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La mort du portail du CEPA ouvre la porte à une multitude de solutions de commerce électronique

par Stéphane Desjardins | 19 février 2006 15h11

La mort du portail du CEPA ouvrira la porte à une multitude de solutions de commerce électronique. Cette prédiction est avancée — et soutenue — fortement par deux des plus grands acteurs en matière de commerce électronique au Canada : Applied Systems et Technologie Keal.Le 12 janvier, le Journal de l’assurance réunissait à la même table les présidents Greg Purdy, président de Applied Systems Canada, et Pat J. Durepos, président du conseil de Technologie Keal. Ces derniers sont catégoriques : la disparition du portail du CEPA signifie la fin du concept de solution unique de transmission de données entre courtiers et assureurs au Canada.

Ces deux sociétés, qui disent représenter 75 % du marché canadien des systèmes de gestion de cabinets de courtage d’assurance de dommages, prônent désormais la diversité. MM. Purdy et Durepos affirment tous deux que désormais ce sont les lois du marché qui dicteront la façon dont assureurs et courtiers échangeront des données. André Arseneault, vice-président exécutif chez Applied Systems, participait aussi à la table ronde.

Nous sommes aujourd’hui dans un univers où la norme XML a pratiquement pris le dessus sur tout autre langage permettant d’instaurer des protocoles de communication pour l’échange de données. Dans ce contexte, les deux dirigeants s’entendent pour dire que, d’ici quelques mois, plusieurs solutions auront émergé pour accomplir ce que le Centre d’étude de la pratique d’assurance (CEPA) a tenté d’établir avec son défunt portail.

« Les forces concurrentielles vont accélérer le développement de solutions d’ici deux ans et nous verrons des choses qu’on n’avait jamais vues lors des 20 dernières années », avance André Arseneault.

Loin de s’inquiéter de ce constat qu’il partage, M. Durepos estime que le courtier en sortira gagnant : « Ils ont de la chance de bénéficier de la compétition entre Keal, Applied et les autres, dit-il. Car ce choix sera dicté par les besoins du client, et non par une norme imposée par un organisme ayant son propre agenda. Dans ce contexte, la propriété de la technologie importe peu. C’est le besoin du client qui doit compter avant tout. »

Le client est roi

M. Durepos affirme que les fournisseurs technologiques sont constamment à l’écoute de leur clientèle. Ce qui leur donne un avantage sur des organismes comme le CEPA : « Le portail du CEPA visait principalement les nouvelles affaires, dit-il. Mais dans un cabinet, les transactions liées aux nouvelles affaires ne représentent que 10% des activités. D’un autre côté, 40% des transactions effectuées par le cabinet se rattachent à des avenants. Un autre segment de 40% représente des demandes de renseignements souvent liées à des renouvellements, à des changements à la police et à la facturation. Et 10% à des réclamations. »

« Notre but, c’est de proposer sans cesse plus de valeur ajoutée à notre clientèle, explique Greg Purdy. Or, les nouvelles affaires ne constituent pas le secteur le plus performant financièrement pour les courtiers, du point de vue de la rentabilité. Si notre offre permet de diminuer les coûts d’administration liés à une grande partie des activités des courtiers, nous aurons un impact plus grand que ce qu’envisageait de faire le CEPA avec son portail. »

Les deux présidents expliquent qu’il existe cinq fonctionnalités entourant le transfert de données informatiques entre assureurs et cabinets de courtage : l’inscription unique, les demandes d’informations pour facturation ou réclamation, les avenants, la tarification comparative et les nouvelles affaires. Les technologies proposées par Keal et Applied offrent déjà toutes ces fonctionnalités, sauf la dernière.

Applied Systems mousse sa plate-forme Warp, tandis que Technologie Keal défend la sienne, Nexisys. Elles permettent toutes deux l’inscription unique.

