vie utile et d'autres pourraient en être à 90 % », explique M. Chadirdjian. Il ne faut donc pas être surpris de voir les dommages reliés à l'eau augmenter, ajoute-t-il.

M. Chadirdjian a aussi rappelé que le citoyen avait un rôle à jouer pour prévenir les dommages causés par l'eau à une résidence. Il a avancé une statistique surprenante à cet effet. Le BAC estime ainsi que les bris mécaniques dans une propriété - dommages causés par les appareils de lavage et le chauffe-eau - sont responsables de 40 % des dommages d'eau, contre 60 % qui sont dus à une défaillance des infrastructures municipales. « Être propriétaire d'une habitation vient avec une responsabilité : celle de l'entretenir. On se doit de vérifier les équipements comme le chauffe-eau et les tuyaux d'approvisionnement en eau des appareils sanitaires. On doit aussi vérifier la fondation de son habitation et l'état de sa toiture, ainsi que les réparer ou les changer, si c'est nécessaire », dit-il.

Le directeur des affaires publiques et gouvernementales du BAC dit que le contrat d'assurance n'est pas un contrat d'entretien. Il ne revient pas à l'assureur de payer des infiltrations d'eau d'une toiture de 40 ans, dit-il. « Il faut rappeler aux citoyens qu'ils peuvent et doivent poser des petits gestes simples qui pourraient leur éviter bien des ennuis. À titre d'exemple : ne pas partir une brassée de lavage avant de quitter son domicile pour la journée ou la soirée ou encore fermer les conduites d'alimentation en eau avant de partir pour plusieurs jours. Peu le font, mais ce sont des gestes qui peuvent prévenir des dommages importants », dit-il.

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