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Épargne retraite : des PDG constatent des lacunes chez les Québécois

par Alain Castonguay | 20 avril 2016 07h00

Robert Dumas

Des dirigeants d’institutions financières ont confié être inquiets quant au niveau de préparation des Québécois à la retraite. Lors du colloque Retraite et Placements tenu par le Cercle finance du Québec, ils ont ciblé quelques lacunes en éducation financière.

Selon Robert Dumas, président de la Financière Sun Life au Québec, le contexte économique actuel explique en bonne partie l’accent mis sur la pérennité des régimes de retraite, qui sont « pris d’assaut » par plusieurs éléments : les faibles taux d’intérêt, la volatilité des marchés, les facteurs démographiques, etc. Les épargnants doivent se responsabiliser davantage à l’égard de leur retraite. Ils doivent réviser leurs stratégies de décaissement, poursuit-il.

Pour M. Dumas, le système canadien de retraite est efficace. Il est basé sur trois piliers, soit le régime public, les régimes privés fournis par l’employeur et l’épargne personnelle. Et les trois systèmes font preuve d’une certaine cohésion afin de relever les défis qui s’annoncent.

M. Dumas estime que le système réagit bien et qu’« il n’y a pas de crise à l’horizon. La preuve en est qu’il y a très peu de retraités pauvres, seulement 7 % des gens de plus de 65 ans sont considérés comme vivant sous le seuil de pauvreté. Ce résultat se compare avantageusement à celui affiché dans les autres pays dont l’économie est développée ».

La classe moyenne plus à risque

Les gens qui sont plus à risque sont ceux de la classe moyenne, qui gagnent plus de 50 000 $ par année sans participer à un régime collectif et qui épargnent trop peu. On en retrouve aussi qui ont accès à un régime sans toutefois y cotiser des sommes suffisantes. Ce sont ces groupes qu’il faudra viser lorsqu’on voudra réviser le système canadien, ajoute M. Dumas.

Afin de passer à l’action, Robert Dumas suggère quelques pistes. D’abord, il faut améliorer l’accès à l’épargne retraite en milieu de travail. « Le Québec a encore une fois été à l’avant-garde avec la création du régime volontaire d’épargne retraite (RVER), mais il est encore un peu tôt pour conclure sur la pertinence de l’outil », dit-il. La création du RVER a au moins été justifiée par un besoin réel. Il faudra aussi revoir la pertinence du régime de prestations et de cotisations à la Régie des rentes du Québec (maintenant Retraite Québec), a-t-il ajouté.

Une autre piste, qui interpelle davantage les institutions financières et les employeurs, sera d’offrir des produits mieux ajustés à la réalité des nouveaux épargnants, des jeunes familles et des travailleurs. « Il devient impératif de développer la littératie financière, afin de rendre les gens plus aptes à gérer leurs besoins d’épargne pour la retraite », dit M. Dumas.

Il faudra s’en remettre à des outils complémentaires, comme le conseil financier et les autres options offertes par défaut dans le système. Pour les prochaines générations, le travail en amont doit être accentué. Il faut réintégrer l’éducation financière dans le système scolaire, et tous les joueurs de l’industrie doivent mener une approche combinée. Il faut aussi mesurer les résultats et corriger le tir en temps utile, dit le PDG de Sun Life au Québec.

Des rendements à la baisse

De son côté, Roger Renaud, président au Canada de Gestion d’actifs Manuvie, a traité des perspectives de rendement des investisseurs et épargnants. Les taux obligataires sur 10 ans aux États-Unis étaient très élevés dans les années 1970 et 1980, mais ils correspondaient à des périodes où l’inflation était forte. Depuis, la Réserve fédérale américaine (Fed) est intervenue assez rapidement pour juguler l’inflation, explique-t-il.

« Il n’y a vraiment pas beaucoup de raisons d’augmenter les taux de manière importante en ce moment. La Fed comprend bien que le taux d’endettement des consommateurs est très élevé. Si elle remonte les taux trop rapidement, on retombe en récession », dit-il. Comme il n’y a pas de pression inflationniste en ce moment, il n’y a pas de raison convaincante pour augmenter les taux, ajoute-t-il.

M. Renaud voit des similitudes dans la situation d’autres pays à l’économie développée, comme la France, l’Allemagne ou le Japon. « La tendance baissière des taux obligataires sur 10 ans et très répandue, et pour la renverser, ça prendra beaucoup de temps », dit-il.

L’inflation est principalement alimentée par les salaires et l’état du marché de l’emploi, poursuit-il. Les pressions sont faibles en ce moment, et elles sont à la baisse depuis le début des années 1990. La variation de l’indice des couts salariaux (ICS) sur un an, ou la rémunération suit celle de l’indice des prix à la consommation (IPC), sans considérer l’alimentation et l’énergie. « Dans les deux cas, les tendances sont à la baisse », note-t-il.

« Les gens quittent leur travail lorsqu’ils estiment qu’ils ont de bonnes chances de trouver un meilleur emploi et de meilleures conditions ailleurs. Quand ça se produit, les entreprises sont incitées à augmenter légèrement les salaires pour les retenir. Pour l’instant, le taux de variation sur un an de la rémunération horaire moyenne est toujours inférieur à 3 %, ce qui est la moyenne depuis 30 ans. Encore une fois, avant que l’on sente un réel impact sur l’inflation, ça prendra du temps. »

Ses collègues chez Gestions d’actifs Manuvie ont produit un modèle des rendements attendus pour diverses catégories de titres. Pour la majeure partie d’entre eux, le rendement variera de 5 % à 7 %. Cependant, une bonne partie du rendement de ces actifs est fournie par la croissance des bénéfices, laquelle est étroitement reliée à l’augmentation du produit intérieur brut (PIB).

