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La pénétration des génériques demeure faible au Québec par rapport aux autres provinces

par Alain Thériault | 05 janvier 2016 07h00

Le Québec a l’un des plus bas taux de pénétration des médicaments génériques, ce qui entraine des conséquences sur les régimes collectifs.

L’arrivée en 2015 du médicament biosimilaire de Remicade, Inflectra, a suscité une discussion sur ce que les régimes privés feront pour encourager leur utilisation et celle des génériques, croit Johanne Brosseau, présidente-fondatrice de BrosseauMedConsult. « Par exemple, une dose de Remicade coute 940 $ et celle d’Inflectra 650 $, soit 30 % moins cher », dit-elle. Selon Mme Brosseau, plusieurs médicaments biosimilaires apparaitront d’ici la fin de 2015. Le 2 février, Inflectra a été le premier biosimilaire à faire son entrée au Québec.

Martin Papillon, PDG de Groupe financier AGA, observe dans sa pratique que le médicament générique compte pour 57 % des prescriptions soumises en réclamation. L’autre 43 % provient de médicaments d’origine, dont plus du tiers sont des médicaments d’origine pour lesquels il existe un générique, soit de 15 % à 18 % des prescriptions totales au Québec.

Selon les données compilées dans son dernier rapport, les dépenses totales en médicaments d’ordonnance ont représenté près de 7,7 milliards de dollars (G$) au Québec et 28,8 G$ au Canada, en 2014. Au Québec, elles ont compté pour 17 % des dépenses totales en santé. Depuis 1995, les dépenses en médicaments prescrits par habitant, au Québec, sont toujours supérieures à celles du reste du Canada, fait remarquer le Commissaire à la santé et au bien-être du Québec.

« C’est aussi au Québec que nous avons le plus bas taux d’utilisation des médicaments génériques au Canada », estime Jean-Paul Ranno, directeur principal, ventes et gestion de portefeuille, assurance collective, région du Québec, chez Manuvie.

Les choses ont changé en vertu du Projet de loi 28 adopté sous le bâillon le 20 avril. Le 1er octobre, l’article 28.2 sur les génériques, dans la Loi sur l’assurance médicaments, a été remplacé par l’article 8.2 de la nouvelle loi. « L’entrée en vigueur de cet article incitera l’utilisation du générique », croit M. Ranno.

L’article 28.2 de la Loi sur l’assurance médicaments remplacé ne traitait pour sa part que du régime public. Il prévoyait que lorsqu’une personne admissible choisit un médicament prescrit dont le cout dépasse le montant maximum du paiement couvert par le régime général ou lorsque le cout du médicament prescrit dépasse ce montant, la différence entre ce montant et le prix payé doit être assumée par la personne admissible. La différence n’était pas incluse dans la contribution payable par la personne. Elle n’entrait pas dans le calcul de sa contribution maximale.

Prix en pharmacie

L’adoption des génériques demeure une question de sensibilisation, rappelle Martin Papillon. « Nous voulons aider l’employeur à gérer la progression des couts et rendre les régimes plus soutenables à long terme. Il faut entre autres l’aider à sensibiliser le participant au fait qu’il serait beaucoup moins couteux de prendre le médicament générique », dit-il.

Une deuxième avenue de gestion des couts serait facilitée avec plus de transparence dans le prix des médicaments vendus en pharmacie. « Vous aurez des prix différents selon les bannières et des prix différents pour une même bannière dont les points de vente sont situés dans des endroits différents. Il y a un avantage à magasiner », croit M. Papillon.

Or, le magasinage a ses limites au Québec puisqu’il est difficile de comparer le prix réel du médicament. « Nous sommes la seule province au Canada où le pharmacien a le loisir d’enterrer ses honoraires de distribution dans le prix total du médicament, soutient M. Papillon. Dans toutes les autres provinces, le pharmacien affichera séparément le prix de l’ingrédient et celui de ses honoraires. » Ces honoraires varieront par exemple entre 9,95 $ et 11,95 $. « Un régime en Ontario pourra par exemple stipuler dans ses garanties qu’il ne rembourse que 9,95 $ des frais d’honoraires d’un médicament prescrit. »

Martin Papillon aimerait par ailleurs voir passer le Québec à une autre pratique pour laquelle l’Ontario a de l’avance : la prescription aux 90 jours plutôt qu’aux 30 jours. « Cela couterait moins cher en honoraires. » Ce mode de prescription s’adresse généralement au patient chronique dont la condition et le dosage du médicament sont stables.

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