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La longévité : pas pour tous

par Alain Thériault | 24 février 2015 09h00

Les gains de longévité cachent des inégalités dans l’espérance de vie entre individus d’une même génération. C’est entre autres ce que conclut un cahier de recherche publié en novembre par la Chaire de recherche Industrielle Alliance sur les enjeux économiques des changements démographiques.Citant l’Institut de la statistique du Québec, l’étude rappelle l’évolution de la longévité au Québec : « En 2012, l’espérance de vie à 65 ans était de 22 ans pour les femmes et de 19 ans pour les hommes, alors qu’en 1921, elle n’était que de 13,5 ans pour les femmes et de 13 ans pour les hommes. »

L’étude observe toutefois des disparités de la longévité qui n’arrive pas à compenser le filet social. « Les politiques publiques prennent encore peu en compte les différences de longévité, au contraire d’autres différences telles que les inégalités de revenu », concluait l’étude.

Elle soutient qu’il existe de fortes inégalités selon le genre, la situation matrimoniale et le revenu reflété par la catégorie socioprofessionnelle et le niveau d’éducation. Des différences d’espérance de vie peuvent même s’expliquer par le lieu de résidence, explique la Chaire. « Au Québec, on vit plus longtemps dans la région de Laval où l’espérance de vie est de 80,4 ans pour les hommes et moins longtemps dans la région du Nord-du-Québec où l’espérance de vie des hommes n’est plus que de 72,4 ans. »

Le niveau de revenu semble quant à lui avoir entrainé des inégalités dans les dernières années, au regard d’une étude américaine de 2009 citée par la Chaire. Les différences de longévité par revenu ont augmenté aux États-Unis de 1983 à 2003. Entre 1983 et 1997, les hommes de 35 à 49 ans appartenant aux 20 % des Américains les plus pauvres dans la population observée affichaient un taux de mortalité 5,9 fois plus élevé que celui des 20 % les plus riches. Entre 1998 et 2003, cet écart est passé à 8,3 fois.

La Chaire signale que cet accroissement résulte en particulier du fait que l’espérance de vie des plus pauvres n’a pas changé alors que celle des plus riches a augmenté. Pour les femmes, l’espérance de vie a même diminué pour les deux quintiles de revenus les plus faibles. En ce qui les touche, l’écart de taux de mortalité entre plus pauvres et plus riches est passé de 1,8 à 4,8 entre les deux périodes observées.

Le professeur émérite de l’Université Laval, Jean-Yves Duclos, mentionne plusieurs changements démographiques qui viendront changer la donne au Québec dans les prochaines années.

En 2013, 13 % des Québécois en âge de travailler étaient issus de l’immigration. Dans à peine 15 ans, ce pourcentage montera à 22 %, selon M. Duclos. Par ailleurs, le taux d’emploi changera peu dans l’ensemble de la population, sauf pour les jeunes âgés de 16 à 25 ans, car ils seront davantage aux études. Il sera plus élevé chez les travailleuses plus âgées. « Tout cela a une signification pour les revenus au travail et à la retraite », en a-t-il conclu. D’après lui, les changements dans le marché du travail en entraineront aussi dans le revenu moyen.

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