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La reprise économique passe par l’innovation, affirme Jacques Nantel

par Alain Castonguay | 20 octobre 2020 11h24

Jacques Nantel

Photo: Réjean Meloche

Selon le professeur émérite Jacques Nantel, de HEC Montréal, l’innovation dont font preuve les entrepreneurs permettra la reprise économique, comme cela a été le cas lors des crises économiques précédentes.

M. Nantel a présenté sa vision de la chose lors d’un webinaire tenu le 14 octobre dans le cadre de la Semaine de la coopération. L’activité se déroulait sous le thème « Repenser notre société avec les défis de demain ».

Trois tendances

Jacques Nantel a abordé les impacts économiques et humains de la crise sanitaire. Il raconte avoir passé l’été à relire des essais portant sur les crises économiques survenues depuis 1870. Selon lui, trois tendances se dégagent de cette analyse.

Premièrement, les gens qui détiennent déjà des actifs profitent des occasions offertes par la crise pour en accumuler davantage. Ainsi, les grands joueurs économiques augmentent leur taille et améliorent leur efficacité. Quelque 10 % de ces deux groupes profitent ainsi de la situation. « On le voit avec Amazon, qui rachète tous les espaces commerciaux qui ont été libérés par Sears », dit-il en exemple.

Deuxièmement, un autre groupe de taille similaire, soit 10 % des individus et 10 % des entreprises, utilise l’innovation pour créer de nouvelles entreprises et lancer de nouveaux produits. « Après la crise financière de 2008, on a vu la naissance d’Airbnb et d’Uber. On a vu émerger de nouveaux courants, comme l’économie circulaire », ajoute-t-il.

La crise de 2020 provoquera aussi des changements dit M. Nantel, comme on le voit avec l’importance du télétravail et l’augmentation du commerce électronique.

Troisièmement, le reste de la collectivité, tant les personnes que les sociétés souhaitent le retour à la situation qui avait cours avant la crise. Mais ça n’arrivera pas, affirme le professeur.

Amazon vs les nouveaux entrepreneurs

Ceux qui subissent les impacts de la crise pourront néanmoins agir sur la vitesse du changement. Soit ils achètent tout sur Amazon, soit ils encouragent les nouveaux entrepreneurs.

« Je fais le pari, encore cette fois-ci, que le progrès viendra de l’innovation », dit-il. Selon lui, la menace commune qu’est la pandémie montre la nécessité d’une réponse collective.

Au Québec, on a vu dans le passé les détaillants se regrouper pour former des réseaux plus performants, dans une approche axée sur la coopération. M. Nantel prévoit qu’il y aura d’autres géants qui naitront des besoins nouveaux à combler.

À ses débuts dans l’enseignement il y a 40 ans, à peine 16 % des moins de 30 ans montraient un intérêt à se lancer en affaires. Dans la deuxième édition du Code Québec qui paraitra en février 2021, dont il est coauteur avec Pierre Duhamel et Jean-Marc Léger, le sondage sur l’intérêt envers l’entrepreneuriat atteint désormais 45 % chez les moins de 30 ans, a-t-il révélé.

L’économie circulaire en exemple

David Côté et Julie Poitras-Saulnier, copropriétaires des Jus Loop, participaient aussi au webinaire. De par leur expérience entrepreuneuriale, ils ont démontré comment un nouveau concept comme celui de l’économie circulaire pouvait contribuer à la relance économique.

Leur entreprise récupère les déchets de l’industrie agroalimentaire, surtout des fruits et légumes, pour les presser et en tirer principalement des jus et différents breuvages. La réduction du gaspillage est ainsi au cœur de la mission de l’entreprise.

La pandémie leur a causé des soucis. Durant le premier mois, le pillage des tablettes des épiceries par les consommateurs paniqués a diminué les approvisionnements de l’entreprise. Par la suite, les surplus offerts étaient plus importants que la capacité de Loop à les transformer. Autre conséquence découlant de la fermeture des restaurants : l’entreprise a manqué d’huile pour fabriquer des savons.

Mme Poitras-Saulnier donne conseil suivant aux entrepreneurs. « Pensez d’abord à résoudre un problème, avant de penser à un produit. » « Trouvez-vous des partenaires, c’est plus facile pour se motiver », ajoute M. Côté.

Mme Poitras-Saulnier ajoute que l’entreprise a dû mettre plus d’efforts sur le commerce électronique. Toutefois, la distribution directe aux clients provoque un surplus d’emballage qui a longtemps déplu aux propriétaires de l’entreprise. Ils travaillent donc à en réduire le volume et à faciliter sa réutilisation.

Le point de vue de Guy Cormier

Guy Cormier, président du Mouvement Desjardins, était l’animateur du webinaire. Il en a profité pour partager quelques éléments liés au positionnement futur de Desjardins dans l’économie.

Selon M. Cormier, la pandémie montre les limites du modèle économique axé sur l’extraction, la transformation, l’utilisation et la mise au rebut des ressources. Il a aussi plusieurs fois exprimé l’intérêt de l’institution financière à soutenir l’entrepreneuriat collectif.

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