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La rentabilité diminue en assurance habitation : les assureurs aux aguets

par Sophie Boltz | 05 avril 2011 15h05

Le segment de l’assurance habitation, et particulièrement celui des propriétaires de bâtiments, est devenu un enjeu pour les assureurs. Les événements climatiques importants génèrent des sinistres de plus en plus nombreux et couteux. Ce marché devient moins rentable et les assureurs surveillent de près l’évolution de la situation, a appris le Journal de l’assurance.

Louis Chantal, vice-président à l’indemnisation chez Desjardins Groupe d’assurances générales, souligne que ce marché se durcit depuis près de trois ans. « Les hausses de tarifs correspondent à la perte de rentabilité chez les assureurs, sans plus, dit-il. Chez Desjardins, au début des années 2000, une révision complète des produits d’assurance habitation a été faite. L’assureur avait entre autres revu sa gamme de produits et ajouter des avenants pour l’infiltration des eaux au niveau du sol ou par la toiture. Les avenants pour les piscines extérieures avaient aussi été raffinés.

Installations obsolètes dans les municipalités

En plus des changements climatiques, un autre phénomène a un impact important sur la rentabilité de ce segment d’affaires, dit M. Fortin. Les installations sanitaires des municipalités ont pris de l’âge et sont maintenant obsolètes dans plusieurs municipalités. Il cite le cas de Montréal en exemple.

« Ces installations nécessitent un investissement majeur afin de les rendre adéquates. Aussi, l’urbanisation importante dans les villes, les nombreuses mises en chantier, ont pour effet de surcharger encore plus les installations existantes et cela engendre toutes sortes de conséquences », dit M. Fortin.

Couvrir les inondations : la question divise l’industrie

Lors du Congrès de l’assurance et de l’investissement 2008, Jean-Guy Bergeron, professeur de la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke, avait suggéré aux assureurs de songer à couvrir les inondations. Par la suite, en novembre 2010, l’Institut de prévention des sinistres catastrophiques a publié une étude sur le sujet soulignant que l’industrie devrait offrir un produit couvrant l’assurance inondation comme c’est le cas en assurance des entreprises.
Interrogés à cet effet, des assureurs ont affirmé au Journal de l’assurance qu’une solution combinant l’intervention à la fois du gouvernement et celle des assureurs semblerait être l’idéal. La question divise toutefois l’industrie.
Chez Desjardins Groupe d’assurances générales, on regarde cette possibilité. « Nous pourrions nous inspirer de pays qui offrent déjà ce produit, comme l’Angleterre, par exemple, qui semble obtenir du succès dans ce domaine », dit Louis Chantal.
Le vice-président à l’indemnisation de Desjardins dit toutefois qu’il faudrait que l’ensemble des assureurs s’entendent pour offrir ce produit. Un assureur seul ne pourrait pas l’offrir sans que les autres n’emboitent le pas, puisque cet assureur se retrouverait du jour au lendemain avec beaucoup de risques. Le paiement d’indemnités ne serait alors plus une possibilité, mais une certitude.
M. Chantal croit aussi qu’une solution où le gouvernement garderait une part de l’intervention en cas d’inondation devrait être envisagée. Un peu comme l’assurance automobile, ajoute-t-il, où le gouvernement et les assureurs peuvent intervenir dans le paiement de l’indemnité.
La position de Co-operators est sensiblement la même. « Nous regardons la possibilité d’offrir une assurance inondation, dit Serge Gagné, directeur national de l’assurance des particuliers. Il faut trouver une solution pour les assurés ». Lui aussi précise qu’une compagnie ne pourrait faire cela seule.
Pour AXA Assurances, les inondations sont un événement prévisible. Les changements climatiques causent des dommages par l’eau importants, dit Yves Fortin. L’assureur ne voit donc pas comment les inondations pourraient être couvertes.
Intact Assurance n’a pas de position sur le sujet, dit Pierre Lepage. Il s’avance toutefois en disant qu’il ne croit pas que la demande pour ce genre de produits viendra des consommateurs, sauf peut-être ceux qui vivent dans des zones à risque.
« Les primes élevées pour ce genre de produit découragerait probablement les clients à se procurer ce produit », dit-il.

Un autre élément qui affecte la rentabilité de l’assurance habitation est la hausse des valeurs assurables, dit le vice-président d’AXA. « Les couts de reconstruction augmentent. Les prix des matériaux de construction augmentent plus vite que l’Indice des prix à la consommation, dit M. Fortin.

