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La hausse des prix freine les ventes d’assurance vie universelle

par Vicky Poitras | 20 juin 2012 16h06

Les hausses successives du cout nivelé d’assurance ont freiné les ventes du produit de vie universelle au premier trimestre de 2012 par rapport au premier trimestre de 2011.Les données préliminaires de LIMRA sur les ventes du premier trimestre en assurance vie individuelle au Canada démontrent d’ailleurs que c’est tout le portefeuille de produits d’assurance vie universelle qui commence à faire les frais de ces hausses.

Les ventes d’assurance vie sont en croissance, sauf celles de vie universelle. Entre les premiers trimestres de 2011 et de 2012, les nouvelles primes d’assurance vie ont cru de 7 % au Canada et le nombre de polices, de 5 %.

Au contraire, l’assurance vie universelle a vu ses nouvelles primes décroitre de 19 % et ses polices, de 10 %, selon cette période de comparaison. Pour le produit à cout nivelé, la baisse des primes atteint 27 % et celle des polices, 11 % entre ces deux premiers trimestres.

« Le pire est passé »

« Ce n’est pas surprenant lorsque l’on prend en compte les hausses de prix de l’an passé, a dit Karen Terry, en entrevue au Journal de l’assurance. Le pire est probablement passé. Il y en aura d’autres, mais peut-être pas d’aussi grandes ».

Il n’aura pas fallu longtemps pour qu’elles arrivent. Le 16 juin, Manuvie a procédé à une hausse de 6 % à 12 % de ses produits de vie universelle à cout nivelé. Manuvie a aussi haussé le cout uniforme de son produit de maladies graves. Il a par ailleurs changé la période de paiements des primes de son produit de soins de longue durée. Le creux historique des taux d’intérêt justifie ces décisions.

L’augmentation moyenne des taux du cout nivelé atteint 6,1 % pour le produit InnoVision, 6,3 % pour le produit VU Sécurité et 12 % pour le produit VU à prime temporaire (produit à paiements limités). Elle touche la plupart des taux uniformes des couvertures individuelles ou conjointes, y compris les ajouts de couverture à des contrats existants.

Dans son mémo aux conseillers, Manuvie révèle en outre que la hausse varie selon l’âge de l’assuré et son indice-santé. Elle est plus grande si le client est jeune. Pour certains clients plus âgés, elle sera inexistante.
« Les taux CDA (cout d’assurance) uniforme n’augmenteront pas pour les titulaires de contrats InnoVision ou VU Sécurité ayant plus de 60 ans et un indice-santé 3 », précise le document. Cette catégorie inclut les clients non fumeurs en bonne santé. L’assureur a attribué cette catégorie à 47 % de ses clients, tous âges confondus.

Toutefois, certains titulaires plus âgés d’InnoVision verront augmenter les taux CDA annuel croissant jusqu’à 85 ans, pendant 15 ans. Cette hausse touche tous les nouveaux contrats, ainsi que les couvertures ajoutées à des contrats existants.

Les taux de la gamme de produits temporaire 100 ans Temporaire viagère subissent également une hausse. Elle touche les produits Temporaire Famille et Temporaire Entreprise, pour les couvertures individuelles ou conjointes au dernier décès, incluant les couvertures ajoutées à des contrats existants. Le rabais sur les primes annuelles passe quant à lui de 5 % à 2 %.

Nouvelle ronde?

D’autres assureurs suivront-ils le pas? Au moment de fermer la présente édition, aucun assureur n’était allé dans ce sens.

La Financière Sun Life n’écartait toutefois pas la possibilité d’une nouvelle hausse. « Les taux d’intérêt des obligations du Canada sur 30 ans ont continué à baisser depuis la dernière ronde de hausse des prix. Si ces taux continuent à décliner ou restent à leur niveau actuel, il pourrait y avoir d’autres hausses », dit Hélène Soulard, directrice des affaires publiques chez Sun Life.