Keal a étudié 2700 transactions liées aux avenants chez ses courtiers clients hors Québec. Elles représentaient 8000$ de revenus de commission en moyenne par courtier. « Ce n’est pas une fortune. Mais si notre technologie de transfert de données permet de diminuer les coûts liés à ce type de transaction, nous aurons contribué à améliorer la rentabilité de nos clients », défend-il.

De toute évidence, les dirigeants de Keal et de Applied considèrent que l’avenir de leur secteur d’activité réside dans les économies générées chez leurs clients par le raffinement de leur offre de produits.

M. Durepos explique que l’industrie de l’assurance a adopté le format XML pour les fichiers de données informatiques. Cette norme de facto facilite grandement le travail des fournisseurs technologiques dans leur quête pour l’établissement de protocoles de transmission de données intégrés à leurs systèmes de gestion de cabinets. Le courtier n’a donc pas à quitter celui-ci pour passer par un portail ou par un autre logiciel. Et il bénéficie des avantages de l’inscription unique (single sign on).

Cette technologie permet une seule identification (avec NIP et mot de passe unique) pour que le courtier puisse accéder à l’ensemble des systèmes informatiques des assureurs. Un concept d’affaires obtenu par le CEPA, mais laborieusement. Keal et Applied Systems proposent également cette technologie, qui évite à un courtier de multiplier les validations par NIP et mot de passe, ce qui accélère les processus d’affaires. En bout de ligne, ce gain de productivité diminue les coûts administratifs.

« L’industrie de l’assurance est marquée par un problème auquel s’est heurté de plein fouet le CEPA lorsqu’il a développé son portail, reprend M. Durepos. C’est que les systèmes informatiques des assureurs ne sont pas tous au même niveau. Certains ont des portails internet. D’autres, des systèmes fermés (legacy systems) avec ou sans capacité de communication internet ou intranet. Quelques-uns transmettent encore la nuit leurs données par lots quotidiens (batch). Plusieurs n’ont pas investi dans la connectivité entre leur système et ceux de leurs distributeurs. Mais l’écrasante majorité peut désormais transmettre des fichiers sous format XML. C’est une réalité avec laquelle nous pouvons parfaitement composer. »

« Les assureurs divergent quant à leur stratégie de transmissions de données, reprend M. Arseneault. La tarification comparative en assurance automobile proposée par le portail du CEPA se limite à une fraction des millions de transactions effectuées chaque année dans cette industrie. Ce sera aux courtiers de faire pression sur les assureurs pour qu’ils améliorent leur connectivité avec leurs distributeurs. Comme ils l’ont fait aux États-Unis, où de gros producteurs et des regroupements de courtiers ont incité les assureurs à utiliser Warp. »

Applied Systems décrit sa technologie Warp comme une trousse d’outils de reformatage et de communication de données entre assureurs et cabinets de courtage. Ce service fait appel à des serveurs externes géants, basés dans un site américain secret. L’information circulant entre les ordinateurs des assureurs et ceux des courtiers est retraitée lorsqu’elle transite par ces serveurs.

Du changement pour bientôt

« Depuis la disparition du portail, les téléphones des fournisseurs de solutions technologiques sonnent constamment, avance Greg Purdy. Courtiers et assureurs nous sollicitent pour prendre le relais. Puisque la poussière n’est pas encore retombée, il est encore difficile de prédire quel sera le paysage technologique dans un proche avenir. Mais le secteur privé accomplira probablement en quelques mois ce que le CEPA a tenté de faire depuis des années. »

« Mais rien de mieux que de laisser les forces du marché proposer des solutions aux problèmes de l’industrie, commente Pat Durepos. Les courtiers vont faire de plus en plus de pressions sur les assureurs pour faciliter les échanges électroniques. Nous discutons déjà avec les assureurs pour prendre le relais du portail du CEPA. Même si nous ne pouvons compter sur cette plate-forme commune, notre industrie disposera de plusieurs solutions qui rendront les courtiers encore plus compétitifs face aux assureurs directs. Je suis aussi courtier, et je ne doute pas une seconde que l’avenir soit prometteur pour les courtiers. »

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