Il précise que selon Statistique Canada, la valeur de reconstruction des maisons a augmenté de façon considérable depuis la fin des années 1990. « Une maison dont la valeur était de 250 000 $ en 1997 est aujourd’hui de 400 000 $. Si on veut garder un équilibre dans les tarifs tout en rentabilisant le marché, on doit continuer à trouver des solutions, dit M. Fortin. Les municipalités devront investir dans leurs installations sanitaires et la prévention devient un outil de rentabilisation important. Les propriétaires de maison sont responsables de l’entretien de leur propriété. Plusieurs attendent souvent que le toit coule avant de le remplacer. »

Chez Aviva Canada et Co-operators, on confirme que 2010 a été meilleure que 2009 : cinq points de mieux en ce qui concerne la sinistralité pour les deux assureurs malgré la plus grande sévérité des sinistres. Cela s’explique en partie par les hausses de tarifs, disent les deux assureurs. Serge Gagné, directeur national de l’assurance des particuliers chez Co-operators dit que la tarification de ses primes souscrites a augmenté de 7 % par rapport à 2009.

Tremblement de terre au Japon : les Québécois pas plus intéressés à une protection

Le récent tremblement de terre ayant secoué le Japon le 11 mars a fait couler beaucoup d’encre. Plusieurs se sont demandé ce qui se passerait si un tel séisme venait à nous atteindre. Au Japon, comme ici, l’assurance des habitations ne comprend généralement pas la garantie contre le risque de tremblement de terre, laquelle doit être souscrite séparément. Malgré les questionnements soulevés, les assureurs interrogés par le Journal de l’assurance disent ne pas avoir eu plus de demandes pour un avenant contre les tremblements de terre.
« Les Québécois sont présentement plus touchés par la neige et les dommages par l’eau. Ils se préoccupent plus d’avoir une bonne protection pour ces dommages que pour le tremblement de terre, précise Pierre Lepage, vice-président assurance des particuliers pour le Québec chez Intact Assurance.
Il ajoute que les primes de tremblement de terre représentent une dépense annuelle de près de 150 $ pour les détenteurs de polices d’assurance habitation. Les franchises sont élevées également, allant de 4 % à 10 % selon l’option choisie, ce qui en décourage plusieurs à souscrire cet avenant.
Malgré tout, chez Intact, 2,6 % des propriétaires-occupants assurés détiennent l’avenant tremblement de terre sur leur contrat, comparativement à 2,4 % en 2009. Cette légère hausse avait suivi la catastrophe d’Haïti.
« De plus, la révision récente des formulaires de base par le BAC incitent les courtiers à rediscuter des protections suite à ces changements et ils profitent de l’occasion pour offrir l’avenant », ajoute M. Lepage.
Chez Desjardins Groupe d’assurances générales, Caroline Phémius, responsable des relations de presse, confirme que les séismes étrangers n’engendrent généralement pas de changement dans la demande des produits. Elle précise que chez Desjardins, 3,5 % des détenteurs de polices d’assurance habitation ont ajouté l’avenant contre les tremblements de terre, ce qui représente une hausse de 2,4 % par rapport à 2009. « Nos agents proposent l’avenant systématiquement lors des mises à jour des dossiers et aussi lors des soumissions », ajoute-t-elle.
La garantie qui couvre l’incendie suite aux tremblements de terre semble par contre trouver plus de preneurs en assurance habitation. « Cette protection, qui faisait partie autrefois des contrats de base chez Intact a été retirée et a été ajoutée de façon automatique aux contrats qui l’incluaient de manière à ne pas créer de trou dans la police des assurés », dit Pierre Lepage d’Intact.
Même son de cloche chez Co-operators. « Cet avenant est ajouté à tous nos contrats », dit Serge Gagné, directeur national chez cet assureur. « En revanche, la garantie couvrant les tremblements de terre eux-mêmes est très peu vendu. Il y a toujours une réaction dans le marché quand un événement majeur se produit. Reste à voir si celui du Japon aura un impact significatif sur la demande de l’avenant ».

En ce qui concerne la sévérité des dommages, Lucie Fréchette, vice-présidente développement des affaires pour le Québec chez Aviva, précise que ses pertes moyennes au Québec sont de l’ordre de 12 000 $ en 2010, comparativement à 5 600 $ en 2000. Elle ajoute que la tendance qui prédomine est bel et bien celle des dommages par l’eau qui sont devenus la première cause des dommages (41,4 %), suivi par les dommages par l’incendie (38 %). Malgré tout, aucun assuré voulant couvrir les dommages par l’eau n’est refusé chez Aviva. Les primes et les garanties offertes varient d’une région à l’autre.

Mme Fréchette précise que la rentabilité de leur segment d’assurance habitation en 2010 par rapport à 2009 s’explique par un ajustement de la tarification qui a été fait au cours de la dernière année. De plus, 2010 a été une année clémente en ce qui a trait à la météo comparativement aux deux années précédentes. D’autre part, les pertes causées par le vol se maintiennent à 7 % de toutes les réclamations reçues.

« Fait cocasse : depuis 2002, les cambriolages sont en hausse pendant l’été. Cette situation s’explique par le fait que les gens sont en vacances pendant cette période. Il y a 28 % plus de cambriolages commis le vendredi par rapport au dimanche », dit Mme Fréchette.

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