L’assureur croit aussi que tout retour en arrière est devenu impossible. « Lorsque l’assurance vie universelle à cout nivelé a été lancée au Canada, le taux des obligations à long terme était approximativement de 9 %, dit Mme Soulard. Alors que même une faible augmentation du taux des obligations à long terme aura un effet bénéfique, il est peu probable qu’elle résulte en une réduction du prix du cout nivelé ».

Pour sa part, Saundra Edwards n’est pas surprise de la décision de Manuvie « avec les taux d’intérêt qui demeurent bas ». Vice-présidente adjointe, marketing et développement de produits d’assurance vie individuelle chez Great-West, Canada-Vie et London Life, elle étudie aussi une hausse, mais ce n’est pas la seule avenue envisagée.

« Nous nous attendions à une autre ronde et Manuvie a été la première à y aller. Il sera intéressant de voir qui sera le prochain. De notre côté, nous avons fait notre deuxième hausse en février. Nous révisons régulièrement nos produits, tant du côté des primes que des caractéristiques. Le geste de Manuvie fait partie des discussions », s’est limitée à dire Mme Edwards sur toute éventuelle décision.

Les primes ne sont en effet pas les seules caractéristiques des produits permanents à subir la pression des taux d’intérêt. En souffrent aussi les garanties d’intérêt des options à revenu fixe. Manuvie et plusieurs autres assureurs ont abaissé cette garantie dans les derniers mois.

En février, Great-West et ses filiales d’assurance avaient baissé le taux garanti des options d’investissement à revenu fixe. Le taux garanti 5 ans était passé de 2 % à 1,5 %, et le taux sur 10 ans, de 2,5 % à 2 %.
Hausse de prix ou baisse de garanties, Great-West, Canada-Vie et London Life n’échappent pas au recul des ventes annoncé par LIMRA. « Nous avons observé un déclin dans nos ventes d’assurance vie universelle, mais pas autant que dans l’ensemble de l’industrie », dit Mme Edwards.

Les agents généraux écopent

Plus présents que le réseau des agences dans le segment de l’assurance vie universelle, les agents généraux ressentent particulièrement le fléchissement des ventes. Selon LIMRA, les conseillers indépendants ont connu une croissance relativement médiocre au premier trimestre de 2012, avec un déclin important en vie universelle et un gain modeste en vie entière.

Ainsi, leurs ventes totales ont reculé de 1 %, alors que celle des agents captifs ont cru de 20 % au premier trimestre de 2012, comparé au premier trimestre de 2011.

Des agents généraux ont confirmé ce phénomène. Les ventes d’assurance vie universelle de S_Entiel, agent général de Laval et membre du Groupe AgenZ, ont reculé de 12 %, tant en nombre de dossiers qu’en termes de primes, a confié son PDG, Réal Bolduc, au Journal de l’assurance.

L’assurance à cout nivelé a subi le plus grand recul, tandis que l’assurance vie universelle à taux renouvelable annuellement maintient de bons résultats, dit-il. Les nombreuses annonces de hausses du cout nivelé on donné lieu à une ruée vers les ventes à la fin de 2010 et l’an dernier. Impossible d’égaler ce flot d’affaires au premier trimestre 2012, alors que plusieurs hausses sont déjà en vigueur.

« Les conseillers se sont dépêchés avant les hausses. Nous avons reçu des propositions et ça pressait. Au premier trimestre, ces affaires sont globalement en baisse, affectées par l’augmentation des prix. Le produit permanent est le plus affecté. La vie universelle à cout d’assurance temporaire connait une modeste progression », dit M. Bolduc. Il souligne toutefois que le premier trimestre d’une année n’est jamais un gros trimestre de vente en assurance de personnes.

Si la vie universelle recule, d’autres produits prennent la vedette dans le réseau de distribution, dit M. Bolduc. C’est le cas des produits de prestation du vivant, dit-il.

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