« Dans la mesure où les taux sont faibles, les rendements offerts ici ne sont guère excitants. Pour les portefeuilles équilibrés en actions et obligations, vous aurez des problèmes. Pour les régimes de retraite, bien des gens visent du 7 %, mais je peux vous dire que les gestionnaires se cassent la tête sérieusement pour atteindre 7 %. Ce n’est vraiment pas évident », dit Roger Renaud.

« Mon père a pris sa retraite il y a 25 ans, il a été directeur d’une commission scolaire. Il est encore surpris à 87 ans de voir son chèque de pension être augmenté de temps en temps », raconte-t-il.

Chaque individu doit revoir ses stratégies financières à l’approche de la retraite. « On sait que le taux de rendement sera moindre et la volatilité des marchés plus grande, ce qui est particulièrement cruel lorsque le marché baisse au moment où vous devez décaisser. Chaque baisse du capital vient augmenter la pression sur le besoin de rendement lors des années subséquentes. »

Dans les années 1990, le rendement médian d’une caisse de retraite était de 12 %. Même en enlevant l’inflation, qui était plus élevée, et les frais de gestion, « il en restait quand même pas mal. Dans les années 2000, on parle plutôt de 5 % », souligne-t-il.

Le principe général demeure le même : « Plus j’en mets de côté à un jeune âge, moins j’aurai besoin d’en ajouter durant les dernières années sur le marché du travail. Il faut en être conscient, c’est notre responsabilité », conclut-il.

Les salariés sous pression

Denis Leclerc, vice-président du Fonds de solidarité FTQ, croit que les Québécois devraient épargner plus. « Si on regarde les chiffres, on voit le taux d’épargne nette en fonction du revenu disponible des ménages. Il est de 2,1 % au Québec, de 3,3 % au Canada, de 4,3 % aux États-Unis, et de 5,7 % en moyenne dans les pays de l’OCDE. Alors, peu importe les valeurs, si on n’épargne pas assez, on aura des problèmes à la retraite », dit-il.

Au début des années 1990, le rapport entre le taux d’endettement à la consommation et le taux d’épargne au Québec était de 2 pour 1, c’est-à-dire que le taux d’endettement était 2 fois supérieur au taux d’épargne. En 2007, ce rapport était de 10 pour 1. « Je ne remonte pas au XVIIIe siècle, on parle ici de la situation qui existait il y a à peine 25 ans. On a multiplié par 5 l’écart entre l’épargne et l’endettement. »

Sur les 3,954 millions de travailleurs qu’on retrouve au Québec, 164 000 ont un régime à cotisations déterminées (RCD) et 1 379 000 cotisent à un régime à prestations déterminées (RPD). Il y a un autre bloc de 550 000 travailleurs qui participent à un autre type de régime collectif.

Cela laisse 1 861 000 travailleurs n’ayant aucun régime collectif. Ceux-là n’auront accès qu’aux régimes publics, dont le montant des prestations est plafonné à 21 700 $ par année. « Je trouve que c’est peu. Remarquez que pour ceux dont les revenus de travail sont bas, les besoins de remplacement sont moindres aussi. Pour eux, le régime volontaire d’épargne retraite (RVER) est une solution partielle », dit M. Leclerc.

Beaucoup de travail à faire

Au moment du colloque, quelque 1 100 entreprises avaient mis en place un RVER. Au Québec, on compte 87 000 entreprises qui comptent de 5 à 20 salariés, note-t-il. Ce bloc représente à lui seul près d’un million de travailleurs. « À ce jour, 6 000 salariés sont couverts par un RVER. On commence dans 13 mois à rendre le RVER obligatoire, il reste donc beaucoup de travail à faire. » Selon lui, ce résultat montre le manque d’intérêt pour l’épargne retraite. « Je ne suis pas certain, si l’employeur ne cotise pas, que le RVER connaitra un succès aussi phénoménal », ajoute-t-il.

Le rapport D’Amours estimait que le tiers de la population n’allait pas atteindre le taux de remplacement de 60 % des revenus à 65 ans. Pour les gens dont les revenus sont de 23 000 à 40 000 $, on évalue que 45 % des gens n’atteindront pas ce taux de remplacement, et ça grimpe à 49 % pour les gens dont les revenus sont de 40 000 à 55 000 $. Même pour les gens qui gagnent plus de 55 000 $, la situation est un peu meilleure, mais il y en a quand même 32 % qui n’auront pas 60 % à leur retraite.

Denis Leclerc a fait valoir les avantages des cotisations aux régimes proposés par son organisation, qui compte 600 000 actionnaires. Quelque 53 % d’entre eux ont un revenu inférieur à 60 000 $ par année. Selon lui, le Fonds est la recette pour combler cette pénurie d’épargne chez le travailleur. Il est aussi un puissant outil de promotion du REER, car 36 % de ses actionnaires ont fait leur première cotisation au REER par son entremise. En plus, 75 % des actionnaires du Fonds détiennent des REER dans d’autres institutions financières. « On a donc contribué à créer ce marché de l’épargne retraite au Québec », ajoute M. Leclerc.

Selon un sondage portant sur l’année 2013, quelque 77 % des actionnaires du Fonds ont cotisé durant toute l’année en épargnant sur leur salaire, contre 62 % pour l’ensemble des détenteurs de REER. Cet écart a été maintenu dans le temps depuis 10 ans, conclut-il.

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