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La réassurance sous la loupe : dangers à l’horizon

par Hubert Roy | 09 septembre 2019 11h30

La dévastation causée par l’ouragan Dorian sera au cœur des discussions des réassureurs réunis au Rendez-Vous de septembre de Monte-Carlo.

Les enjeux ne manquent toutefois pas pour cette industrie, font remarquer les agences de notation S&P Global Ratings et Moody’s. Celles-ci ont multiplié les rapports à cet effet au cours des dernières semaines.

Une source de capitaux à sécuriser

S&P a amorcé le bal avec un rapport soulignant que les capitaux ne manquent pas en réassurance. Toutefois, les sommes investies par des tierces parties, tels des régimes de retraite, qui ont massivement investi des fonds en réassurance au cours des dernières années, demeurent capitales pour le secteur.

Citant Aon Securities, S&P indique que les capitaux disponibles chez les réassureurs s’élèvent à 605 milliards de dollars (G$), dont 93 G$ proviennent de joueurs alternatifs. Ce chiffre a doublé en sept ans et a quadruplé en 13 ans.

Le capital en réassurance à l’échelle mondiale

Se concentrer sur les bonnes choses

Un autre rapport produit par S&P mentionne pour sa part que les réassureurs devront être plus actifs dans la gestion de leurs capitaux. Ils devront ainsi se décider à sortir des marchés qui ne font pas partie de leurs activités principales (core business) et concentrer leurs forces de souscription et de gestion de risques dans les activités dans lesquelles ils sont des experts.

« S’ils exécutent cette stratégie de la bonne façon, cela peut avantager à la fois les réassureurs et les compagnies qui leur cèdent des risques. En regardant le tout attentivement, elles peuvent réduire la volatilité de leur portefeuille tout en réduisant les exigences règlementaires qui leur sont demandées », explique l’analyste Saurabh Khasnis.

Une pertinence à prouver

Comme l’indique le titre d’un troisième rapport, 2020 Reinsurance Sector Outlook, Secular Headwinds Continue Despite Positive Pricing Momentum, les réassureurs doivent s’attendre à ce que 2020 ne soit pas de tout repos. Ceux-ci ont enregistré de lourdes pertes en 2017 et en 2018 vu les nombreuses catastrophes. Même si la tarification des traités de réassurance est à la hausse, le marché fait face à une standardisation. L’innovation tarde aussi à entrer dans la philosophie de gestion des réassureurs, dit l’analyste Taoufik Gharib.

Les questions sont nombreuses. Les réassureurs sont-ils complaisants dans leurs façons de faire ? Ne font-ils que réagir aux aléas de la tarification posés par les cataclysmes ? Il demande à ce que les réassureurs s’autocritiquent davantage.

M. Taoufik dit croire que le produit de réassurance est en voie de se standardiser, particulièrement du côté des catastrophes. Le marché demeure hautement concurrentiel, ce qui retarde le besoin d’innover. M. Taoufik précise toutefois que le questionnement quant à la pertinence de la réassurance doit s’amorcer tout de suite.

Cout moyen pondéré du capital des réassureurs et rendement sur le capital

Start-up ou pas ?

Quatrième rapport : les réassureurs qui entrent dans le marché sont-ils nécessairement des start-ups ? Non, affirme S&P. Il y a beaucoup de nouveaux joueurs qui se lancent avec des dirigeants expérimentés.

Une start-up est une entreprise dont les fondateurs ont peu d’expérience dans le domaine de l’assurance, ont tenu à rappeler les analystes de S&P, alors qu’ils présentaient ces nouveaux critères de notation.

Les profits ne couvrent pas les pertes…

Chez Moody’s, on s’inquiète du fait que les profits engrangés par les réassureurs ne couvrent pas les réclamations qu’ils versent. Leur capacité à absorber des pertes futures s’en trouve donc amoindries, disent ses analystes.

S’ajoute à cela le changement climatique. Les réassureurs y sont plus exposés que d’autres, vu leur rôle lors de catastrophes naturelles. Les analystes de Moody’s avertissent les réassureurs de porter une attention particulière aux feux de brousse, car leur fréquence et leur sévérité augmentent.

La fréquence et la gravité des catastrophes naturelles augmentent

… qui dépendront des ouragans

Le passage de Dorian est une mauvaise nouvelle si on extrapole les conclusions d’un autre rapport de Moody’s. Pour ses analystes, la rentabilité du secteur en 2020 sera étroitement liée à la saison des ouragans. Les réassureurs pourront ajuster leur tarification à mi-année, mais jusqu’à quel point ? Il ne faut pas oublier que dans la région du pacifique, le typhon Jobi a causé de lourds dommages. Si les ouragans se multiplient, la firme de notation anticipe qu’elle devra revoir à la baisse la cote de solidité financière des réassureurs qu’elle suit.

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